‹ Le bilan d'un siècleChapitre 56 sur 69 · LAINES · texte numérisé non relu

LAINES

Europe . . .

Afrique . .

Amérique. Australie .

/ Allemagne

Belgique

Espagne

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Royaume-Uni

Russie

Turquie

Suisse

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Europe .

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Espagne . .

IUlie

Pays-Bas. .

Europe...

(Suite.)

Afrique . .

Asie

PAYS

Amérique.

IMPORTATIONS

EXPORTATIONS

TIS8D8 DE LAINB. (Suite.)

Royaume-Uni

Suisse

Turquie

Algérie

Japon

République Argentine .

Brésil

ÉUts-Unis

Mexique

is.o

io4.i

On a estimé à 833, 100,000 francs la valeur des produits de notre industrie lainière en 1900, savoir: peignés exportés, ■77,5 00, 000 francs; fils exportés, 3 8, 00 0,000 francs; tissus, 678,000,000; blousses et déchets, 39,600,000 francs.

Une des caractéristiques de la fin du.xix* siècle est la tendance au nivellement dans les procédés de fabrication et dans la qualité des produits chez les grands peuples. Protégés par leurs tarifs de douane, les pays nouveaux venus à Tindustrie ont créé des manufactures pourvues de l'outillage le plus moderne, recruté au dehors un personnel assez habile pour les initier aux meilleures méthodes et imprimé ainsi à leur production un vif essor. Les nations précédemment entrées dans la carrière devaient nécessairement en souffrir et voir se restreindre peu à peu leur marché extérieur; elles allaient être d autant plus menacées que le poids mort d'un matériel moins nouveau et moins perfectionné pesait lourdement sur leur fabrication. De là l'état de stagnation où languissent à des degrés divers les industries lainières de la France, de l'Angleterre, de l'Allemagne. Les esprits clairvoyants prévoyaient le mal depuis longtemps, et le caractère en apparence satisfaisant des statistiques du commerce extérieur ne leur laissait guère d'illusions, car ils savaient que les exportations, entretenues par les nécessités d'une production trop abondante, n'apportaient plus les mêmes profits. Ces illusions mêmes ne peuvent subsister : un simple rapprochement entre les tableaux annuels successifs de notre com-

merce e\lerieiir montre, par exemple, que les exportations de tissus de laine, après avoir dépasse 4oo millions de francs en i88â, sont descendues à moins de 2/10 millions pendant la période 1898-1900; les sorties de fils ont également subi une réduction notable; si les importations accusent, de leur côté, une chute considérable, la compensation est loin de s'établir.

Personne ne conteste cependant que nos manufacturiers aient su, par leur énergie, maintenir la haute et légitime renommée de leurs produits, au point de vue de la qualité, du bon goût et de la variété. Elbeuf, Roubaix, Tourcoing, Reims, Paris s'ingénient sans cesse à faire mieux dans la fabrication des nouveautés. Le jury de 1900 a été unanime à rendre hommage au choix habile des matières, aux mérites de la teinture et des apprêts, au fini du tissage, dont chacune des vitrines de la section française offrait des preuves irrécusables. Il est permis d'affirmer que les progrès de l'industrie nationale des laines peignées ont été supérieurs à ceux des industries rivales.

Au cours de la dernière période décennale, la production allemande a poursuivi sa marche ascendante. Pourtant, l'essor paraît avoir été enrayé par le bill Wilson relevant les droits de douane aux Etats- Unis. D'après les statistiques de 1897, la valeur des tissus fabriqués en Allemagne atteignait aloi-s 778 millions de francs et celle des tissus exportés i85 millions. Nos voisins sont parvenus à s'ouvrir un débouché assez important au Japon pour les peignés et les fils de laine.

L'industrie lainière à' Autriche s'est progressivement développée pendant la seconde moitié du siècle, d'abord dans le seul domaine de la laine cardée, puis, à partir de 1878, dans celui de la laine peignée. Reichenberg, Brûnn, Bielitz et Jâgerndorff en sont les sièges principaux; les provinces du Sud comptent aussi quelques grands établissements.

C'est surtout dans la Catalogne, près de Barcelone, que les Espagnols se livrent au travail de la laine. Sabadell et Tarrasa ont depuis longtemps une réputation méritée pour les draperies fines en peigné et cardé.

Abstraction faite des oscillations annuelles, il ne semble pas que l'industrie lainière américaine ait notablement augmenté ses moyens

(le- production pendant les dix dernières années du siècle. Le Lill Wilson, en relevant les droits sur la laine et sur les tissus de laine, paraît avoir surtout favorisé la consommation des tissus de coton.

Pour la Grande-Bretagne, la période 1891-1900 se caractérise par un accroissement sensible des exportations de fils de laine peignée et par une sérieuse diminution des sorties de tissus (895 millions et demi de francs en 1900, au lieu de 619 millions vers 1890). Les fils de laine exportés sont, pour une large part, des fils cheviotte ou cr lustre?), et TAllemagne en prend les deux tiers*.

Autrefois, le Japon importait beaucoup de mousselines venant surtout de France. Il est arrivé successivement à les teindre et à les imprimer, à les fabriquer manuellement au moyen de fils achetés en Europe, à monter des métiers mécaniques, à établir des filatures alimentées par des peignés européens. Ses efforts actuels tendent à l'installation de peigneuses et à Tachât direct des laines en Australie.

Depuis vingt ans, le peignage, la filature et le tissage sont devenus très actifs en halte , notamment dans la région du Nord. La production des tissus dépasse certainement 5o millions de francs.

Par la valeur des capitaux engagés, l'industrie lainière russe est la seconde des industries textiles du pays. Elle donne lieu à un mouvement d'affaires de 43 G millions. La Russie se suffit à elle-même pour les tissus de laine cardée; elle importe encore des tissus de laine peignée, mais espère refouler bientôt les produits étrangers.

La Suisse a quelques excellentes filatures de laine peignée.

4. Soies et tissus de soie. — Jusqu'au commencement du xix*' siècle , le tirage des cocons formait en France, comme il forme encore dans l'Extrême-Orient, l'annexe des magnaneries; les éducateurs filaient eux-mêmes leurs cocons et portaient la soie ainsi obtenue au marché local, d'où elle arrivait à Lyon par des intermédiaires. En i8o5, Gensoul appliqua la vapeur au chauffage des bassines; cette grande et heureuse transformation se vulgarisa rapidement; de puissantes usines furent créées, avec 100 bassines et davantage. Pendant la période de 1825 à i85o, l'outillage de nos filatures ne cessa de recevoir des perfectionnements.

Attaquée clans ses œuvres vives par la maladie du ver, Tiiidustrie du tirage chercha à s'alimenter en important des cocons étrangei^, pris surtout dans le Levant. Défalcation faite des cocons réexportés, cette importation atteignit, de 1867 à 1876, une moyenne annuelle de 1,210,000 kilogrammes environ; Marseille était le grand centre d'approvisionnement.

Mais les pays du Levant, ayant amélioré leurs méthodes de filature, réduisirent les envois de cocons, et nos filateurs souffrirent cruellement du défaut de matière première ainsi que de l'immigration des soies grèges exotiques. L'excédent des entrées de cocons sur les sorties tomba à 590,000 kilogrammes durant la période 1877-1886, à 1/19,000 kilogrammes en 1887, à 3 3, 000 en 1888. Puis il y eut déficit en 1889: les filateurs français n'employaient même plus intégralement la récolte nationale.

