‹ Le bienheureux Urbain V (1310-1370) [microform]Chapitre 47 sur 108 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

LE BIENHEUREUX RÉFORME l'ÉGLISE, TRAVAILLE A LA RÉUNION DES SCHISMATIQUES, CONVERTIT LES INFI- DELES.

Les historiens et les saintes âmes, comme Catherine de Sienne, Brigitte, Vincent Ferrier, Catherine de Suède, nous ont exposé l'état de corruption où s'enlisait la société des grands* et des petits, des religieux et des laïcs, au xiv® siècle. A peine monté sur le trône apostolique, Urbain étudia les desseins de Dieu sur son apostolat et chercha les moyens d'arrêter les désordres.

L'Église catholique doit être sans rides ni taches, innocente et immaculée, et elle ne se trouve telle que lorsque les préceptes du Seigneur y sont suivis.

Par sa vie privée irréprochable, par de sévères exhortations aux cardinaux mondains, par la régularité, l'honnêteté, l'urbanité exigée des fonctionnaires de la chancellerie, le Bienheureux donna à sa Cour un Ion de vertu et de distinction qui produisit le plus salutaire effet.

Avignon, du jour au lendemain étant devenue la capitale du monde catholique, attira des milliers d'étrangers. Les vices y affluèrent et, parce qu'ils ne pouvaient s'y dissimuler comme dans une grande ville, tous les yeux les remarquèrent. Pétrarque, dans un de

ses poèmes, appelle Avignon la Babylone hypocrite, l'auberge de la colère, l'école des erreurs, le temple de l'hérésie, écrasée sous le poids du péché. Le poète fougueux exagère, sans doute, mais la corruption y était éclatante.

Surpris de trouver, en Avignon, un grand nombre d'évêques envahis par l'esprit laïque, vivant loin de leurs églises, il les fit rentrer immédiate ment dans leur diocèse. Il pourvut aux églises vacantes, n'ayant égard qu'aux vertus et aux qualités du sujet, sans tenir compte des recommandations de complaisance ou la plupart du temps intéressées. Deux mois après son couronnement, il sacrait luimême, en un seul jour, son frère, évêqae d'Avignon, et vingt-huit autres évêques ou abbés, qu'il envoya tout de suite 'à leurs ouailles.

Il tint la main à ce que la loi de la résidence fût observée et, ayant su qu'il y avait, à Naples, de nombreux évêques, il les avertit queleur place n'était point là, mais dans leur diocèse. « Une barque sans pilote, disait-i], ne peut éviter les écueils et périt misérablement ».

Il recommandait aux prélats d'être bienveillants pour leurs inférieurs et de ne pas opprimer les ecclésiastiques d'humble condition i. Que de fois, n'a-t-il point fait de reproches sous ce rapport !

La vie exemplaire des ecclésiastiques fut l'objet de sa constante préoccupation. Il se montra sévère^ inexorable même, envers ceux qui manquaient aux devoirs de leur état; mais il prodigua ses grâces à ceux qui menaient une vie édifiante, studieuse, disciplinée.

I. Informations sur la vie et les miracles cV Urbain V, n° 147.

Le clerc qui aimait l'Eglise et pouvait la servir par ses talents était sûr d'être récompensé. Les regards pénétrants du Pontife et les informations qu'il prenait partout, le discernaient immédiatement. Sans miséricorde, il rejetait les demandes injustifiées pour des postes d'évêques ou de simples bénéfices ruraux. Il écrivait au roi d'Angleterre qui lui proposait un sujet inacceptable : a Cher fils, vos envoyés ont paru devant Nous, et Nous ont présenté vos demandes, entre autres celle d'agréer le choix de Jean de Bulintrac, archidiacre de Londres, votre conseiller, pour l'évêché de Lincoln. Ayant pour vous l'affection d'un père, Nous sommes disposé à vous accorder libéralement tout ce que nous pouvons devant Dieu. Or les cardinaux chargés par Nous d'examiner avec soin la forme de l'élection et la science de l'élu, ont trouvé l'élection illicite. Ils craignent de plus que Jean de Bulintrac, homme vertueux du reste, n'ait pas assez d'instruction pour gouverner une église formée d'un peuple très nombreux et qui passe, à bon droit, pour une des premières du royaume. Si vous pensez que Jean ait de la science, qu'il vienne à la Cour romaine ; sa présence aplanira toutes les diflBcultés ».

