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Europe
Amérique .
Asie
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5. Dentelles, broderies et passementeries. — i. Dentelles. — On sait que la dentelle à la main est un tissu à points clairs, dont le fond et les fleurs sont entièrement formes par la main de la dentellière. Le talent du dessinateur et Thabileté de Touvrière en créent toute la valeur; la matière première n y entre que pour une part relativement minime. Certaines dentelles sont de véritables œuvres d'art.
Il existe deux genres de dentelles : la dentelle à l'aiguille et la dentelle aux fuseaux.
La dentelle à Taiguille se fait à Taide d'une simple aiguille et d'une feuille de papier ou de parchemin, reproduisant le dessin par la piqûre. On jette d'abord les fils du bâti , puis on y rattache des points plus ou moins compliqués. Les morceaux ainsi préparés sont ensuite réunis par des fils de couture se perdant le long des ornements du dessin.
Quant à la dentelle aux fuseaux, elle se fabrique sur un métier appelé carreau, oreiller ou coussin, et dont voici les dispositions générales. Une boîte de forme à peu près carrée, garnie et rembourrée extérieurement, présente en son milieu une ouverture dans laquelle tourne un cylindre rembourré, bien ferme. Sur ce cylindre, placé horizontalement de manière à déborder un peu l'ouverture, est fixé un parchemin ou une carte qu'on a préalablement piqué de trous d'épingle, suivant la nécessité du modèle. Pour l'exécution de la dentelle, louvrière a une certaine quantité de fuseaux garnis de fils, qu'elle croise, tresse et enlace comme le commande le dessin. Des épingles plantées dans les trous de la piqûre, au fur et à mesure que l'ouvrage avance , servent de jalons et maintiennent le point. On peut, en tournant le cylindre, conduire le travail sans solution de continuité. Le métier, tel qu'il vient d'être décrit, comporte des variantes.
Des deux genres de dentelles, le premier est celui qui ofl're le plus de netteté, de fermeté et de richesse : la terminologie technique lui réserve spécialement le nom de point. La dentelle aux fuseaux a plus de souplesse, est plus vaporeuse et convient mieux aux gros cordonnets, à la soie et à l'or; le travail en est moins lent et moins coûteux.
Pendant la période de 1790 à 1801, la dentellerie française subit une crise redoutable et des pertes cruelles. Malgré de courageux efforts, la fabrique de Valenciennes disparut, et la Belgique recueillit
sa succession, mais sans jamais atteindre le même degrë de perfection.
Après 1801, une reprise se manifesta non seulement dans les villes qui fabriquaient des dentelles à bas prix, comme Gaen, Bayeux, Mirecourt, Le Puy et Arras, mais aussi à Alençon, à Chantilly, à Bruxelles (alors ville française). Les anciens dessins, très ouvragés, firent place à des genres plus clairs et plus légers, exigeant un travail moins prolongé. Napoléon I" contribua pour une large part à cette résurrection ; il chercha même, sans toutefois y réussir, à relever la fabrique de Valenciennes.
Arrêtée dans son essor par les événements de la fin du premier Empire, l'industrie de la dentelle eut ensuite à souffrir, vers i8ao, de la concurrence du tulle bobin, dentelle à la mécanique de création récente. La ruine aurait été complète si les Etats-Unis d'Amérique n'avaient assuré un débouché nouveau aux produits de l'Auvergne et de la Lorraine. Tandis que la fabrication des dentelles périclitait, celle des blondes de soie, que les machines étaient impuissantes à produire, se développa au contraire en Normandie, et particulièrement à Gaen.
En 1 83 1 , l'affaissement du prix des tulles ramena le goût des classes aisées vers la dentelle aux fuseaux. Ce retour de faveur permit à presque toutes nos fabriques d'échapper au désastre dont elles s'étaient vues menacées. Les tulles avaient anéanti la dentellerie anglaise dans les comtés de Bedford, d'Oxford, de Buckingham et de Devon; grâce à cette circonstance, les dentelles et les blondes françaises purent être avantageusement exportées au delà de la Manche. Chantilly, Bayeux et Gaen réussirent à placer en Espagne beaucoup de blonde mate, blanche et noire ; le Mexique et la Havane joignirent leur clientèle à celle des États-Unis de l'Amérique du Nord. Aux anciens articles de luxe succédèrent des articles moins chargés, à mailles plus larges et d'un prix plus accessible; le fil de coton commença à se substituer au fil de lin; une variété plus grande, des renouvellements plus fréquents s'introduisirent dans les dessins; la nouveauté et le cachet de distinction de nos produits les firent rechercher du monde entier.
