‹ Le Bois de Boulogne architecturalChapitre 1 sur 1 · M DCCC LX · texte numérisé non relu

M DCCC LX

LE

Les splendides embellissements apportés à l'antique bois de Boulogne sont d'une nature et d'une importance telles, qu’ils doivent exciter, chez ceux qui l’ont vu dans l’état où il se trouvait lorsqu'il est devenu la propriété de la ville de Paris, plus d’admiration que chez quiconque le verrait aujourd’hui pour la première fois. Si l'on ne se rappelait son aridité et sa monotonie du temps passé, on attribuerait à la nature, et les mouvements du terrain, et la présence d’une eau limpide, Le lac et surtout la grande rivière ont un aspect si majestueux, leur étendue est si vaste, leur création représente un travail si considérable, qu’on ne pourrait croire tout d’abord qu’ils soient l’œuvre exclusive de l’homme'. Ici cependant l’homme a tout fait. Non-seulement il a tracé les routes, mais il a remué profondément le sol, a amené et groupé d'énormes rochers, a transporté jusqu'aux arbres eux-mêmes, sans être arrêté ni par les difficultés, ni pur la dépense,

11 n'est pas jusqu’au périmètre de ce bois qui n’ait été sensiblement modifié. Quelques parties comparativement peu importantes ont été aliénées et commencent à se couvrir d’élégantes villas; d’autres, d’une étendue beaucoup plus considérable, ont été acquises vers l’ouest jusqu’à la Seine, et portent à près de 850 hectares sa superficie totale. Le bois de Boulogne s’étend donc de 1 est a 1 ouest entre les fortifications et la Seine, dont les eaux lui fournissent la plus agréable des limites; du nord nu sud , entre deux boulevards de création nouvelle, bordés du côté des propriétés privées par une grille uniforme et des jardins d’agrément de 16 mètres au moins de largeur, minimum de la distance à laquelle les particuliers aient la faculté d’élever des constructions. Au lieu de la triste muraille d’autrefois, un saut de loup, dont le talus est couvert de violettes et de pervenches, forme la clôture du bois et permet à la vue de s’étendre au delà des boulevards de ceinture, qui, ainsi que nous venons de le dire, sont eux-mêmes bordés de plantations. Ces dispositions habilement calculées augmentent, comme on se l’était proposé, l’étendue apparente du bois, de telle sorte qu’on peut être près de sa limite et se croire cependant assez loin encore de sa lisière.

La magnifique avenue de l’Impératrice, assujettie aux mêmes conditions que les boulevards do ceinture, n'est pas une avenue ordinaire et mérite d’attirer un instant notre attention. Elle nest pas seulement lç prélude do l’aristocratique promenade, mais le lien qui rattache le bois lui -même au centre de Paris parla place de l’Étoile, les Champs-Elysées, la place de la Concorde, le jardin des Tuileries et les splendides palais qui s’élèvent à l’est de ce jardin. Partant de 1 Hôtel de Ville, ou simplement du Louvre , on parcourt une longue suite d’édifices somptueux et de belles plantations dont la succession

1. Selon M. Dieudonné, la longueur du lac est de. 41 1mî50 , sa largeur moyenne de 5o'"S0 , sa superficie de 28,775 m. sup., et sa contenance de 27,394 m. e. La longueur de la rivière est de 14 52 m. ,

sa largeur, à son exlrémite vers le nord, de 101m50, sa superficie, non compris celle des deux lies, de 79,229 m. sup., et sa contenance de 83,675 m. e.

compose la promenade la plus variée et la plus magnifique. La grandeur des arts, la puissance de l'industrie, la gloire militaire, les beautés plus simples de la nature, se déroulent tour à tour. 11 est certain qu’une telle suite d'horizons imposants n’existe dans aucune autre ville du monde.

