SCÈNE II
LOLOTTE, puis LÉOPOLD.
LOLOTTE
Enfin, nous en voilà débarrassés jusqu’à demain...
LEOrOLD, entrant sur le* dernier* mot», et lui prenant la taille.
Jusqu’à demain... Alors tu vas pouvoir causer avec Trim... le petit postillon, ton fiancé, que tu le plains de voir trop rarement.
LOLOTTE
Hélas 1...
LÉOPOLD
Pauvres enfants !
LOLOTTE
Vous avouerai-je tout?... Hier, sachant que M. Jonathas devais partir, j'ai prévenu Trim.
LÉOPOLD, comiquement.
Ah! c’est bien à toi !
LOLOTTE
Et voici ce dont nous sommes convenus... Si les voyageurs que Trim amène ce soir ne connaissent pas le pays, au lieu de les conduire à l’hôtel du Pigeon à’ Argent, il va les amener
LÉOPOLD
Ici?... Comment! tu oserais?
Pourquoi pas? Demain, au point du jour, ils se remettront eu route, sans se douter que cette maison n’est pas une auberge.
LÉOPOLD
Et M. Jonathas n’en saura rien... toutefois si je ne lui dis pas...
LOLOTTE
C’est vrai... (Appuyant sur les mou.) mais vous ne le lui direz pas.
LÉOPOLD
Tu crois? ■*
LOLOTTE, ciline.
Oh ! j’en suis sûre... car, monsieur, si vous parliez à M. Jonathas, je lui parlerais aussi, moi ; je lui dirais....
LÉOPOLD
Quoi donc?
LOLOTTE
Eh! mais ceci, par exemple : Monsieur le docteur... votre malade, M. Léopold, va, chaque soir, au bout de la grande avenue, pour soupirer sous les fenêtres de mademoiselle d’Asfeld, notre voisine.
Hein! comment, tu sais?...
LOLOTTE
Oui, je sais tout....
LÉOPOLD
Ah!... eh bien, alors, puisque tu sais tout, je ne te cacherai plus rien... Oui, Lolotte, oui, j’aime Julia d’Asfeld... Par malheur, elle est déjà fiancée au baron Fridolin, un poltron, un imbécile, à qui j’ai écrit que je lui couperais les oreilles... J’ai suivi secrètemont Julia dans ce village, et Wilhelm, un de mes amis, m’a présenté à M. Jonathas comme un de ses parents atteint d’une folie douce... Tu devines le reste ?
LOLOTTE
Parbleu !
LÉOPOLD
Le docteur ne s’est encore aperçu de rien; mais, hélas! il me tombe sur la tête encore une autre tuile.
LOLOTTE
Une tuile?
LÉOPOLD
Oui... c’est une figure... je veux dire la première danseuse de l’Opéra de Vienne, la signora Calypso, que j’ai courtisée, et qui veut absolument que je l’épouse...
LOLOTTE
Vraiment?
LÉOPOLD
Mon Dieu, oui!
6 LE BIFTECK d’oB
Air : Le béait Lyras aimait Thémire.
M’épouser, voilà sa manie.
Elle m’en parlait chaque jour,
Et me jurait tout attendrie Que j’étais son premier amour.
Vain serment! parole trompeuse !
Promesse légère et douteuse.
Malgré moi je n’y croyais pas,
Non, je n’en croyais rien, hélas!
Car la vertu d’une danseuse Est sujette a bien des faux pas.
Quand on épouse une sauteuse.
Il faut s’attendre à des faux pas.
LOLOTTE
Alors, vous l’avez quittée ?
LÉOPOLD
Oui, mais elle est furieuse ; elle sait que je suis ici, Wilhelm me l’a écrit.,.
Ciell
LÉOPOLD
N’importe, elle arrivera trop tard; j’épouse Julia ce soir même.
LOLOTTE
Vraiment?
LEOPOLD
Dans ce canton, on n'a pas besoin, tu le sais, de longues , formalités pour se marier.
LOLOTTE
Ah 1 mon Dieu, non, il suflt de se présenter tous les deux devant le ministre, qui vous dit : « C’est entendu, mes eufants, je vous unis, je vous bénis, n...i, ni, c’est fini.
LÉOPOLD
Le pasteur de Karlstadt consent à nous marier ce soir... il doit me faire prévenir de l’heure... mais qui vient là? Chut... c’est peut-être lui.
LE BIFTECK d’ 0R g