Le blé et les céréales
Secrétaire perpétuel de la Société d'Economie Politique, Professeur à l'Ecole Libre des Sciences Politiques
Dans une Encyclopédie Scientifique complète, il était impossible délaisser de côté l'Economie Politique, ou, comme on dit souvent aussi, les Sciences économiques. Et, tout en se limitant forcément par suite de l'envergure de l'entreprise, la direction de l'Encyclopédie a décidé de consacrer à l'économie politique une quarantaine de volumes, qui, sous une forme synthétique assurément, mars de façon très suffisante, seront à même de renseigner le lecteur sur toutes les questions économiques.
Bien qu'elle ait une origine assez récente, et en dépit des attaques qu'elle subit tous les jours, l'Economie politique va s'imposant de plus en plus aux préoccupations ; et déplus en plus nombreux sont, dans tous les milieux, ceux qui veulent avoir des connaissances précises sur ses lois, là où elle a pu en énoncer; tout au moins sur les conclusions toujours plus nettes auxquelles elle parvient, sur ses observations et les éléments d'information, les règles de conduite qu'elle est en état de fournir en tant de matières essentiellement pratiques delà vie individuelle, commerciale ou industrielle. Sans connaître toujours bien effectivement la science économique, on invoqueà chaque instant sonautorité ou son nom, et on commence de comprendre qu'il y a beaucoup à apprendre à la fréquenter.
Déjà son enseignement s'est introduit un peu dans tous les pays, à des degrés divers ; souvent cet enseignement est rapide et forcément un peu superficiel, ce qui laisse les esprits dans le désir de pénétrer des questions qui ont été seulement effleurées devant eux.
JE NCYCLO P B D I E SCIE NT I FIQ LE
Pour ceux qui sont passés par là, les divers volumes, les diverses monographies de cette Bibliothèque répondront à bien des doutes et fourniront les lumières absentes. Nous ne rappellerons que d'un mot le terrain que l'Economie Politique occupe déjà dans renseignement pour ce qui est particulièrement de la France. Tantôt c'est renseignement tout à fait supérieur, comme celui si approfondi (mais accessible à peu de gens) que Ton donne au Collège de France ou ailleurs ; tan tôt, c est l'enseignement des Ecoles de droit qui est consacre par un diplôme spécial ou celui des Ecoles de commerce : tout récemment cet enseignement vient d être introduit, sous une forme élémentaire, na t urellemcnl, dans la formation intellectuelle des instituteurs.
Qu'on ne s y trompe point du reste, et qu'on ne se laisse pas tromper par les paradoxes plus ou moins brillants émisau sujet de l'Economie politique; il s'agit bien d'une science, et c'est pour cela qu'on n'a point hésité à lui attribuer une place dans cette Encyclopédie scientifique* Un homme é minent et un économiste de première râleur, Léon Say, a l'ait justice du reproche adressé à la science économique de manquer de base solide, de ne point se présenter aver les c aractères d'une science. L'Economie politique est une science d'observation et d'expériences, expériences que les observateurs mêmes n'ont pas provoquées, mais qui ne s'en font pas moins à leur profit, pour leur profit, pour leur instruction propre, et pour celle des gens qui suivront ensuite les déductions qu'ils tireront de l'observation de ces expériences, de ces faits de la vie courante. Quand les économistes observent des faite et voient des conséquences se produire après tel ou tel de ces faits préalables, ils disent : les mêmes effets « produisent les mêmes conséquences ». Et lorsque les mêmes relations ont été notées un certain nombre de fois, on en tire cette conclusion logique: « il y a une loi ». On se trouve donc en présence de lois tirées de la connaissance des choses, d'observations méthodiques et suivies, comme dans les autres sciences. Il y a des lois économiques, il y a une science économique; ceux qui, au xvu c siècle, en ont réellement posé les ba^es, n'étaient pas partis d'à priori; ils avaient observé et établi des relations de cause à effet.