Les avantages qui appartiennent à l’avenue de l’Impératrice sous le double rapport de l'utilité et de l'agrément, sont tellement incontestables, que lorsqu'on a songé à embellir le bois de Vincennes à 1 imitation de celui de Boulogne; ou a considéré comme indispensable la création d’une voie analogue de 32 mètres de largeur partant île la place de la Bastille et. se dirigeant sur cef autre bois par la barrière de'Reuilly. Elle figure au nombre des vingt et un grands percements dont l’exécution a fait l'objet de la mémorable convention passée le 19 mai 1858 entre l’État et la ville de Paris; déjà ouverte en partie, son achèvement ne saurait se faire longtemps attendre.

Quels que soient la beauté et l’agrément qu’on projette de donner à l’avenue de Vincennes, celle de l’Impératrice n’aura jamais d’égale, puisque sa largeur n’est pas moindre de 120 mètres, sans y comprendre les jardins qui la bordent surtout son parcours. Elle se compose : 1» de trois voies adjacentes, celle du centre affectée aux voitures, celle de droite réservée aux cavaliers et celle de gauclie destinee aux piétons; 2" de pelouses continues en partie plantées d’arbres d’essences choisies et de massifs de fleurs; 3" d’une rue de ceinture qui isole le tout des propriétés privées en fournissant à ces dernières l’accès qui leur est nécessaire et auquel ne peuvent être affectées les voies du centre. La grille. qui clôt les propriétés en bordure sur les boulevards de ceinture se poursuit sur tout le parcours de l’avenue de l’Impératrice, et se retourne autour de la nouvelle place de l’Étoile, dont on peut considérer la reconstruction monumentale comme le complément de la transformation du bois de Boulogne, aussi bien qu elle en est la conséquence.

Naturellement plat et formé par des terrains d’alluvion, l’emplacement qu’occupe le bois de Boulogne ne présente pas ces collines et ces vallées souvent profondes qui contribuent tant à la beauté des bois en y produisant des masses variées et de puissants effets d’ombre et de lumière. Les pentes y sont presque milles, et excepté celles de courte étendue qui descendent vers la Seine, les autres ne sont que de simples vallonnements formés de main d’homme. Les terres provenant de l’excavation des lacs et de la rivière ont servi à élever la butte Mortemart, et sur celles extraites du bassin de Longchamps se trouve assis le grand rocher. On n’y rencontre guère de ces belles et séculaires futaies qu’on admire dans la plupart do nos forêts, mais ses plantations se distinguent par l’extrême variété des essences, auxquelles sont venus s’ajouter les arbustes à fleurs récemment plantés qui sont de préférence groupés en massifs sur le bord des routes. Jadis percées en ligne droite, ces dernières ont été complètement modifiées et sont à présent toutes sinueuses ; il ne reste plus aujourd'hui d’autres avenues rectilignes que celle de Longchamps, celle de la reine Marguerite et la route départementale n° 29, d’Auteuil à Boulogne.

Toutes les entrées du bois, moins celles pratiquées au travers de l’enceinto continue des fortifications, ont été complètement remaniées et s’ouvrent plus largement qu’ autrefois. La grille en fer qui leur sert de clôture est d un modelé nouveau et de bon goût; ses panneaux principaux sont surmontés d’élégantes lanternes à gaz de forme circulaire.*

A part les batiments du Pré Catelan , qui est un lieu de divertissement:, ^ les contractions elevees dans le bois de Boulogne ont un caractère, d’utilité plus ou moins prononcé. Il faut, autant par leur mérite que par leur destination, placer en première ligne les maisons de gtydes dont la disposition, l’architecture et le genre de construction, rappellent celles qu’en Angleterre .on nomme cottages, dénomination passée maintenant dans notre langue pour désigner cejjgenre particulier d habitations champêtres, imitées de celles construites au moyen âge chez nos voisins d’outrc-Manché,

et qui ne sont ni des constructions rustiques, ni des chalets, du moins dans la véritable acception de ce mot.