Une enquête faite en 1878 avait constaté l'existence de 27,2 5 o bassines. Le dénombrement de 1888 n'en compta plus que io,3oo, dont 4,800 dans le Gard, 2,3 00 dans l'Ardèche, i,34o dans la Drôme, 766 dans le département de Vaucluse et 680 dans l'Hérault, le surplus se répartissant entre le Tarn-et-Garonne , l'Ain, le Var, l'Isère, la Loire, la Gôte-d'Or, la Haute-Garonne. Toutefois cette diminution du nombre des bassines ne se traduisait pas par une décroissance proportionnelle de la filature : la meilleure qualité des cocons, les perfectionnements de l'outillage, l'emploi plus général de batteurs et de jette-bouts mécaniques, la division mieux entendue du travail avaient déterminé ime forte augmentation du rendement de chaque bassine.

On a parfois attribué, du moins pour une certaine part, les souffrances de la filature française aux hésitations qu'auraient éprouvées nos fileurs pour transformer leur matériel et leurs procédés de fabrication. Cette appréciation ne pouvait être acceptée sans réserves, car de nombreux industriels avaient su ne pas s'attarder dans la routine du passé. Les grèges des Gévennes ne trouvaient de rivales dans aucun pays du monde; mais, principalement appropriées aux soieries de luxe, elles luttaient péniblement contre les soies à plus bas prix du Levant et de l'Extrême-Orient, qui convenaient pour les tissus à bon marché. Si les

soies orientales étaient moins bien filées, la justice commandait cependant de reconnaître les progrès réalisés en Asie.

Depuis 1889, la situation de la filature s est améliorée, comme nous le verrons en jetant un regard d'ensemble sur Imdustrie des soies à la fin du siècle.

Le moulinage, qui transforme la soie grège en trames et en organsins, n'est point, de même que la filature, étroitement lié à la récolte des cocons; son indépendance lui permet de vivre en dehors des régions séricicoles. De très remarquables progrès ont été réalisés au cours du XIX* siècle : création des moulins ovales accouplés; nombreux perfectionnements des tavelles, bobines, mécanismes moteurs; moulinage à tours comptés automatiquement; accélération de la vitesse des moulins; etc. Si quelque reproche pouvait être adressé aux mouliniers français, ce serait de ne pas avoir abordé assez tôt le travail des soies asiatiques pour les étoffes à bas prix et de s'être laissé devancer à cet égard par les Italiens. Mais, sous le bénéfice de cette observation, on doit rendre hommage à l'esprit d'initiative avec lequel nos industriels ont successivement amélioré leur outillage et leurs méthodes. Le succès a, d'ailleurs, récompensé leurs efforts : en 1 889 , le jury reconnaissait hautement le mérite des ouvraisons françaises, même comparées aux plus beaux produits du Piémont et de la Lombardie.

D'après une statistique de 1 876 , le moulinage français disposait de 876,590 tavelles. Vers 1889, ce nombre était réduit à 2 63,4 00, dont io4,6oo dans l'Ardèche, 48, 100 dans la Drôme, 34, 600 dans la Loire, 19,800 dans le département de Vaucluse, 18,600 dans le Rhône, 12,900 dans la Haute-Loire, 10,800 dans l'Isère, 8,700 dans le Gard, 9,600 dans l'Ain, 2,800 dans la Gorrèze, i,4oo dans le Puyde-Dôme, 1,800 dans l'Hérault, et le surplus dans la Savoie, le Pasde-Calais, Seine-et-Oise, les Bouches-du-Rhône, les Hautes-Alpes et le Var. Le rendement des tavelles avait doublé par suite de l'amélioration d(*s soies grèges, particulièrement des soies asiatiques, et de l'accélération des moulins. Après s'être élevé en moyenne à 1,1 46, 000 kilogrammes pendant la période 1867-1876, l'excédent annuel des importations sur les exportations de soies ouvrées s'était abaissé à

779,000 kilogrammes pendant la période décennale suivante, puis à 75,000 Jtilogrammes en 1888 et à 138,000 kilogrammes en 1889. Ces chiffres témoignaient de l'espace franchi par nos mouliniers. Une menace paraissait peser sur le moulinage : Temploi de la soie à Fétat grège dans les tissus teints en pièce, en^ploi qui se généralisait et représentait i,5oo,ooo kilogrammes tant en Franco qua l'étranger. Aujourd'hui, les importations sont minimes et les exportations bénéficient d'un très notable accroissement.

J'ai déjà eu l'occasion de signaler la grande et brillante industrie de la filature mécanique des déchets de soie. Cette industrie est née au début de la Restauration. Elle a eu pour berceau en France le département de la Drôme. Ses succès l'ont peu à peu propagée dans l'Europe entière et souvent entraînée loin des centres naturels d'approvisionnement, par suite de la similitude entre son outillage et celui des filatures de laine ou de coton.

Notre filature de déchets de soie transforme actuellement 1,675,000 kilogrammes de peignés par an.

La Révolution avait dispei^sé les tisseurs, anéanti les capitaux, fermé les ateliers. En 1801, au moment où elle commençait à se relever, la fabrique française des étoffes de soie dut s'adapter à l'ordre de choses nouveau, pour reconquérir dans FEurope sa vieille prépondérance. Le costume était profondément modifié; on avait renoncé aux tissus façonnés, et la mode, allant chercher ses inspirations en. Angleterre, donnait la vogue aux indiennes, aux cotonnades imprimées. Il fallait absolument produire des soieries h bon marché: c'est vers ce' but que tendirent tous les efforts des Lyonnais. Néanmoins, convaincus que sans la maîtrise du façonné ils ne sauraient prétendre à la souveraineté industrielle, nos manufacturiers sollicitèrent et obtinrent du Gouvernement iuipérial des commandes de tissus destinés à l'ameublement des palais nationaux : ils purent ainsi reconstituer une pépinière de dessinateurs et d'ouvriers exceptionnels ; Lyon rouvrit ses écoles de dessin; ses belles soieries retrouvèrent, sous une forme nouvelle, le grand style du temps passé.

De 5,0 00 en 1801, le nombre des métiers de Lyon passai 13,000 en 1810. Vers cette époque, apparut la machine Jacquard, perfectionnée par Breton. Elle ouvrit la voie du travail automatique et de la grande production manufacturière, à l'heure précise où la fabrique lyonnaise se transformait afin de répondre aux besoins nouveaux des consommaleui's et de fournir des tissus dun prix peu élevé.

Pendant quelques années, le blocus continental avait fait de Lyon l'entrepôt principal des cotons du Levant. Les industriels lyonnais apprirent à connaître et à employer ce textile ; bien avant la Suisse ou rAllemagne, ils pratiquèrent les mélanges de soie et de coton. A l'Exposition de 1819, où les mélanges se montrèrent pour la première fois, le jury constata que la nouvelle branche de fabrication occupait près de la moitié des ouvriers de Lyon.

Tandis qu'à ce point de vue la fabrique lyonnaise réalisait d'immenses progrès, l'élévation du style et la pureté classique des grands façonnés tendaient à déchoir; on entrait dans une |)ériode d'effacement artistique, qui devait être fort longue et durant laquelle l'étoffe décorée allait devenir un simple tableau sur la soie. H n'en cbûte rien de lavouer aujourd'hui , puisque les tissus façonnés ont plus tard reconquis la faveur du public et que la génération suivante a assisté à une véritable renaissance des anciennes traditions décoratives.

Quoi qu'il en soit, avec les années de paix qui suivirent la chute du premier Empire , l'industrie lyonnaise vit grandir sa prospérité. En 1824, elle comptait 30,000 métiers produisant pour 100 millions de soieries de tout genre; le nombre des métiers montait ensuite à 42,000 en 1882, à 5o,ooo en i845, à 60,000 en i853. Ainsi la première moitié du siècle avait été une période de marche incessante en avant, malgré les charges inhérentes aux transformations de l'outillage, malgré les crises réitérées d'ordre social ou politique, telles que les émeutes de i83i et de i834, la banqueroute américaine de 1887, la révolution de 18 48, le coup d'Etat de i85i.