Pour attaquer le côté scientifique de l'Economie politique, on invoque les discordances, les différences d'opinions qui se manifestent (Mitre certains économistes, entre telle et telle école, prétendant faire de l'économie politique tout en énonçant des lois pourtant opposées, chacune affirmant que la vérité est de son côté. Il ne faut pas oublier que, dans les sciences en formation, il en est toujours ainsi; la théorie du phlo^ist ique avait encore une multitude de défenseurs, quand physique et chimie pouvaient pourtant et
ECONOM I E POLITIQU E
devaient être considérées comme des sciences. Les choses ne se passent pas très différemment dans les sciences même très avancées : on sait les discussions qui se poursuivent à l'heure actuelle et les avis opposés qui se font joui* sur la nature delà lumière, sur l'électricité, etc.
La vérité, encore une fois, c'est que la science économi<pir rs ( une science nouvelle, qui va s'épurant constamment, parce que les grandes lois posées, autrement dit déduites, par les économistes clairvoyants, se confirment déplus en plus, grâce à ta multiplication des observations faites dans la vie de tous les jours par les gens à l'esprit vraiment scientifique, qui ne se laissent pas entraîner par des conceptions a priori. C'est ce qui s'est passé, par exemple, pour le monométallisme ou le bimétallisme : toutes les lois énoncées en la matière par ceux qui onl fa i I véritablement de la science en matière d'Economie politique se sont pleinement confirmées : les discussions sur ce sujet ont cessé à peu près complètement parmi les gens informés de ces questions, la presque totalité des nations en étant venues à pratiquer Y art économique, qui consiste à suivre les conseils delà science économique. Nous assistons à un mouvement d esprit analogue en ce qui concerne le machinisme et ses avantages pour tous, pour la société comme pour les individus considérés isolément.
Assurément, toutes les discussions et les divergences n'ont pas encore disparu de la science économique : nous avons vu qu'il en est ainsi au sein de cette physique et de cette chimie qui sont autrement vieilles que l'Economie politique, et qui ont cet avantage précieux de pouvoir provoquer de véritables expériences et les renouveler autant qu'elles le veulent. Nous avons tenu à choisir nos collaborateurs avec éclectisme, de manière à ce que, sur des points controversés, dans des volumes traitant de matières plus ou moins connexes ou voisines, le lecteur puisse entendre les avis contraires ou divergents, et, se trouvant renseigné doublement, soit mis à même de se faire une opinion propre par La comparaison.
On a fait à l'économie politique le reproche de ne point se définir avec précision, bien des définitions ayant été données de son objet. Cela prouve tout uniment qu'on peut exprimer une même idée sous des formules différentes.
En somme, celui qui lira un volume quelconque de cette bibliothèque saura bien vite, s'il l'ignore auparavant, dans quel champ d'action se meut cette science»; elle observe et étudie les faits pouvant contribuer à la formation, au développement, à La répartition et à la consommation de tous ces biens qui sont destinés à satisfaire nos besoins, et que le langage scientifique appelle des richesses. Elle a pour but de rendre l'aisance aussi générale que
B N C YCLOPED i e SCIENTIFIQUE
possible, en indiquant les voies les meilleures pouf produire ces biens, satisfaire nos besoins; elle se préoccupe d'enseigner les conditions les plus favorables à un bon Rendement du travail; elle a pour but et pour résultai de répandre ta connaissance de V utile
largement entendu. Nous pourrions ajouter qu'il découle d'elle un arl, comme des autres sciences, car les applications pratiques sont le but à poursuivre dans la connaissance théorique. Les rapports des hommes vivant en société en vue de la satisfaction de leurs besoins, en vue de l'accroissemen t du bien-être, voilà sa préoccupation pratique.
Et c'est pour cela que Ton trouvera toujours, dans cette Bibliothèque, le fondement des applications pratiques de la science à côté des questions purement théoriques; pourquoi aussi nous y avons fait une larg-e part à cette partie de la géographie à laquelle on a donné le nom bien explicite de géographie économique ; pourquoi nous avons consacré certains volumes aux: questions économiques intéressant directement les grandes industries.
Les volumes seront publiés <lans le format in-18 jésus cartonné ; ils formeront charnu .'ton pages environ avec ou sans ligures dans le texte. Le prix marqué <le chacun d'eux, quel que soit le nombre de pages, est tixé à 5 francs. Cha que volume se vendra séparément.
Voi/ y à la fin du vohime t la notice sur I Encyclopédie scientifique , pour les condition^ générale* de publication.