Ces maisons de gardes sont au nombre de deux à huit des entrées du bois, savoir : aux portes Maillot, des Sablons, de Neuilly, de Madrid, de Saint-Cloud, de l’Hippodrome, de Boulogne et des

Princes; aux portes de Passy, Dauphine, de Bagatelle et de la Seine, il ne s’en trouve qu’une. Dans le premier cas elles se répètent deux à deux avec la plus exacte symétrie, c’est-à-dire que le plan et la décoration de l’une sont inverses de ceux de l’autre. Elles s’appuient sur les extrémités du saut-de-loup formant l’enceinte du bois, sont toutes élevées sur caves et ont deux étages, sauf les quatre maisons isolées qui n’ont qu’un rez-de-chaussée.

Ainsi qu’on peut le voir par les plans que nous en donnons, leur distribution varie plus ou moins et rentre dans sept variétés différentes. Mais en général , chacune des maisons à étage renferme au rez-de-chaussée une salle et une cuisine derrière laquelle existe un cabinet d’aisances auquel on peut arriver du dehors par une porte percée dans Tune des faces latérales ou postérieures. Dans la plupart, la porte principale ne donne pas accès directement dans la salle, mais dans une sorte de vestibule au fond duquel se trouve l’escalier conduisant au premier étage, qui comprend deux chambres à coucher se dégageant sur un cabinet d’entrée. Cependant les logements n’ont pas partout la meme importance. Ainsi, les maisons des portes de Boulogne et de l’Hippodrome ont une pièce de plus à chaque étage, tandis que celles qui n’ont qu’un rez-de-chaussée ne possèdent qu’une seule chambre à coucher.

Les petits avant-corps percés de jours sur tout leur développement, qu’on remarqué à l’étage inférieur de ces maisons (celles des portes de Passy, Dauphine et Madrid exceptées) et qui contribuent tant à leur aspect pittoresque, sont un emprunt directement fait aux constructions civiles du moyen âge en Angleterre. Dans ce pays, on donne à cette disposition, encore en usage dans quelques-unes de ses provinces, le nom de bay-window qui ne peut guère se traduire en français que par une périphrase, raison pour laquelle nous l’emploierons dans le cours de notre description.

Si des dispositions ichnographiques des maisons de gardes nous passons à leurs élévations, nous y verrons le meme nombre de variétés, aussi bien dans leurs faces latérales que dans les principales, de sorte* qu’elles sont toutes différentes, quoique plus ou moins, les unes des autres. Plusieurs des éléments qui entrent dans leur composition, tels que les portes et les fenêtres , par exemple , sont à peu près les memes pour toutes, mais il en est d’autres, au contraire, qui ne sont particuliers qu’à quelques-unes.

La pierre, la brique et le bois sont les matières employées pour la construction et la décoration des façades de ces maisons. La pierre dure de Lorraine forme tous les soubassements ; les bay-windows , les chaînes placées soit aux encoignures des bâtiments, soit autour des baies, les lucarnes, les souches de cheminées et diverses autres parties sont en vergelé; les marches, colonnes et meneaux sont en pierre de roche fine. Les murs, construits en moellons, sont extérieurement parementés en briques de deux couleurs disposées par zones horizontales, comme le montrent nos planches, et ies bandes dont se compose cette riche décoration sont alternativement tantôt rouges et jaunes et tantôt rouges et noires. La polychromie dans les briquetages a été assez générale aux XVe, XVIe et XVII' siècles ; elle le fut en Angleterre comme dans tous les pays où la brique est communément employée, et la disposition par bandes, adoptée pour nos cottages, paraît y avoir été encore plus usitée qu’elle ne le fut dans la région nord-ouest de la France, où l’on sait qu’elle fut assez répandue. Nous devons faire remarquer que dans les maisons décorées de briques rouges et jaunes, le mode d’appareil appliqué au briquetage est celui de panneresses et de boutisses croisées, tandis que dans celles en briques rouges et noires, les premières sont toutes des panneresses et les secondes toutes de§ boutisses. Ce petit détail n’est pas sans importance, puisque cette disposition des joints de briques que remplit un ciment très-blanc a été combinée pour concourir à l’effet général, aussi trouvera-t-on sur nos planches cet appareil calculé de la brique reproduit avec la plus grande exactitude. Nous dirons ici, avant d’aller plus loin, que les maisons à bandes rouges et jaunes ont seules leurs encoignures appareillées en pierre; celles à bandes rouges et noires en sont toutes dépourvues. Nous ne concevons pas quelle a pu être l'intention de l’architecte en supprimant dans celles-ci ce moyen de consolidation et de décoration qui nous semblerait devoir y produire pour le moins un aussi bon effet que dans celles où il l’a mis en usage.