A la fin de 1860, la guerre de Sécession des Etats-Unis vint priver temporairement l'industrie lyonnaise d'un de ses meilleurs débouchés et l'eut jetée dans une perturbation profonde, si la liberté commerciale n'était arrivée à point pour la tirer de ce mauvais pas, en lui ouvrant

368 SOIES ET TISSlJS DE SOIE.

de nouveaux marchés et en développant dans une proportion inattendue ses relations avec TAngleterre. Lyon conquit proniptement la Grande-Bretagne et en fit sa principale cliente.

Du reste, quand fut inaugurée la nouvelle politique internationale, les fabricants lyonnais connaissaient toutes les ressources de la mécanique Jacquard; la filature, le moulinage, la teinture avaient progressé ; la beauté des soieries de Lyon était universellement appréciée; les combinaisons de fils appelées armures et les merveilleuses couleurs tirées de la houille donnaient naissance à une infinie variété d'étoflFes unies. Vers 1869-1870, la fabrique lyonnaise inventa Pindustrie des étoffes mélangées teintes en pièce, qui devait devenir si vivace et si florissante. De 1867 à 1873, Lyon produisit annuellement pour 46 o millions de soieries, dont 35o correspondant à l'exportation : ces simples chiffres suffisent à attester les succès toujours croissants des industriels lyonnais. En 1 878 , le nombre des métiei's était de 110,000 ou lâ 0,000, y compris 6,000 métiers mécaniques.

liorsque, en 1876, on revint au façonné, la fabrique lyonnaise y déploya la nfême habileté qu'autrefois et se trouva prête à satisfaire aux exigences du public. Ce fut un beau réveil des vieilles qualités, pour un temps endormies. Du crayon des dessinateurs, du métier des tisseurs, sortirent d'admirables dessins Renaissance, Louis XIV, Pompadour, des fleui's et des feuillages indigènes ou exotiques merveilleusement interprétés.

Dans l'intervalle qui sépara les Expositions de 1 878 et de 1 889 , Lyon eut à subir quelcpies épreuves, par suite de l'extension du protectionnisme à l'extérieur. La Russie et l'Autriche opposaient à nos étoffes des barrières presque infranchissables; d'un autre côté, les Etats-Unis, où nous avions jusqu'aloi's notre plus large clientèle, après celle de l'Angleterre, défendaient leur production naissante par des droits énormes et réduisaient considérablement leurs achats sur le marché français. À cette cause de malaise s'ajoutait le développement de l'industrie suisse et allemande, assez forte déjà non seulement pour concurrencer la France au dehors, mais aussi pour lui enwyer des produits à bas prix. La situation se compliquait encore par la crise financière de 1 882. Quelle que fût leur vaillance, les fabricants de Lyon faiblirent un peu :

leur production, évaluée à 896 millions en 1881, fléchit jusqu'à 3/n millions en i885; heureusement, elle reprit ensuite sa marche ascendante et dépassa 4oo millions en 1889. Pour apprécier la véritable portée de ces chiff*res, il importe de ne pas oublier que le prix du kilogramme de tissu de soie s'était notablement abaissé et que la quotepart des mélanges atteignait un chiff're beaucoup plus élevé. Après avoir diminué de 1878 à 1887, l'^>^portation des soieries lyonnaises marqi^ait une tendance à la reprise: en 1889, ^^^ sorties de tissus de soie ou bourre de soie, enregistrées par la douane, représentaient 200 millions de francs, somme à laquelle s'ajoutait la valeur des soieries exportées sous forme de vêtements ou emportées par les voyageurs dans leurs bagages personnels. L'importation dépassait 5o millions et accusait un accroissement manifeste, dû pour une part assez forte à l'achat de tissus chinois, indiens ou japonais, qui n'avaient pas leurs similaires en France. D'après les statistiques de l'époque, la fabrique lyonnaise faisait battre 85, 000 à 90,000 métiers, dont 9 0,000 métiers mécaniques; si le nombre total des métiers s'était réduit, en revanche, le travail automatique avait pris une bien plus grande extension, et, tout compte fait, les forces productives bénéficiaient d'une notable augmentation. On pouvait considérer les a 0,000 métiers mécaniques comme équivalant à 76,000 ou 80,000 métiers ordinaires. Les métiers automatiques se répartissaient entre plusieurs départements: l'Isèrp, 9,/ioo; la Loire, 3,4 5 o; le Rhône, 2,3 15; la Savoie, 1,020; l'Ardèche, 1,000; etc.

Pondant les dernières années du siècle, la fabrique lyonnaise a été de plus en plus entraînée vers la production des étofl'es à bon marché, que réclamaient la division des fortunes et le nivellement des conditions. Les tissus mélangés figurent pour moitié dans l'ensemble des tissus proprement dits de soie; avec les tissus de bourre de soie et foulards, ils forment près de 60 p. loo du total. Abandonnant les soieries de haut prix, grands façonnés et étofl'es unies de belle qualité, la consommation s'attache aux petites étoffes de prix bas ou moyen, à la mousseline, aux autres tissus légers teints en pièce; elle diminue, dès que les cours de la soie s'élèvent au delà d'un certain niveau, et augmente, au contraire, quand la baisse s'accentue. C'est merveille

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de voir la souplesse qu'ont déployée les manufacturiers de Lyon pour démocratiser leur industrie et se mettre à la portée des nouvelles couches de consommateurs, sans oublier les traditions séculaires, sans sacrifier le sentiment du beau, le goût et la science décorative. À tous les degrés de la hiérarchie industrielle, les Lyonnais possèdent les moindres secrets de la soie; il y a là un remarquable atavisme de plusieurs siècles. Seule, l'industrie lyonnaise peut créer à la fois les innombrables articles auxquels se prêle la soie, depuis le velours épais usqu'à la gaze impalpable, depuis le brocart à âoo francs le mètre usqu'à la guenille brillante à o fr. 60 ; seule, elle peut affirmer pour tous ces articles une égale maîtrise , au point de vue du savant emploi des matières, de la teinture ou de l'impression et des apprêts. Ailleurs, on rencontre surtout des spécialités. Lyon est universel et essentiellement créateur ; ses rivaux l'épient au point de dérober les échantillons sur les métiers. Constructeurs de matériel, fabricants, tisseurs, teinturiers, apprêteurs, luttent d'émulation pour maintenir et consolider la suprématie lyonnaise.

La production lyonnaise de 1899 et 1900, sur laquelle je reviendrai avec plus de détails, a été en moyenne de 446 millions. Malgré ses mérites, elle doit faire des efforts héroïques pour se défendre contre la concurrence étrangère, qui l'enserre chaque jour davantage. Sans parler de l'Europe, l'industrie des Etats-Unis présente un essor extraordinaire; elle avait, en 1900, 3o,ooo métiers mécaniques, c'est-à-dire autant que l'industrie française; à la vérité, celle-ci emploie, en outre, 60,000 métiers à bras, qui sont l'équivalent de 17,000 à 18,000 métiers autoipatiques.