Telle était la situation quand s'ouvrit à Londres l'Exposition internationale de i85i. Les principaux centres de la dentellerie française
se trouvaient alors à Alençon (point d'Alençon ou reine des dentelles), à Bailleul (point de Valenciennes), à Lille et Arras (dentelles blanches à fonds clairs), à Chantilly (dentelles et biorides), à Caen et Bayeux (dentelles et blondes; grandes pièces telles qu'aubes, dessus de lit, robes; mantilles espagnoles, mexicaines ou havanaises), à Mirecourt (dentelles blanches; applications de fleurs en dentelle sur tulle de Bruxelles; guipures analogues à celles d'Honiton en Angleterre), au Puy (dentelles blanches à fonds doubles et à fonds clairs; dentelles en soie noire). Seule la fabrique d'Alençon employait l'aiguille et se servait exclusivement de fil de lin, avec crin pour lentourage des jours. On évaluait à 94o,ooo le nombre de nos dentellières, reparties dans 18 à 30 départements, et à 65 millions au moins notre production annuelle. Notre exposition fut admirable et afiirma la supériorité de la France, supériorité due à l'intelligence des fabricants, à Thabileté des ouvrières, à la perfection et au fini du travail, à la beauté et au bon goût des dessins. La France n'avait d'autre rivale que la Belgique, dont les dentelles se ramenaient à six types : dentelles de Mali nés en fil fin, dentelles de Grammont en fils de coton ou de soie, dentelles de Bruxelles (application), dentelles dites valenciennes, point à Taiguille et guipures de Bniges. On ne pouvait pluS guère citer que pour mémoire la Suisse et l'Italie ; à peine la fabrique du Danemark étaitelle en reprise; les blondes d'Espagne, bien que présentant un certain cachet d'originalité, restaient loin en arrière des blondes de Bayeux ou de Chantilly; la Saxe et la Bohême avaient une fabrication assez importante , mais ne fournissaient que des dentelles communes et de médiocre qualité ; enfin l'Angleterre , malgré son style particulier, péchait par le dessin et ne brillait réellement que dans les guipures au point d'Honiton, d'une vente difiicile si ce n'est dans les grandes villes du Royaume-Uni. Le rapporteur français de l'Exposition estimait le nombre total des dentellières en Europe à 535,oooetle chiffre de la production à i3o millions de francs.
Une nouvelle crise extrêmement grave survint en 1 SyB. Les progrès de la dentelle mécanique et les caprices de la mode compromettaient le sort de la dentelle à la main. Celle-ci put heureusement reprepdre sa place dans l'ameublement et l'ornementation du linge de
table; le Puy, Mirecourt et la Belgique y trouvèrent un débouché précieux.
Vers 1 878 , la fabrication était à peu près monopolisée par la France et la Belgique. L'abandon des points fins, riches et solides du vieux temps et l'évolution vers des produits moins chers, mais remarquables cependant par le dessin, s'accusaient nettement. On constatait une tendance à chercher des inspirations dans l'art ancien, dans les types originaux du xvii* et du xviii* siècle.
L'Exposition de 1889 montra une fois de plus l'incontestable supérioté des dentelles françaises. Paris restait le premier marché en même temps que le foyer du goût et le centre d'invention des dessins, pour l'étranger de même que pour la France. Nos seuls concurrents sérieux se rencontraient en Belgique. Une intéressante tentative de renaissance se manifestait à Venise; l'Angleterre faisait de louables efforts afin d'encourager la production des dentelles en Irlande (point à l'aiguille genre Venise et dentelles au crochet). M. Lefébure , rapporteur du jurj% signalait comme une caractéristique de l'Exposition le succès des industriels qui, renonçant à se cantonner dans l'exploitation de quelques points classiques, avaient su retrouver les procédés anciens et produire des œuvres valant celles des grandes époques par la richesse du dessin, la variété des fonds et la perfection du travail ; l'initiative de cette rénovation était tout à l'honneur de la fabrique française.
