ACTE I
qu’ils osaient me soutenir que tu rodais tous les matins autour de mon hôtel... Et pour quoi? et pour qui ?
LE MARQUIS , avec embarras.
Pour qui?...
COQUILLÈRE , riant.
Pour ma femme, mon cher, madame Aspasie Coquillère.
LB MARQUIS , arec embarras.
Ah! ces messieurs croyaient....
COQUILLÈBE , riant.
Hein! quelle folie! ris donc aussi, marquis... Une femme si vertueuse, si fidèle... et jalouse!... Le moindre soupçon sur ma constance la ferait dépérir!. . Aussi, pour ménager sa sensibilité conjugale, je suis forcé de bien cacher mes triomphes auprès des belles...
LE CHEVALIER
Et quant à ça, je crois que tu n’as pas grand’ peine.
COQUILLÈRE
Laisse donc!., qui résisterait à un fermier général? Quand mes grâces naturelles ne suffisent pas pour subjuguer un cœur, comme Jupiter, je me change en pluie d’or.
LE MARQUIS
Oh! que c’est joli!.. Eh bien! monsieur Jupin Coquillère, cela crie vengeance !...
LE CHEVALIER
Et vous mériteriez bien d’être...
COQUILLÈRE
Impossible! dans la compagnie des fermiers généraux, il n’y en a pas un seul !
LE MARQUIS, riant.
Alors, si je me marie jamais, je t’achèterai ta charge.
COQUILLÈRE
Et puis, songez donc que je suis aux petits soins pour ma femme... Je la comble d’attentions et de bijoux... hier encore, je lui ai donné une montre qui m’a coûté 50 louis... une montre avec cette inscription en brillants : « A mon Aspasie... » C’est son petit nom, Aspasie...
LE CHEVALIEH. .'i v
C’est du dernier goût !...
LE MAEQÜIS.
Ah ça ! et vous, mes maîtres, que venez-vous donc faire ici de grand matin?
COQUILLÈRE
Le chevalier m’a gagné hier, au biribi, un déjeuner d’huîtres.
LE CHEVALIER
Et nous allons le manger, ici près, chez Landelle... Au Panier fleuri... Es-tu des nôtres, marquis?
LE MARQUIS, remontant.
Merci!... je ne puis.
COQUILLÈRE
Ne le dérangez donc pas... il n’a faim, ce matin, que des beaux yeux de l’adorable Toinon... Tu ne réussiras pas, cher marquis...
LE MARQUIS
Tu crois, cher financier?
COQUILLÈRE
Ah! parbleu! je connais la petite... je lui ai assez conté fleurette... en mangeant des pommes d’apis... C’est effrayant ce que j’en ai consommé!... que diable! tu vas justement t’adresser à la Lucrèce du faubourg...
LE MARQUIS, riant.
Ah ! tu crois aux Lucrèces, toi !... Allons donc, mes maîtres!...