Quelques indications très brèves sur l'organisation du travail lyonnais ne seront pas inutiles. Antérieurement au xix^ siècle, ce travail était concentré dans certains quartiers de Lyon, d'abord le quartier de Saint-Just et les rives de la Saône, puis la Croix-Rousse, Vaise, la Guillotière, les Brotteaux; les métiers appartenaient aux ouvriers. Dès les dernières années du premier Empire, le tissage se répandit dans les campagnes avoisinantes ; le cercle s'élargit progressivement et la fabrique de soieries prit le caractère d'une industrie régionale, étendant ses rameaux dans un rayon de plus de 80 kilomètres. Les rapporte

entre le personnel urbain et celui de la banlieue ne furent pas toujours des rapports de parfaite intelligence : en i83i et 1 83 4, les ouvriers de Lyon, ne comprenant pas les nécessités de la production et voulant résister à la concurrence des ouvriers extérieurs, protestèrent par de sanglantes émeutes ; leurs tentatives renouvelées k diverses reprises, loin d'arrêter Texode, ne pouvaient que l'accélérer; le rayonnement de la fabrication était une conséquence fatale et inévitable de la loi économique. Quand, vers i86o, le métier mécanique commença à remplacer le métier à bras, ce fut encore dans la petite ou la grande banlieue que se fit l'installation des usines. Actuellement, Lyon n'a guère plus de i o,ooo métiers, dispersés dans 5,ooo ou 6,ooo ateliers. Il est un point sur lequel l'organisation séculaire a subsisté : les métiers à bras continuent à appartenir aux ouvriers ou aux petits chefs d'ateliers ruraux et urbains, qui restent ainsi plus indépendants, s'attachent plus étroitement à leur outil et à leur profession, déploient plus d'initiative , recherchent avec passion les perfectionnements et les progrès. Généralement, les ateliers de tissage mécanique sont de même la propriété, non des fabricants, mais d'intermédiaires travaillant à façon. Les fabricants conservent encore une tâche assez lourde, celle de fournir la matière première, de créer les modèles, d'assumer les risques commerciaux. Ces risques sont pourtant moindres qu'on ne pourrait le supposer : le plus souvent, les tissus se font sur commande; quant aux stocks d'étoffes unies préparées à l'avance, l'écoulement en est presque certain, sauf concessions sur les prix.

Au moment où le canut lyonnais voit son rôle diminuer continuellement sous la poussée de la fabrication mécanique et de la démocratisation des soieries, on ne saurait trop rendre hommage à ce collaborateur intelligent, actif, ingénieux et probe. Ses beaux jours ont été ceux de la vogue des étoffes riches et de haute nouveauté, pouvant supporter des prix élevés de façon. Le tisseur à bras, chef d'atelier, est à la fois entrepreneur et ouvrier : propriétaire du métier, il fait un contrat de façon avec le fabricant et exécute la pièce à ses risques et périls. Autrefois, il était aidé par un compagnon qui recevait la moitié du prix de façon, mais subissait un prélèvement de 5o p. loo pour le local et l'usage du matériel ; l'émigration continue du travail vers la

aft.

372 SOIEvS ET TISSUS DE SOIE.

campagne a fait disparaître le compagnon, et le chef d'atelier doit maintenant se substituer à son ancien collaborateur. Cette émigration s'accentue chaque jour; le fabricant y a poussé non seulement par des raisons économiques, mais aussi parce qu'il y trouvait une sécurité contre des coalitions éventuelles. Des hommes d'initiative ont, récemment, aménagé une chute du Rhône et créé une distribution d'énergie électrique, en partie destinée aux ateliers familiaux; il ne semble pas que l'œuvre doive, dans une large mesure, transformer le travail des soieries à domicile ni imprimer un regain de vie aux ateliers des canuts.

De nombreuses institutions se rattachant à l'industrie des soies ont été organisées à Lyon, soit dans un but commercial et professionnel, soit dans un but d'instruction technique et artistique, soit dans un but philanthropique. Ce sont: dans l'ordre commercial, la Condition des soies (véritable établissement modèle) et ses annexes, le Magasin général des soies, les Chambres syndicales des fabricants de soieries et des marchands de soies de Lyon, TEssai public des marchands de soies et des fabricants de soieries, le Laboratoii'e d'études de la soie et le Laboratoire de chimie de la douane; dans l'ordre de l'enseignement, l'Ecole de la Martinière, l'Ecole supérieure de commerce et de lissage, l'École de chimie industrielle, l'Ecole centrale lyonnaise, les cours de la Société d'enseignenxent professionnel, l'Ecole municipale de tissage, l'Ecole Saint-Pierre, le Musée d'art et d'industrie du Palais du commerce; dans l'ordre philanthropique, la grande Société de secours mutuels et la Caisse des retraites des ouvriers en soie, la Caisse de secours des fabricants de soieries et des marchands de soie; la Caisse des prêfe pour les chefs d'atelier.

Si Lyon personnifie en quel([ue sorte l'industrie française de la soie , d'autres centres ont cependant tenu pendant le cours du xix® siècle et tiennent encore une place importante dans cette industrie.

Tout d'abord, Saint-Etienne est au premier rang pour la fabrication des rubans, connue Lyon pour la fabrication des soieries. Etablie dans le Forez depuis le xiii** siècle, la fabrication des rubans a débuté à Saint-Chamond , puis s'est installée à Saint-Etienne. Elle n'a pris tout

son développement que le jour où le métier à haute lisse, disposé pour produire une seule pièce, a été remplacé par le métier à la barre , permettant de tisser à la fois plusieurs pièces: Grâce à leur ingéniosité et à leur persévérance , à l'habileté de leur personnel ouvrier, aux efforts constants des teinturiers et des dessinateurs, les manufacturiers de Saint-Etienne ont pu résister aux nombreuses crises provoquées par les variations de la mode et les luttes économiques, soutenir la concurrence redoutable de la Suisse et de TAllemagne, modifier sans cesse leur tissage suivant les caprices du moment, produire selon les circonstances du broché, du façonné, du satin ou du velours, introduire soit le fil, soit le coton, dans la confection des tissus mélangés. Depuis fort longtemps, les Stéphanois ont dû substituer largement le régime de la manufacture au système des métiers isolés, avec lequel ils ne pouvaient suivre assez vite les besoins de la consommation et qui occasionnait trop de frais. La plupart des fabricants ont adopté une spécialité et y consacrent toutes les ressources de leur intelligence. Nulle part ailleurs, on ne tisse mieux les rubans; nulle part ailleurs, on ne tire un meilleur parti du métier; nulle part ailleurs, la science de la composition et du coloris n'est poussée à un plus haut degré.

La production de Saint-Etienne était évaluée à 1 7 millions de francs en i8o5, à 5o millions en i834,à 120 millions en 1872 : ce dernier chiffre correspondait au travail de 20,000 métiers environ, dont i,5oo mus par la vapeur ou par des moteurs hydrauliques. Après 1 872 , on rencontre des estimations de 68 millions eni883,io/i millions en 1889, 88 millions en 1898 et 1899, 77 millions en 1900. Ces variations s'expliquent notamment par les fluctuations de la mode et par l'abaissement du prix moyen de la matière première.

En 1889, des supputations approximatives fixaient à 68 millions (5o pour les rubans de soie pure et i8,5 pour les rubans mélangés) l'exportation des rubans, y compris les sorties à l'état de garniture des costumes ou comme articles de mode et de fantaisie. Ces supputations ont nécessairement un caractère aléatoire. L'exportation visible, saisie par la douane, était alors de 35 millions; elle a été de lio millions et demi en 1900.

Paris, déjà en possession d'une assez importante fabrique de soieries, y avait joint les châles au commencement du xix* siècle. Ultérieurement, son rôle s'est presque restreint à la passementerie, aux galons, aux franges, aux chenilles , en un mot aux articles pour garniture de vêtements ou de meubles, articles sans cesse renouvelés et rajeunis, dans lesquels les Parisiens mettent en œuvre la fécondité de leur imagination. La capitale a aussi dans son domaine les soies à coudre ou à broder et les cordonnets de schappe.