À la fin du xix*" siècle, l'industrie des dentelles à la main est apparue plus vivace qu'elle ne l'avait été depuis de longues années. Sans doute, elle doit lutter avec les dentelles à la mécanique, avec les broderies chimiques de Plauen et de Saint-Gall; sans doute, les fluctuations de la mode ne lui sont pas toujours propices. Mais elle arrive à vaincre les difficultés qui s'accumulent sur sa route. On ne saurait trop l'encourager, eu égard aux ressources qu'elle offre pour le travail à domicile des femmes et des jeunes filles dans les contrées agricoles. Sa vogue sert d'ailleurs les intérêts de la fabrication mécanique en portant les masses profondes d'acheteurs vers les imitations à la machine.
La France et la Belgique restent à la tête de la production; l'Italie s'est un peu relevée; dans la Grande-Bretagne, les guipures d'Irlande jouissent de la faveur du public. Nous gardons sans contredit la pre-
mière place au point de vue de la qualité et de la valeur artistique; les fabriques du Calvados, des Vosges, de la Haute-Saône et du Velay sont célèbres dans le monde entier.
Au cours des trois dernières années du siècle, l'importation moyenne en France a été de 7 millions de francs environ (provenances de Turquie, de Belgique, d'Angleterre), alors que l'exportation ne dépassait pas 1,585,000 francs. Mais l'écart apparent entre ces deux cbijGFresest loin de correspondre à la réalité. Paris constitue un grand marché de dentelles, et à l'exportation enregistrée parla douane s'ajoute une exportation invisible, soit dans les bagages des voyageurs, soit dans les colis de robes, d'articles de lingerie, etc.
Les indications précédemment données à propos du matériel de tissage me permettront d'être très bref en ce qui concerne les tulles et dentelles mécaniques.
Dès que Heathcoat eut perfectionné l'œuvre de Lindley et réalisé pratiquement la maille hexagonale du point de tulle, un véritable engouement se manifesta pour le tulle bobin. À Nottingham, la fabrication se développa dans des proportions inouïes. L'importation en France était prohibée; pourtant, Nottingham trouvait un débouché considérable sur le marché français , grâce à une prime de 3 o ou 3 5 p. 1 00 servie aux contrebandiei-s.
Calais, petite ville sans capitaux, sans mécaniciens, sans ouvriers, ne craignit pas d'engager la lutte contre Nottingham , cité industrielle , riche, puissante, populeuse , dotée d'un matériel abondant, d'un personnel habile , d'une réputation universelle. Les Galaisiens y déployèrent une persévérance et un courage merveilleux. Ils n'avaient même pas la matière première, le coton retors filé n^ 160 à 200 : car la filature française n'allait guère, en 1 8 1 8 , au delà du n** 70 , et les cotons étrangers étaient prohibés; l'alimentation des métiers ne pouvait être assurée que par la contrebande, sur laquelle, d'ailleurs, le service des douanes fermait volontiers les yeux. Ce fut seulement en i83il qu'une ordonnance royale leva l'interdit frappant les filés de coton au-dessus du n^ i43 métrique.
En i833, on estimait la consommation du tulle de coton sur le
territoire français à 2 5 millions de francs, dont moitié environ fournie par la production nationale; le surplus était introduit en fraude par la fabrique anglaise. D'après un rapport dû à Felkin de Nottingham et daté de i835, il y avait alors en Europe 6,8 5 o métiers fonctionnant soit à la vapeur, soit à la main, et donnant 3o millions de mètres carrés de tulle bobin. Sur ces 6,85o métiers, l'Angleterre en avait 5, 000 et la France i,585(7o5 à Calais et Saint-Pierre; les autres à Boulogne, Saint-Omer, Douai, Lille, Saint-Quentin, Caen, Lyon).
Vers 1 833-1 834, on était parvenu à rompre l'uniformité du tissu par une petite mouche, formant semé et appelée |>omf ^esprit. Cette innovation fit concevoir la possibilité de produire des dentelles à dessins variés. Le problème fut résolu par l'application du système Jacquard au métier à bobines.
Lors de l'Exposition universelle de 1 85 1 , Nottingham avait conservé ses avantages au point de vue du nombre des métiers (3,fioo), ainsi que de la matière première. Mais, en revanche, Calais et Saint-Pierre, qui ne possédaient pas 700 métiers, pouvaient revendiquer une incontestable supériorité artistique pour la variété des genres, la richesse des dessins et la finesse du tissu. Ils excellaient surtout dans les Neuville, les Malines, les platt fins et les platt ordinaires. Le yard carré (o m. 91) de tulle bobin ne se vendait plus que o fr. 3o, alors qu'en 1812 il avait valu 5o francs.