Un pauvre clerc, couronné de science et de piété, ne demandait-il aucun bénéfice, s'en croyant indigne? Urbain V lui adressait un veniat et le promouvait à une haute dignité.

Contre l'ambition des prêtres à cumul, qui cherchent partout et toujours des honneurs ou des titres, il fit des Constitutions très sévères, et publia la décrétale spéciale « Horribilis ». Il ne les aimait pas, ces clercs gonflés d'orgueil, ne regardant que leurs promotions, leur costume, leurs revenus, calomniant

les modestes confrères et sans cesse adressant des flatteries aux puissants. Ces vanités puériles, il les avait en horreur, comme la simonie, qu'il réprima impitoyablement. Il faisait punir ceux qui étaient convaincus de vendre ou d'acheter les choses spirituelles, trafiquant de leur emploi et de leur influence. Ayant découvert quelques-uns de ces malheureux auprès de lui, il les chassa de sa Cour, et engloba dans le même châtiment ceux qui étaient oublieux de leur vocation sainte. Aux abus scandaleux des provocateurs et des avocats de la Cour romaine il mit un terme décisif. Mais les serviteurs de la curie avaient des imitateurs dans la plupart des administrations épiscopales. C'était bien difiîcile, dit Pélayo, témoin oculaire, d'obtenir une expédition, une audience, sans avoir l'argent à la main. Là encore, Urbain V atteignit les coupables.

Ils n'étaient pas à l'abri d'une vie parfois scandaleuse, les moines et les vierges du xiv^ siècle. Brisant leur clôture, ces âmes consacrées à Dieu firent souvent un usage criminel de leur liberté. Plusieurs religieuses sortaient à volonté, recevaient toute espèce de visites et n'observaient aucun des vœux qu'elles avaient faits à l'Église. Les moines rougissaient du saint habit qu'ils portaient. Ils lui donnaient la forme des vêtements mondains. On avait de la peine à les distinguer des séculiers. Autant que les évêques et les prêtres, autant que les laïques même, ils s'occupaient des choses du monde. Leur dérèglement est le trait saillant qui ressort de tous les récits historiques. Urbain V fit rentrer dans leurs monastères et dans leurs cloîtres tous ces vagabonds qui couraient çà et là, fréquentant les Cours, donnant le plus mauvais exemple. Il voulut qu'ils s'occupassent de

Dieu et de leur salut, renonçant au monde, chantant l'ofiSce divin et étudiant les Saintes Lettres. Le Bienheureux eut une grande vigilance pour maintenir chaque Ordre dans l'esprit de son institution, et pour corriger les abus qui s'y introduisaient.* Il fit une Constitution particulière pour défendre les festins que l'on donnait dans les monastères lors de la réception de nouveaux religieux et les contributions d'argent qu'on exigeait des postulants, entrant en religion ^ .

Il y avait aussi beaucoup de débauches parmi les peuples et les princes. Le rédacteur des Informations sur les miracles du Bienheureux ne manque pas de nous dire qu'il y appliqua les remèdes les plus opportuns. Et lui, qui était si condescendant d'ordinaire, on le vit, avec étonnement, bannir toute crainte et paraître plein de fermeté pour défendre tous les intérêts de la religion.

Il poursuivit particulièrement les concussionnaires, les usuriers qui pressuraient les petits et les faibles; il fit porter divers jugements contre ceux que l'on put découvrir et les obligea à rendre le bien mal acquis. On disait qu'il y eut de la sorte pour plus de deux cent mille florins de restitution.

La fiscalité pontificale établie par ses prédécesseurs, il essaya de l'adoucir, recommandant à ses collecteurs d'être moins exigeants ^.

Le luxe des vêtements, ces bardes d'un jour, avait pris un développement vraiment inconcevable. L'es-

Page 1