Vers le milieu du siècle, Roubaix et Amiens ont pris place parmi les centres du travail de la soie ; leurs tissus mélangés pour meubles ou pour vêtements jouissaient, dès avant 1878, d'un renom mérité. Tourcoing a abordé la même fabrication que Roubaix. Citons encore Tours (tissus d'ameublement). Calais et Caudry (dentelles et tulles), Nîmes (bonneterie), Toulouse (bluterie). Paris et les divers centres ([ui viennent d'être énumérés ont une production deiooàiâo millions.

En Allemagne y l'industrie des soies, après avoir débuté à Rerlin , s'est installée dans les provinces rhénanes, où elle trouvait la maind'œuvre à bas prix et pouvait ainsi supporter les inconvénients de sa situation géographique loin des centres producteurs et des grands marchés de matière première; Crefeld, Rarmen, Weisen et Ronsdorf devinrent les principaux lieux de fabrication; contrairement à la pratique lyonnaise, les métiers appartenaient aux industriels. Le travail disséminé offrait de tels avantages, que les patrons reculèrent longtemps devant la création de grands ateliers, même après l'apparition du tissage mécanique ; leurs hésitations s'expliquaient par la crainte de voir l'instabilité de la consommation rendre leurs sacrifices inutiles, par leur impuissance à faire incessamment des articles nouveaux comme les Lyonnais, par les dangers de la surproduction dans les puissantes manufactures, par la répugnance des ouvriers pour le séjour dans les villes et pour le travail aggloméré, par les dispositions du Gouvernement en faveur de l'atelier familial. Ces dispositions n'étaient pas douteuses : une loi interdisait l'emploi des enfants au-dessous de (juatorze ans dans les manufactures, afin de déterminer le père de

famille à diriger lui-même Téducation industrielle de ses fils; des écoles spéciales donnaient aux jeunes gens de treize à quinze ans les notions relatives à la pratique de leur métier; les pouvoirs publics venaient en aide aux caisses de retraite et de secours mutuels fondées et dirigées par les tisserands sous le contrôle des municipalités. Du reste, la fabrique allemande ne sortait guère des tissus simples, des étoflFes à poils, des velours, des peluches et de quelques étoffes mélangées de schappe et coton. Cependant, après 1870, la physionomie de l'industrie prussienne dut se modifier sensiblement; en présence de la vogue qu'avaient obtenue certains tissus à bon marché de leur fabrication, les industriels transformèrent leur outillage et cherchèrent à suivre les variations de la mode ; d'importantes améliorations s'accomplirent dans les multiples opérations que nécessitent les velours. Le nombre des métiers,* qui était seulement de 95, 000 en i846, passa à 58,000 en 1878. Poursuivant sa marche en avant, la fabrique allemande aborda tous les genres unis ou façonnés, se renseigna très exactement sur les progrès et les créations hors de l'Empire, chercha sans relâche des débouchés nouveaux, déploya beaucoup d'intelligence dans ses relations commerciales, multiplia lés échantillons, se montra prête à toutes les complaisances. Aujourd'hui, sa production annuelle représente au moins 35p millions de francs. Crefeld et Elberfeld sont les centres prédominants. De ces deux centres, le premier fait des velours, des peluches, des étoffes pour robes et pour meubles, etc.; le coton joue un grand rôle dans sa fabrication. Elberfeld tisse des rubans.

Vers 1810, Vienne possédait 2,5 00 métiers et l'industrie sérique autrichienne consommait 3,ooo balles de soie, pour en faire des façonnés, des velours, des crêpes, des gazes, des galons et des dentelles. Au milieu du xix® siècle, les fabricants viennois entrèrent courageusement en lutte avec leurs concurrents européens, sous le régime des traités de commerce ; mais l'inutilité de leurs efforts les détermina à réclamer un régime protecteur, frappant certains articles étrangers d'un droit de 3o p. 100 (WÎ valorem. Ils avaient à satisfaire aux goûts, aux coutumes, aux mœurs des éléments très hétérogènes dont se compose l'Empire; leur clientèle s'étendait aux populations de-

rOrient limitrophes de l'Autriche : de là une diversité de fabrication, qui les forçait à aborder les genres les plus différents et les empêchait de se perfectionner dans aucun de ces genres. En 1 878 , on évaluait le nombre des métiers à 9,5oo (6,5oo pour étoffes et 3,ooo pour rubans); la consommation de matière première était de â5o,ooo kilogrammes ; l'exportation atteignait 2 3 millions de francs et comprenait des velours de soie pure ou mi-soie, unis ou façonnés, des satins, des rubans, des gazes, des foulards. L'Autriche a des ouvriers intelligents et adroits; ses dessinateurs sont doués de goût et reproduisent habilement soit les tissus d'Occident, soit les étoffes byzantines, hindoues ou persanes; ses fabricants savent composer la tissure et ont le sens artistique. Actuellement, la valeur de la production annuelle est de 80 à 90 millions de francs.

Beaucoup d'éducateurs chinois tirent eux-mêmes la soie de leur récolte et la tirent autant que possible de cocons frais; quoique des plus simples, les procédés et les appareils de tirage donnent des produits de bonne qualité, gréce à l'attention et à l'habileté des fîleuses. Une certaine quantité de soie sort de filatures montées à l'européenne; ces établissements ont longtemps végété, soit que leur direction fût mauvaise, soit que l'hostilité du Gouvernement ou du peuple nuisît à leur développement. Comme la filature, le moulinage en Chine est surtout une industrie domestique; dès 1 878 , les envois de soies ouvrées vers l'Europe avaient considérablement diminué, et le déclin allait s'accentuer rapidement. De tout temps, les Chinois ont tenu en honneur le tissage de la soie : nous leur devons le taffetas, la gaze, le crêpe, le satin; oh leur attribue aussi le mérite d'avoir, les premiers, réalisé l'impression des tissus. Habiles dans tous les genres, ils produisent également bien les étoffes les plus diverses et y emploient la matière, tantôt en écru, tantôt en fil teint, tantôt en grège, tantôt en poil; souvent, ils arrivent à des effets fort curieux par le mélange de ces soies entre elles et par l'utilisation des soies sauvages. Un grand nombre de familles préparent, tissent et teignent leurs étoffes; il n'y en a pas moins des tisseurs de profession, pour les étoffes de luxe telles que les brocarts et les tissus façonnés. Plusieurs centres de fabrication très renommés existent -dans le Chen-si et le Sse-tchouèn (velours), le

Honan* (salins), le Tche-kiang (crêpes), le Kiang-sou (étoffes façonnées), le Fo-kièn (popelines et velours ciselés), la région de Canton (tissus légers), etc. En 1878, le nombre des métiers était évalué à 3 5 0,0 00 et la production à 3 00 millions de francs. L'Europe et l'Amérique ne demandent guère à la Chine qu'une étoffe légère et molle, connue sous le nom de pongee : cette étoffe ressemble à un taffetas exécuté dans le genre du corah indien , avec des soies écrues ou avec des schappes et des soies sauvages; elle se rapproche aussi du foulard; on la teint ou on l'imprime dans le pays d'importation.

L'JSspogTie n'a plus qu'une production limitée, 18 à 20 millions de francs par an. C'est surtout dans la Catalogne et la province de Valence que s'exerce l'industrie soyeuse. Barcelone constitue le centre le plus important pour la fabrication des étoffes. Certains tissus se recommandent par l'originalité de leurs dessins et sont recherchés dans l'ameublement.