Jusqu'ici, je n'ai parié que des tulles de coton. Avant de passer à la seconde moitié du siècle, il me reste à dire quelques mots des tulles de soie. Vers 1780, Lyon fournissait déjà un tissu tenant le milieu entre le tricot et le tulle. De 1782^1795, des améliorations furent apportées aux machines à bas et donnèrent naissance au métier à cueillir, qui produisit les premiers tulles de soie à mailles courantes, connus sous le nom de tulles de Lyon. Cette industrie prospérant, Nottingham tenta, mais sans succès, de faire des tulles de soie sur un métier appelé upright-warp. Le métier à la chaîne permit de livrer à la consommation plusieurs tulles nouveaux, tels que le tulle noué à mailles fixes, le tulle blonde, etc.
En 1823, Dognin importa à Lyon la première machine à bobines d'origine anglaise. Après avoir employé de belles et fortes soies grena-
dines en blanc et en noir, il eut recours à des soies fines et obtint le tulle z^htr ou tulle illusion, qui eut un immense succès. Les fabricants de tulles sur métiers à la chaîne, impuissants à lutter avec les machines à bobines pour les tulles unis, cherchèrent à produire des dessins façonnés, à Taide de la roue ou moulin, puis de la jacquard, et purent mettre en circulation une grande variété d'articles, écharpes, voiles, châles, recherchés pour le bon goût des dessins et la nouveauté du genre, mais ne constituant que de lointaines imitations des dentelles de Chantilly.
Vers 1889, les produits jacquardés des métiers à la chaîne cédèrent la place à leurs similaires sur métiers à bobines. On réalisa le grillage et les jours de la dentelle aux fuseaux, et la véritable dentelle put être imitée mécaniquement avec beaucoup d exactitude. Jourdan de Cambrai, qui prit des brevets pour cette nouvelle fabrication, commença par une dentelle blanche imitant celle de Bruxelles et passa ensuite aux dentelles noires. En i85i, Calais, Lille, Cambrai et Lyon faisaient un commerce important de dentelles en soie.
Les traités de 1 860 exercèrent une influence salutaire sur la fabrique calaisienne, d'une part en obligeant les filateurs français à produire enfin les fils de coton nécessaires pour la dentelle mécanique, d'autre part en élevant dans une proportion considérable le chiffre des affaires avec l'Angleterre.
Saint-Pierre-lez-Calais avait, en 1867, environ 900 métiers, dont les trois quarts montés pour la soie et le surplus pour le coton; sa production était évaluée à 26 millions. Lyon, le centre le plus important pour les tulles de soie unis, brochés, brodés ou damassés, possédait 800 machines, et ses ventes annuelles pouvaient être estimées à 1 2 ou i5 millions. Nottingham, avec ses 3, 000 métiers, fabriquait de nombreux articles valant de 4o à 5o millions.
Un dénombrement de 1870 comptait en France 782*métiers pour tulles de coton (Calais et Saint-Pierre, ^79; Caudry, 1/17; Lille, 78; Saint-Quentin, 3o; Roubaix, Douai, Beauvais, Inchy, Seclin, ^17) et 1,079 ïï^^tiers pour tulles de soie (Lyon, 55o; Calais et Saint-Pierre, A78; Saint-Quentin, 3o; Lille et Grand'Couronne, 21). A la même époque, l'Angleterre disposait de 2,820 métiers pour tulles de coton et 1,0 5 5 métiers pour tulles de soie.
Après 1878, un nouvel élément de concurrence, qui, auparavant, n'existait qu'en germe, a pris une importance menaçante pour Calais, Nottingham et les autres centres de fabrication des dentelles mécanique. Plauen (Saxe) et Saint-Gall (Suisse) sont parvenus à broder sur du tulle de coton et à produire des articles avec effets de jour se rapprochant beaucoup de la dentelle; ils avaient l'avantage d'une économie considérable sur les dépenses d acquisition du matériel, sur les frais de mise en carte et de cartonnages, ainsi que sur les prix de façon. Le danger s'est encore aggravé par la découverte de procédés chimiques pour détruire le fond de la broderie. Cependant il n'y a eu là qu'une alerte : les produits de l'industrie naissante ont, pour une large part, trouvé des emplois spéciaux, en dehors de ceux auxquels étaient déjà affectés les articles fournis par les métiei-s Leavers.
