‹ Le biscuit de Sevres au XVIIIe siecle (volume 3)Chapitre 2 sur 3 · MADAME · texte numérisé non relu

MADAME

LABILLE-GUIARD. — a. pajou sculptant le -buste de son maîtke j.-b. lemovne

(Musée du Louvre)

LES DERNIÈRES ANNÉES DU BISCUIT LOUIS XV

en morceaux par Napoléon III en 1858, réparé, reproduit depuis à Sèvres et placé sur une cheminée 'voisine. On le donne d’ordinaire comme une réduction pure et simple de ce grand buste attribué , d ailleurs sans aucune preuve, à Pajou. Il faut y voir plutôt l’adaptation au biscuit de Sèvres de l’œuvre commandée à Lemoyne et envoyée à Vienne : tant il y a dans l’attitude du modèle à la fois juvénile et royale, dans cette figure fraîche et nerveuse, malgré quelque différence de costume, d analogie avec le buste de marbre de Lemoyne, alors surtout qu’on ne connaît de Pajou aucun buste en ce genre , ni exposé aux Salons , ni conservé depuis. Le privilège des bustes à Sèvres, comme à la Cour, appartenait au maître, qui, de l’avis de Grimm, donnait avec la grâce l’immortalité.

Entre les biscuits de Louis XV, de la Du Barry et de Marie-Antoinette, il y a, sans parler des indications précises gardées par les livres de la Manufacture, une parenté qui dénonce un auteur commun.

Pourquoi la postérité n’a-t-elle pas conservé à Lemoyne la réputation et la place que lui reconnaissaient ses contemporains ? Pourquoi a-t-elle paru insensible à ce qu’il avait su mettre de grâce, d’esprit et de vie dans un art exposé à la monotonie et à la froideur des portraits officiels? Peut-être le service que Jean-Baptiste Lemoyne a rendu à la sculpture française, d’avoir transmis à Falconet, à Pajou et à Houdon les leçons de Coysevox lui a-t-il fait tort ?

D’ailleurs, de toutes les œuvres en biscuit que la Manufacture à grands frais produisit alors depuis la mort de Madame de Pompadour et le départ de Falconet, les bustes de l’artiste éminent que l’Académie prit pour recteur, sont parmi les mieux adaptées à la matière et à l’esprit du temps.

Il ne suffisait pas cependant de ces hommages excellents rendus par la fabrique de Sèvres à ses nouvelles protectrices pour conjurer la crise qui s’y préparait. A la fin de 1772, le programme trop ambitieux de ses directeurs commençait, quand Boileau mourut, à faire sentir ses effets. La sculpture en biscuit, pour laquelle on avait rêvé des destinées trop hautes et qu’on avait laissée depuis sept ans sans direction spéciale, vendue trop cher, ne se vendait point et encombrait les magasins.

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productions charmantes de l’art français. S’il a péché, il lui sera, pour ce double service, beaucoup pardonné.

Le biscuit de France, d’ailleurs, après 1774, ne périra pas de cette crise qui le menace. Comme la monarchie, qui a établi et soutenu sa fortune, il doit retrouver, après la mort de Louis XV, crédit et succès surtout auprès des Français, ainsi que Louis XVI d’abord le fît, en reprenant contact tout simplement avec leurs goûts et leurs aspirations.

La Royauté va se donner de nouveaux ministres et un programme de réformes; la sculpture en porcelaine qu’elle veut toujours protéger à Sèvres reçut, avec des artistes nouveaux, des formes et des procédés qui la transformèrent, lui procurèrent une nouvelle poussée de sève et de vie. C’est le règne qui s’ouvre des biscuits, du bijou Louis XVI ; c’est surtout le règne qui se fonde à Sèvres, plus durable encore, de la pâte dure, de la porcelaine de kaolin.

PRÈS BOUCHER. — RACCHUS ENFANT porté par Pâte tendre (17(58)

(Musée de Sèvres. — Exemplaire pâte dure)

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