Aux Etats-Unis y l'ouvraison des soies a pris naissance à Mansfield (Connecticut) en 1810. Les moulins se sont ensuite multipliés dans les États de Pensylvanie, de Connecticut, de New-York, de Massachusetts, de New-Jersey; en 1876, on comptait déjà 1 5 1,000 broches. Pour produire rapidement des articles dont la demande était éphémère, les métiers devaient marcher à grande vitesse, ce qui n'était possible qu'avec de la soie très régulière : aussi les mouliniers préféraient-ils à toute autre la soie indigène très soigneusement filée; mais la récolte américaine restait minime , et il fallait nécessairement recourir aux soies asiatiques. Vers 18/10, les tisseui-s américains demandèrent à Canton de la matière première mieux préparée et reçurent des soies dites redévidées, qui toutefois n'acquirent que beaucoup plus tard un degré suffisant de perfection et dont l'importation s'accrut rapidement à partir de 1868, malgré les plaintes des mouliniers. La fabrication des soies retorses, suivant une progression continue, dépassait 3o millions de francs, dès 1878. Avant la guerre de Sécession, New- York était devenu un grand marché de soieries européennes; son commerce n'avait cessé de grandir depuis le commencement du siècle. Fidèles aux tissus anglais jusqu'en 1807, les acheteurs américains entrèrent à cette date en rapport avec les manufactures de Lyon et de

Saint-Etienne : notre exportation aux Etats-Unis monta à 3 5 millions de francs ëni833,à i3o millions en iSBg. A leur tour, les produits suisses et allemands passèrent l'Atlantique. L'Amérique ne cherchait point encore à enrayer ce courant par une production nationale , que le prix de la main-d'œuvre eût rendue trop coûteuse. Après la guerre, le Gouvernement, obligé de faire face à une dette énorme, frappa de droits très élevés les produits étrangers. À la faveur de ces droits, qui atteignaient 6o p. loo ad valorem ^ naquit de toutes pièces une industrie nouvelle : les fabricants américains, écartant le régime des* métiers isolés, adoptèrent immédiatement celui des vastes usines et entreprirent d'abord le tissage des rubans, puis celui des étoffes; ils prirent à Lyon , à Saint-Etienne , à Zurich , dans tous les centres renommés, l'outillage le meilleur et appelèrent des contremaîtres expérimentés. Il n'était pas rare de trouver réunis l'ouvraison , le tissage et la teinture ; en d'autres temps et en d'autres lieux , pareille concentration eût été désavantageuse. Quoi qu'il en soit, la fabrique américaine se mit ainsi en mesure de produire tous les tissus susceptibles d'être faits sur des métiers mécaniques. Les importations de soies du Japon, de la Chine et de l'Europe étaient évaluées, en 1887, à a,5oo,ooo kilogrammes; elles avaient triplé depuis 1870. Des manufactures nombreuses existaient à Paterson (New-Jersey), à New- York, dans le Connecticut, en Pensylvanie; on estimait à 260 millions de francs la production d'étoffes, de rubans, de passementeries, de soies retorses, et pourtant les entrées de soieries étrangères représentaient 176 millions. Maintenant, la production est estimée à38oou4oo millions et l'importation n'a pas très notablement décru.

Quoique relégué au second plan par le développement des industries de la laine et du coton, le tissage de la soie tenait cependant une place considérable dans la Grande-Bretagne, pendant les premières années du siècle; la perfection de l'outillage et l'excellente ouvraison des soies de Chine assuraient aux manufactures anglaises de soieries une réelle supériorité; nos voisins réussissaient merveilleusement dans les crêpes et tissus mélangés à bon marché. Du reste, à cette époque comme plus tard, l'Angleterre a été puissamment servie par les crises intérieures ou extérieures qui ont si cruellement éprouvé la France; si elle avait

pu produire les façonnés et créer des œuvres de goût comme celles de la fabrique lyonnaise , notre industrie aurait eu de la peine à ne point sombrer. En i8a5, les Anglais se sentirent assez forts pour lever la prohibition sur les soieries étrangères; toutefois ils laissèrent subsister un droit d'entrée représentant à peu près 3o p. .100 £wi valorem : la production et la consommation ne firent que croître; de 1,200 en 1820, le nombre des métiers monta, en i84o, à 5o,ooo, répartis autour de Londres , de Manchester, de Gongleton, de Glasgow; Tiinportation des soies passa de 1 million à 3 millions de kilogrammes. Le moulinage prospérait également : on vit le nombre des broches de Manchester s'élever de 20,/ioo (1828) à 8/1,000 (i833) et à 129,000 (18 5 o). L'exportation atteignait 9 millions de francs en 1826 et 39 millions vingt ans plus tard. En i8/i5, les droits d'entrée sur les soies grèges et les soies ouvrées disparurent; l'essor du moulinage s'accusa encore ; l'exportation des soies ouvrées fut de 1 o o , o o o kilogrammes en 1854, et la progression continua jusqu'en 1860, époque à laquelle elle se trouva enrayée par la concurrence suisse, italienne et française. Lors de l'Exposition de i85i, l'Angleterre venait immédiatement après Lyon; néanmoins ses tissus laissaient à désirer sous le rapport du goût, des dessins, des dispositions, de l'entente des couleurs. L'année 1860 marqua l'apogée de l'industrie britannique, qui consommait 1,870,000 kilogrammes de soie, prélevés sur une importation de plus de 4 millions de kilogrammes, et qui possédait 76,000 métiers disséminés à Spitalfield, Manchester, Midleton, Macclesfield (unis et façonnés), Nottingham (tulles et dentelles), Goventry, Gongleton, Derby (rubans), Norwich (crêpes), Rochdale (peluches), Leck (galons), Bradford (velours); on évaluait là production du tissage à 2^0 millions de francs; ce résultat était dû, pour une large part, aux mesures économiques telles que l'abolition des droits sur les matières premières, celle de l'acte de navigation de Gromwell, l'établissement de transports réguliers et rapides subventionnés par l'Etat, etc.

Après les traités de 1860, nos fabricants surent exploiter avec une extrême habileté le marché nouveau qui leur était largement ouvert; ils fondèrent des agences et des dépôts à Londres, ainsi que dans les principales villes du Royaume-Uni, et purent ainsi profiter de tous les

débouchés du commerce britannique dans le monde entier; notre exportation, de 70 millions en 1889, arriva à i38 millions et demi en 1869 et ^ ^^^ millions en 1867. Néanmoins Imduslrie anglaise iuttait vaillamment; à l'Exposition de 1 867, elle fit admirer ses moires antiques, ses popelines écossaises et irlandaises, ses tissus foulards unis ou sergés, façonnés ou imprimés; mais ses eflforts avaient été impuissants à lui donner la science du dessin et le goût du coloris.

Les symptômes fâcheux pour Tindustrie britannique ne tard'.rent pas à se caractériser. Cette industrie se heurtait contre les bas prix obtenus en France, comme en Prusse et en Suisse, par la dissémination des métiers chez les petits artisans des campagnes; d'un autre côté, les ouvriers anglais, si admirables dans les travaux utilitaires, ne parvenaient pas à conquérir la délicatesse du sens artistique. Il y eut une reprise en 1 870 , à la faveur de la crise des industries française et allemande : TAngleterre occupait alors 60,000 métiers, dont près de 1 3,000 métiers mécaniques. La reprise fut de courte durée, et Tannée 1878 inaugura une période de déclin manifeste. En lutte avec les trade uniom pour les prix de main-d'œuvre, les fabricants anglais essayèrent vainement de soutenir la concurrence de leurs rivaux par le transport des métiers en Ecosse; possédant des usines puissantes, travaillant avec de gros capitaux, accablés de frais généraux, limités par lefactory act pour la journée des ouvriers, ayant un personnel peu apte aux transformations rapides de la production, ne trouvant qu'à grand' peine des débouchés pour leurs tissus riches, ils ne purent conjurer le mal, en dépit de vigoureux efforts pour l'éducation des tisserands par les écoles de dessin et les écoles professionnelles. Une enquête instituée en i885 révéla l'extrême gravité de la situation : à Midleton, par exemple, le nombre des métiers avait diminué des neuf dixièmes; à Macclesfield, la réduction était de moitié; l'industrie des rubans de Coventry n'employait plus que i,5oo métiers au lieu de 9,000; sur les â4,ooo métiers qui avaient existé en 1835 à Spitalfield, il en restait seulement a, 000; Paishley (Ecosse) ne gardait que quelques tisseurs pour rideaux et tapisseries; la teinturerie avait disparu de Manchester.