Les fabriques de tulles et de dentelles mécaniques se sont maintenues, soumises sans doute à des alternatives et à des difficultés temporaires, mais poursuivant dans l'ensemble une brillante carrière. Saint-Pierre-lez-Calais notamment, jadis bourgade modeste, aujourd'hui cité populeuse annexée à Calais, disposait, en 1883, de 1,674 métiers (3fiil métiers à coton et i,35o métiers à soie); en 1899, le nombre des machines était passé à 1,829, ^^^ depuis, il s'est élevé à plus de 2,3 00. Les Calaisiens ne reculent devant aucun sacrifice pour perfectionner sans cesse leur outillage, pour varier *et améliorer continuellement leurs dessins. Selon les circonstances, la valeur de leur production va de 5o à 80 millions; elle a dépassé 100 millions pendant la période 1879-1888.
Actuellement, les tulles unis de coton se font à Nottingham et, dans une moindre mesure, à Lille, Gaudry, Plauen, Lyon; les tulles unis de soie, à Ljon et un peu à Nottingham; les imitations de dentelles, dans les divers centres ci-dessus énumérés. Lyon a, pour ainsi dire, le monopole de la voilette chenillée. Fidèle à son passé, la France garde une suprématie artistique incontestable.
Pendant les trois années 1898, 1899 et 1900, les. tulles et dentelles mécaniques ont donné lieu à une importation moyenne de 11 millions et demi de francs et à une exportation de 75 mil-
AOO BRODERIES.
lions. Parmi les principaux mouvements, il convient de citer les suivants : •
IMPORTATION
DeDlelles el guipures de colon (Anglelerre et
Allemagne) 8,5o 1,000 francs.
Tuiles de soie (Angleterre) ti,6i3,ooo
Dentelles de soie 33, 000
Tulles de colon unis 3o&,ooo
EXPORTATION
Dentelles et guipures de coton (Etats-Unis, Belgique, Angleterre, etc.) 98,5o3,ooo
Tulles de soie (Angleterre, Allemagne, Belgique,
États-Unis, etc.) 9S,6o3,ooo
Dentelles de soie (Angleterre, etc.) si, Ai 0,000
Tulles de coton unis (États-Un^s, Angleterre, Allemagne, Belgique) 1,878,000
â. Broderies. — Parmi les divers genres de broderie à la main, on distingue la broderie pour vêtements ou broderie de fantaisie, la broderie d'art (française et européenne; japonaise; chinoise et indo-chinoise; etc.), la broderie dor, la broderie blanche. Exclusivement appliquée au vêtement féminin , la broderie de fantaisie constitue une précieuse ressource entre les mains des habiles couturiers ou couturières. La broderie d art sert à la décoration des tentures; elle transforme souvent en une œuvre artistique le fond même le plus grossier; ses combinaisons lie dessins et de points varient avec le pays. C'est principalement dans lornementation des habits sacerdotaux et des bannières que s'emploie la broderie d'or; les perles fines peuvent y être associées au métal. Enfin la broderie blanche sur toile fine, batiste ou linon, s'adapte merveilleusement au beau linge de corps ou de maison.
Après une longue crise, de 1790 à 1802, ta broderie française reprit son activité à partir de 180 4. Nancy, qui avait vu disparaître son industrie, occupait, dès i8o5, 4, 000 à 5, 000 ouvrières. Beaucoup de prisonniers de guerre internés en Lorraine entreprirent de broder des bandes ou des entre-deux et y déployèrent de l'habileté; 80 officiers espagnols travaillaient pour un seul établissement nancéen. On ne brodait alors que l'étoffe tendue sur un métier.
La période de 181 5 à i83o fut mauvaise. Mais, à partir de i83o, la broderie vit renaître et grandir son ancienne prospérité. En 1889, la demande avait atteint de telles proportions, surtout pour les articles à bas prix , que le procédé au métier disparut presque complètement et fit place au procédé à la main, beaucoup plus expéditif, beaucoup plus accessible à la généralité des ouvrières, moins propre en revanche à fournir des pièces fines et artistiques. Cette transformation hâtive nous suscita en Suisse une concurrence redoutable: nos voisins, qui jusqu'alors s'étaient à peu près uniquement occupés de la broderie au crochet et au passé pour articles d'ameublement, entreprirent la broderie fine au plumetis et adoptèrent le métier; les fabricants de Paris s'adressèrent à eux, leur fournirent des dessins et contribuèrent ainsi à accroître rapidement leur production. La France dut se hâter de revenir à l'emploi du métier. Nancy, Metz, Toul, les Vosges renouèrent les anciennes traditions.
