Le bilan du commerce international et le change [microform]
Le bilan du coimnerce international n’entraîne pas toujours des variations correspondantes du change. L’équilibre peut être maintenu sans qu’il y ait à taire intervenir des moyens de paiement internationaux, tels que les traites commerciales. L’histoire économique récente des États-Unis en Iburnit des exemples très intéressants.
A la suite de la crise Baring, on a commencé, en Europe, à vendre des valeurs américaines et à cesser de placer de gros capitaux aux États- Unis : résultat, une diminution de l’importation comparée à l’exportation. C’est ainsi que, pour l’année fiscale qui a pris fin ie 3ü juin 1893, l’importation accuse 866 millions et demi de dollars; tandis que, pour l’année suivante, elle se tient au-dessous de 6uo millions. L’excédent d’importation a fait place à un excédent considérable d’exportation de plus de t»:20 millions en 1898 et de 476 millions en 1899. .Si l’on suit en détail le mouvement du commerce et du change dans ces années, on constate plusieurs causes qui ont intlué sur la demande cominei'ciale. d’une part, les besoins de l’Europe en froment et en viande et l’olfre que l’Amérique a pu lui lain* de ces denrées, tandis que, d'un autre côté, celle-ci achetait des marchandises europé'ennes; d’autre part, les modifications apportées au tarif de douane américain. .Mais les causes les plus importantes ont cependant été celles qui ont inlluencé l’état du marché monétaire des deux côtés de l'.Vtlantique ; on ne comprendrait pas en effet, sans cela, le mouvement du change et de l’or.
Dans les anni'cs qui ont suivi la crise Baring. on a expoiii' de l’or des États-Unis: 68 millions de dollars en I8i^l, 496 ïJen lîÿt^ et
La crise américaine de 1893 et la méfiance des affaires aim'n'eaiiu's ont ensuite forcé les .Unu'ricains à acheter moins en Europe et à exporter davantage. Dei'iiièrement, au contraire, ils ont pu acheter des montants considérables de valeurs en Europe, et la dittérenci* de l’importation d’or en Amérique dans les deux dernièri'S années, 1-4:2 millions en 1898 et seulement 6 millions en 1899, s’explique par la demande constante de valeurs de la part des .Vméricains, dont on estime avoir imporh' ou
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réimporté les mêmes montants environ pendant les deux années. A plusieurs repi’ises, le marché monétaire exerce évidemment une plus grande influence sur le commerce et vice versa. En tout cas, il est évident que le change est le résultat composé de causes bien différentes.
Supposons cependant que le bilan commercial modifie aussi le change national, ou prenons simplement les modifications du change quelle que soit leur origine. Il est clair que ces modifications exercent ellesmêmes une influence qui amènera un nouvel (*quilibre et que toutes les mesures artificielles ({u’on pourra prendre n’empêcheront pas cette influence d’avoir ses conséquences nécessaires.
Que l’importation ait augmenh* comparativement à l’exportation, ou que le change soit devenu, pour une raison quelconque, ce qu’on appelle défavorable au pays ; plus grande sera la demande des traites sur l’étranger que celle des traites de l’étranger sur le pays; il y aura plutôt tendance d’exporter de l’or que d’en importer. Le marché monétaire du pays est donc moins facile ; il y aura plutôt baisse des valeurs ou raison pour les exporter, moins au contraire dans le sens de l’importation. Les moyens de paiement pour en actpiitter le montant, les traites sur l’étranger, sont plus chères ; les moyens à l’étranger pour payer les exportations, les traites sur le pays à meilleur compte. Le marché monétaire exerce une influence dans le pays, moins de facilité pour garder en mains des marchandises ou pour étendre l’activité, pour la nouvelle production ou pour la consommation; par suite de la situation sur le marché monétaire, moinsd’argent estmis en circulation; si l’é'cart de change est suffisant, on exportera même de l’or et vice versa.
Si, au lieu de permettre au change d’exercer son influence naturelle et nt'cessaire, on veut l’éviter en laissant <e dcprt'cier une monnaie inconvertible, en maintenant, par exemple, un taux d’escompte trop bas d’après la situation du change; l’équilibre ne se fera pas. Les raisons commerciales ou de marché monétaire qui ont influencé le change continueront à s’exercer. Les intéi*èts les plus importants souffriront de la dépréciation de la monnaie.
C’est surtout l’abolition de l’inconvertibilité, la fixation de la valeur nationale d’après l’étalon du monde, l’or, contre laquelle on fait des objections tirées des conséquences internationales. Nous ne disons pas qu’il faut relever considérablement la monnaie nationale quand on lui a permis une fois de se déprécier; on commettrait une nouvelle injustice pres(iuc pire que celle qu’on a {)ermise par la d(‘préciation ; on augmenterait les dépen.ses pour ceux qui sont payés d’après l’étalon antérieur, les exportateurs, la majorité des entrepreneurs, tous les débiteurs qu’on forcerait à rembourser plus qu’ils n’(mt reçu. En effet, l’énorme
masse de dettes qui datent de transactions récentes, commerciales et autres, et même les anciennes créances ont souvent changé de mains ; leur dépréciation est, en tout cas, un fait acquis. Il faut suivre l’exemple donné par la Russie au moment de sa réforme monétaire. Fixer la valeur de la monnaie sans la relever ne demande pas en r(‘alité de l’or; la circulation des billets est plus grande quand on a de la confiance ; les transactions augmentent ; les capitaux étrangers craignent moins de s’engager dans le pays. C’est précisément en étudiant les conséquences du change que nous voyons l’importance de ne pas les empêcher et même de laisser sortir l’or s’il est demandé parle bilan international. S’il faut de l’or, il faut le procurer par l’élévation du taux de l’escompte et le jeu des conséquences naturelles de cette élévation. L’équilibre le plus parfait sera créé par l’arbitrage international, auquel il ne faut donner que la base solide de l’étalon du monde, l’or.
On ne saurait faire aucune objection valable contre la monnaie convertible et l’exercice libre du jeu du bilan internitional et du change , même lorsqu’il s’agit d’un pays pauvre. Stimuler artificiellement certaines activités aux dépens des autres fait peut-être encore plus de mal en effet dans ce cas. Ce sont là des vérités (|u’il est à peine nécessaire de développer.
Certaines personnes veulent remédier à ce (pi’on appelle un bilan commercial et un change défavorable par la prolection douanière. Il n’est pas douteux, en effet, qu’on peut empêcher l’importation par l’élévation du tarif et, par là, créer momentanément un autre équilib re. Mais on n’obtient ce résultat qu’en augmentant le prix de la vie et celui de la production. On ne change pas. d’ailleurs, la relation entre l’importation et l’exportation. Si l’on importe moins, on exporte moins aussi, par suite justement des conséquences du change dont nous venons de parler.
Si, au contraire, on pratique le système du libre échange, on modifie aussi l’équilibre momentanément, mais dans un sens plus favorable. On achète parce qu'on paie plus facilement; on vit et on produit à meilleur marché; l’exportation augmente de son côté, nécessairement et favorablement.
Ce sont là des vérités des plus simples ; mon excuse d’en discuter ici , ce sont les dires qu’on entend tous les jours, dires contraires à la logique bien simple du commerce et des transactions monétaires.
N. C. Frederiksen,
Ancien membre du Parlement danois.