Jamais, l'Angleterre n'est parvenue à reprendre son ancien rahg. Sa

production actuelle de tissus ne va pas au delà de 70 ou 80 millions par an. Le marché des soies asiatiques a déserté Londres au profit de la France et de Tltalie.

A aucune époque, la sériciculture n'a tenu dans VInde la place que semblaient devoir lui assigner l'étendue du pays, la densité de la population et la nature du climat. Elle parait même avoir décru. Vers 1 868 , les exportations de soie hindoue (cocons, soies grèges et déchets de soie) étaient de 1 million de kilogrammes; en 1878, elles avaient subi une baisse de 4oo,ooo kilogrammes, et maintenant on ne les évalue qua 370,000 kilogrammes; les importations sont de beaucoup supérieures. L'Inde a deux catégories de filatures, les filatures européennes et les filatures dites des natifs, dont le produit s'emploie dans les tissages locaux; celles-ci ont été moins éprouvées que les premières par la décroissance des exportations. Souvent encore, le moulinage s'effectue à la main. C'est surtout par les foulards imprimés et les corahs écrus que sont connus les produits du tissage indien; mais la production s'étend à des étoffes très variées, entre autres à des étoffes brochées et façonnées, avec décor formé par des poissons, par des tortues, par des perroquets, par des fleurs de lotus, ainsi qu'à des tissus brodés d'or et d'argent, employés pour vêtements de cérémonie, coussins, couvertures, écharpes, turbans, etc., et remarquables par la variété des dessins comme par la pureté des nuances. L'adoption par les indigènes des tissus anglais de laine et de coton a naturellement diminué la consommation des tissus de sole à bon marché.

VIndo- Chine et la Birmanie ont fourni, en moyenne, 900,000 a 1 million de kilogrammes de soie pendant les années 1896 à 1898. Elles importent plus de matière première et de tissus qu'elles n'en exportent. L'usage des soieries est très répandu au Tonkin, mais les tissus sont en général légers, grossiers, unis et teints en pièce; cependant des étoffes brochées de la région d'Hanoï jouissent d'une véritable célébrité. Au Cambodge, l'île de Ksach-Kondal et ses environs produisent une soie de bonne qualité, qui sert à la fabrication de langoutis très recherchés dans l'archipel Indien et le Siam. Les Birmans tissent des étoffes appréciées par les Hindous, les Siamois et les habitants de Tarchipel Indien.

Dans la première moitié du \s%^ siède, les fileurs et mouliniers ùa- Kmg s'étaient laissé surpasser par les français; le baron de Rcede» constatait leur infériorité en 18 4 5. Bientôt, ils s'assimilèrent nos méthodes de travail, se pénétrèrent de nos procédés, transformèrent leur industrie, la perfectionnèrent, concentrèrent leurs opérations. En 1868, le recensement constatait l'existence de 4,8 o 5 filatures contenant 61,900 bassines (dont 3 5, 600 a vapeur), utilisant 30 millions et demi de kilogrammes de cocons et donnant 1 ,3 1 4,ooo kilogrammes de soie grège; huit ans après, il y avait 3, 600 filatures avec 83, 000 bassines (dont plus de 53, 000 à vapeur); vers 1878, on évaluait à 2,800,000 kilogrammes en moyenne la production de soie grège. Les mouliniers avaient réalisé des progrès plus remarquables encore, accru la rapidité de rotation des fuseaux, régularisé les torsions; aussi la consommation recherchait-elle les produits italiens. De grands efforts s'étaient accomplis pour le moulinage des soies asiatiques. L'industrie était d'ailleurs favorisée par la modicité des impôts, le prix peu élevé dos appareils, les conditions économiques du personnel ouvrier, la faculté d'emploi des enfants. Une statistique ofiicielle de 1876 enregistrait 2,680,000 fuseaux, dont 268,000 inactifs; l'ouvraison des soies se faisait surtout en Lombardie, dans le Piémont et en Ligurie. En 1878, l'exportation des soies écrues, grèges et ouvrées, dépassait notablement 3 millions de kilogrammes; la fabrique lyonnaise prenait une forte part de ce contingent. Tandis que se développaient les industries de la filature et du moulinage , celle du tissage était complètement délaissée. Les tentatives de relèvement datent de la constitution du royaume d'Italie; Corne fut le centre de cette renaissance; sa fabrique recueillit les manufacturiers de Milan, à la suite de leurs différends avec les ouvriers, et le nombre des métiers monta à 7,000 en 1878. Après avoir vu ses débuts facilités par la vogue des étoffes unies, failles et satins, l'industrie de Gôme, pendant un certain temps menaçante pour la place de Lyon, périclita lors de l'abandon des tissus de soie pure; elle ne put ni se transformer rapidement, ni lutter contre les avantages de la France, de la Suisse et de TAllemagne, au point de vue de l'approvisionnenient des matières premières destinées aux mélanges.

Pendant les vingt dernières années, l'Italie est restée à la tête de la sériciculture européenne. Sa filature et son moulinage ont prospéré. Le tissage a bénéficié d'une reprise sensible; on en évalue la production moyenne annuelle à 70 millions de francs, et l'exportation suit une marche rapidement ascendante. C'est principalement en Lombardie et dans le Piémont que se font les étoffes.

Vers 1878, la production de soie grège au Japon était estimée à , 2 millions de kilogrammes environ, dont le tiers restait dans la consommation locale, le surplus étant exporté en Europe, aux Etats-Unis , aux Indes. Des négociants japonais avaient habilement organisé le commerce d'exportation et créé à cet effet de grandes compagnies, avec succursales à Paris, Londres, New-York. Le Gouvernement, de son côté, protégeait la sériciculture et entretenait à Tôkyô, depuis 1874, un établissement d'études pour l'éducation des vers à soie. Egalement soucieux des intérêts de la filature, il avait recommandé, dès 1870, l'emploi des méthodes européennes et fondé lui-même des usines à Tomioka et à Tôkyô; son exemple ne tarda pas à être suivi dans les provinces de Shinshû, de Kôshû, de Hida, etc. Cette heureuse initiative détermina une progression notable du commerce extérieur. L'ouvraison des soies constituait alors au Japon une industrie très divisée ; les mouliniers ne travaillaient que pour la fabriqué indigène; parmi les procédés en usage, on distinguait le filage en torsion simple, la torsion de gauche à droite de plusieurs brins de soie, leur torsion de droite à gauche, la torsion très forte de plusieurs brins, le doublage et la torsion de deux soies déjà fortement tordues, l'une de gauche à droite, l'autre de droite à gauche. Sans disposer de l'excellent outillage européen, l'industrie du tissage se caractérisait néanmoins par la beauté et le goût des étoffes, et tout faisait prévoir qu'elle s'assimilerait promptement les méthodes occidentales; différents centres étaient célèbres pour les taffetas blancs, les tissus brochés dor, les étoffes légères, les crêpes unis ou rayés, les velours; le nombre des métiers en activité atteignait 4 0,0 00. Le progrès s'est poursuivi : aujourd'hui, le Japon produit près de 8 millions de kilogrammes de soie, y compris les matières inférieures, et exporte 3,4 5 0,0 00 kilogrammes; ses sorties de tissus approchent de 60 millions de francs.