Au milieu du siècle, Paris et Lyon constituaient deux centres de premier ordre pour les broderies autres que la broderie blanche; des ateliers parisiens sortait une multitude d'articles brodés au coton, à la soie, au fil d'or, d'argent, d'acier ou de cuivre, aveq des perles, des cheveux, de la paille, etc.; ces ateliers produisaient depuis les toilettes ' les plus riches jusqu'aux plus menus objets, occupaient un personnel de 6,000 ouvrières et avaient un chiffre d'affaires de 10 millions. Quant à la broderie blanche au crochet ou à l'aiguille, au métier ou à la main, elle se fabriquait sur un grand nombre de points du territoire, à Nancy, Epinal, Metz, Toul, Mirecourt, Lunéville, Plombières, Fontenoy-le-Château , Lorquin, Darney, Saint-Mihiel , Vaucouleurs, Ncufchâteau , Saint-Dié , Ghâteauroux , Alençon , Tarare , Caen , Le Puy , Lille, Cambrai, Saint-Quentin, etc. Au total, la fabrication française des divers genres de broderies engendrait un mouvement commercial de 35 à &5 millions.
La Suisse se plaçait en tête des pays étrangers. Introduite dans le canton d'Appenzell, à la fin du xviu*^ siècle, la broderie y avait rapidement progressé. D'abord limitée aux travaux de crochet, à longs points, pour rideaux, robes ou objets d'ameublement, la nouvelle industrie s'était bientôt étendue aux pièces faites sur le métier, tant à
IMPUHBRtt RAnOIAU.
Appenzell que dans le canton de Saint-Gall. L'exportation vers l'Angleterre et rAmérique du Nord atteignait un chiffre fort élevé.
Une production très importante de broderies blanches au crochet ou à Taiguille existait aussi dans la Saxe et le Wurtemberg. Au delà de la Manche, les régions de Glasgow (Ecosse) et de Belfast (Irlande) fabriquaient, la première depuis 1770 et la seconde depuis 1780, des articles dont quelques-uns remarquables par leur beauté ou leur originalité; la broderie d'Ecosse, extrêmement ouvragée, offrait beaucoup d'analogie avec l'ancienne guipure des Flandres; l'industrie britannique prenait une grande extension et réalisait de notables progrès, grâce à une instruction professionnelle bien e(itendue. Presque toutes les autres nations brodaient avec plus ou moins de succès.
M. Aubry, rapporteur à l'Exposition universelle de i85i, estimait le nombre total des ouvrières en Europe à 55o,ooo, dont i5o,ooo pour la France, 180,000 pour la Grande-Bretagne, 4 0,0 00 pour la Suisse, i35,ooo pour l'Autriche, le Zollverein et le Danemark, 3o,ooo pour l'Espagne, l'Italie, la Belgique, la Suède et la Russie. Il n'hésitait pas à proclamer la supériorité de la France , sinon au point de vue du prix, du moins au point de vue de la perfection du travail ; le bon goût, là nouveauté, l'habileté des dessinateurs, l'intelligence des ouvrières mettaient Paris au-dessus de toute concurrence. Toutefois M. Aubry recommandait différentes améliorations, telles que l'usage exclusif du métier pour les objets fins, la substitution du tambour suisse à notre métier trop encombrant, un meilleur choix des intermédiaires, etc.
Pendant la seconde moitié du siècle, la broderie mécanique a pris une énorme extension et obligé la broderie manuelle à des efforts surhumains. Le travail à la main survit néanmoins et ne peut être remplacé pour certaines catégories d'ouvrages, qui doivent garder intact leur cachet d'art.
La France reste digne de son passé sous le rapport du goût, du sentiment artistique, de la composition du dessin. Nulle part, on ne déploie plus d'art et de talent qu'à Paris et à Lyon , pour les broderies de soie, d'argent et d'or destinées aux ornements d'église et aux uniformes; nulle part ailleurs qu'en France, on ne réalise plus de variété ni plus
de perfection dans les articles pour costumes féminins ; les broderies blanches de Nancy et des Vosges sont remarquables par le choix des ornements légers qui en forment le thème et par la diversité de leurs points, plumetis, damassé, point d'armes, points à jour, fils tirés, points coupés, point d'échelle, etc.
À fétranger, la Russie, la Hongrie, la Bosnie-Herzégovine traitent la broderie d'art ou la broderie d or avec une attrayante originalité. Les Japonais, essentiellement artistes et créateurs, tirent de la nature, surtout de la fleur, des effets d'un charme ou d'une puissance incomparables, y déploient une virtuosité merveilleuse, font preuve d'une impeccable maîtrise. De leur côté, les Chinois et les Indo-Chinois, avec leurs fleurs, leurs poissons fantastiques, leurs personnages groupés en des scènes conventionnelles, arrivent à des effets d'un réel caractère; au lieu de fondre les nuances suivant la pratique japonaise, ils juxtaposent audacieusement les couleurs sans transition; leur habileté est grande dans l'emploi judicieux des soies et des teintes. L'Indo-Ghine produit aussi des ouvrages rappelant le procédé des Japonais. D'autres pays encore affirment leurs mérites à des titres divers.
D'après M. Hénon, rapporteur du jury des dentelles, broderies et passementeries à l'Exposition de 1900, la broderie mécanique dispose du nombre de métiers suivant en Suisse , en Allemagne et en France :
1 LA MAiif. ï rinm.
Suisse 1 5,620 9,260
Allemagne : 3, 200 3, 600
France 2,5oo 260
Ailleurs, l'industrie est à ses débuts. La production française continue à progresser dans la région de Saint-Quentin. Plauen et Saint-Gall occupent le premier rang, l'un en Allemagne, l'autre en Suisse.
Faute d'ateliers bien organisés pour les manutentions chimiques et les traitements d'apprêt, nous restons tributaires de la Suisse et de la Saxe, en ce qui concerne les broderies chimiques. C'est de Suisse que
àOà PASSEMENTERIES.
vieiment les articles les plus beaux, les plus propres à éveiller par leur finesse et leur netteté Tillusion entière d'une vraie dentelle.
La valeur moyenne des importations en France pendant les années 1 898, 1899 «t 1900 a été: pour la broderie de coton k la main, de 91,000 francs ; pour la broderie mécanique de coton , de 1 o, 548, 000 francs (provenances d'Allemagne et de Suisse); pour la broderie de soie k la main ou mécanique, de i,35â,ooo francs (provenances de Suisse, d'Allemagne, de Cbine, du Japon, de Turquie).
D'autre part, les statistiques de la douane ont enregistré les chiffres d'exportation ci-après : broderies de coton k la main ou à la mécanique, 8,5 10,000 francs (à destination de l'Angleterre, des États- Unis, de l'Espagne et de la Belgique); broderies de soie, 953,000 francs (Angleterre).
3. Passementeries. — Bien vaste est le domaine da la passementerie: il va des équipements militaires, des costumes civils officiels et des ornements d'église aux modes et nouveautés pour dames, aux vêtements d'homme, aux livrées, à l'ameublement, à la carrosserie; il comprend les épaulettes, les dragonnes, les ceinturons, les brandebourgs, les galons, les franges, les tresses, les soutaches, les ganses^ les cordons, les lacets, les cordelières, les lézardes, les grands, les bandes, les appliques, les chenilles, les sangles et cette multitude d'objets que l'on désigne du nom générique d'agréments.
Les passementiers emploient, outre la laine, le mohair, l'alpaga, la soie, le coton, la ramie, le crin, le jais, la nacre, les perles, la gélatine, les métaux, etc. Ils consomment beaucoup de fils d'or et d'argent. Nos filés métalliques jouissent d'une réputation universelle. Rien n'est plus beau ni plus correct que les bouillons, les cannetilles, les milanaises, les cordonnets, les torsades et les paillettes sortant des ateliers parisiens.
Ici encore, se trouvent côte k côte le travail manuel et le travail mécanique. À la main sont réservés les ouvrages soignés qui exigent remploi de l'aiguille , comme la plupart des agréments , ainsi que les ouvrages k l'établi, par exemple les épaulettes et les glands. À la ma-