En RttësiCy deux régions donnent de la soie : le Turkeslan et le Caucase. Tous les cocons du Turkestan continuent à être dévidés sur place au moyen d'appareils primitifs et leurs produits servent à fabriquer des articles n'ayant d'autre clientèle que les indigènes du pays. La sériciculture du Caucase, fort compromise par la pébrine jusqu'en 1890, est entrée dans la voie du relèvement et fournit environ 5 00,0 00 kilogrammes de soie grège; le dévidage a lieu dans la contrée même, et la moitié de la soie alimente le tissage local, tandis que le surplus va à Moscou. Durant les dix dernières années du siècle, le moulinage a pris beaucoup d'extension, en particulier dans le gouvernement de Moscou, qui possède des établissements très bien outillés. Les progrès du tissage ont été continus. Au fur et à mesure qu'ils développaient leur matériel, les industriels ont sollicité et obtenu des taxes de plus en plus élevées sur les produits étrangers : la fabrique lyonnaise, dont les soieries étaient si appréciées de la population russe, en a souffert; il y a d'autant plus lieu de le regretter que les Slaves se sont toujours montrés épris des tissus de soie et qu'après avoir été d'excellents clients pour Byzance et l'Italie, ils l'étaient devenus pour la France. La production des étoffes de soie, évaluée à 10 millions en i8a4età/io millions en 1872, l'est maintenant àiooouiio millions. Grâce à des efforts incessants pour développer l'instruction artistique et technique de leurs auxiliaires, les fabricants russes sont parvenus non seulement à faire des brocarts irréprochables, mais aussi à tisser des étoffes remarquables de tenture ou d'ameublement et à y adapter avec un sens très original les anciennes formes décoratives de l'Orient. Dans la catégorie des tissus d'habillement, ils imitent encore les Lyonnais; cependant leur émancipation se dessine nettement.

La Suisse produit, dans le Tessin et dans quelques vallées méridionales des Grisons, une petite quantité de soie; celle-ci est filée par des manufactures de la région, qui s'alimentent également en Italie. Sans suffire à la consommation intérieure, le moulinage peut être considéré comme prospère. Jadis, les Suisses s'adonnaient à la fabrication d'un tissu léger, uni, brillant, rayé ou quadrillé, fait avec des soies fines; par son prix modique et son excellente qualité, ce tissu conquit la vogue et contribua au développement de l'industrie locale. Quand la

faveur publique, tant en Europe quaux Etats-Unis, abandonna les étoffes de soie pure, nos voisins durent modifier leur production et leur manière de faire; ils opérèrent cette transformation avec Tesprit de ténacité, de patience , d'observation minutieuse et d'ordre qui a toujours assuré le succès de leurs entreprises. Les manufacturiers suisses furent les premiers à pratiquer la division du travail; ils perfectionnèrent lourdissage et le pliage , améliorèrent les moindres détails du métier mécanique et réussirent si bien, que Lyon leur fit plusieurs emprunts. Voyant leur exportation vers les États-Unis diminuer par suite des progrès de l'industrie sérique au delà de l'Atlantique, ils allèrent combattre les Américains dans leur propre pays et installèrent d'importantes manufactures à Union-Hill dans le New-Jersey. La fabrique suisse , qui ne vit que par l'exportation et ne peut se régler sur une consommation certaine, a éprouvé plusieurs crises de pléthore; elle y a résisté par son énergie et n'a, en somme, cessé de progresser pendant le xiv*" siècle. On sait que les deux principaux centres sont Zurich pour les tissus et Bâle pour les rubans. Zurich possédait 5,ooo métiers en 1 800 ; ce nombre s'est élevé à 7,000 en 181 1, à 9,000 en i83o, à i5,ooo en 1889, ^ 20,000 en i85i, à 27,000 en 187a, à près de 3o,ooo en 1878, et depuis, la substitution des métiers automatiques aux métiers à bras a été énergiquement poursuivie; bien que très variés, les produits se composent surtout d'articles à bon marché , qui , du reste , sont fort bien faits et pour le placement desquels les manufacturiers déploient une extrême activité. Bâle, obligé de lutter contre Saint- Etienne, refoulé des Etats-Unis, éliminé au moins en partie de l'Allemagne, a eu une fortune moins facile, malgré ses sacrifices pour, avoir un outillage parfait et de grandes usines; trop souvent, les Bâlois se sont appliqués à reproduire les créations de Saint-Etienne, ce qu'ils faisaient d'ailleurs avec une étonnante promptitude. La valeur actuelle de la production d'étoffes est de 180 à 200 millions de francs, dont les trois quarts pour l'exportation.

Suivant des supputations approximatives , la Turquie ^Europe et la Turquie d'Asie fourniraient 1 ,1 00,000 kilogrammes de soie. Beaucoup de filatures y ont été établies par des Français ou par des étrangers d'autres nationalités ; elles sont bien outillées et bien dirigées.

IWrktlIBKII lATIOKALK.

Il ne me reste qu a préciser par des chiffres la situation des industries de la soie à la fin du xix* siècle.

Gomme je Tai indiqué dans un précédent chapitre, la quantité de soie mise à la disposition du commerce et de l'industrie (récoltes d'Europe et d'Asie Mineure; exportations de l'Extrême-Orient) a été de 1/1,724,000 kilogrammes en 1898, de 18,067,000 kilogrammes en 1899 et de 16,717,000 kilogrammes en 1900 : la moyenne ressort à i6,5oo,ooo kilogrammes environ. Il y a dix ans, la moyenne n'était que de i2,4oo,ooo kilogrammes.

Le poids des soies mises en vente sur le marché français s'est élevé k 6,64o,ooo kilogrammes en 1898,48,720,000 kilogrammes eni 899 et à 6,292,000 kilogrammes en 1 900. Ce dernier chiffre se décompose ainsi : récolte française, 7/1/1,000 kilogrammes; importation de soies grèges , tare déduite ,6,880,900 kilogrammes ; importation de soies ouvrées, 1 5 , 8 o o kilogrammes ; importation de cocons fins, comptée à raison de 1 kilogramme de soie pour ti kilogrammes de cocons, 1 5 1 ,3 00 kilogrammes. La moyenne triennale de 7, 217, 000 kilogrammes représente /i/i p. 1 00 du poids total des soies livrées au commerce dans le monde.

Nos fabriques ont retenu 3,578,600 kilogrammes en 1898, /i, 698,800 kilogrammes en 1899, 8,823,200 kilogrammes en 1900, ce qui donne pour la moyenne triennale 8,866,700 kilogrammes. La consommation en France n'a pas augmenté depuis 5 ans.

D'après les travaux de la Commission permanente des valeurs de douane , la consommation industrielle des divers pays pendant les trois dernières années du siècle aurait été la suivante :

PAYS

États-Unis

Franco

Allemagne

Suisse

Russie

Italie

Grande-Bretagne

Autriche-Hongrie

Indes anglaises

Espagne

Levant, Nord de l'Afrique et pays divers.

TOTAIIX

Idlognuomes.

i,35o,ooo

a35,ooo

53o,ooo

i,35o,ooo

36o,ooo

9a5,ooo

kilogramnm.

9,63o,ooo

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