La couverture de toutes ces cottages est en ardoises, les unes d un noir violacé et les autres d un gris verdâtre ; taillées en pointe, leur pureau prend la forme d un hexagone, et leurs deux tons sont disposés de manière à former un quadrillage dont chaque case renferme un petit losange. Cest à ce genre de couverture également imité du moyen âge , autant qu aux éclatants briquetages que ces pittoresques bâtiments, destinés à être vus de loin comme de près, empruntent leur plus puissant effet.

Nous avons déjà dit, en parlant de leur plan, que les maisons de gardes avaient chacune deux entrées. Les portes principales sont entourées d’un chambranle formé de moulures prises dans l’épaisseur des tableaux, et sont toutes couronnées par un larmier de profil gothique destiné à empecher 1 eau pluviale de couler sur le linteau. Les Anglais donnent à cette moulure le nom de weather-moulding , dénomination qui indique encore mieux que notre mot « larmier» la destination qu elle est appelée à remplir. Ces portes ont leurs angles supérieurs un peu arrondis et sont fermées par un linteau droit portant une petite accolade ou bien par un linteau brisé donnant au sommet de la baie la figure d’un arc angulaire très-obtus. Comme on peut le voir sur nos planches, leurs vantaux sont pleins par le bas et vitrés au-dessus, avec partie supérieure ou imposte dormante percée de petits jours. Les portes de dégagement ont simplement leurs arêtes clianfreinées et sont surmontées d une baie d imposte. Leur largeur est de 0m70; celle des portes principales est de l‘"30 et de 1"‘ 40.

Dans deux types de maisons, aux portes Dauphine et de Neuilly, un porche précède la porte principale. Ce porche est soutenu par deux colonnes surmontées de chapiteaux gothiques bien traités; les intervalles sont fermés par un linteau à crossettes au-dessus duquel règne une corniche couronnée d’une crête en pierre découpée et sculptée d’un bel effet.

Les fenêtres sont plus ou moins larges, selon 1 importance du local quelles éclairent. Celles des pièces principales, telles (pie salles et chambres à coucher, sont à meneaux de pierfe disposés en croix de manière à former quatre jours , les deux du bas à châssis ouvrants, ceux du haut à* châssis dormants. Les cuisines, escaliers, etc., sont éclairés par ce que nous pourrions appeler des fenetres simples, c’est-à-dire représentant exactement, tant par leurs dimensions que par leur forme, la moitié des fenêtres principales. Au rez-de-chaussée, les fenêtres à croisillons et les fenêtres simples sont de même hauteur, encadrées d’un chambranle de même profil que celui des portes et reposent sur un appui en glacis terminé inférieurement par un petit larmier. Leur linteau, décoré dune accolade, règne avec celui des portes, et elles sont, comme ces dernières, surmontées d’une weather-moulding. Nous ne devons pas oublier de mentionner de petites baies de 0"‘ 20 à 0"‘ 30 de large , éclairant et aérant les cabinets d’aisances. Au premier étage il y a, dans les pignons, des fenêtres a croisillons qui ne diffèrent de celles du rez-de-clmusséc que par l’absence delà weather-moulding f qui, en cet endroit, n’eût pas été motivée, et en ce que leur linteau est généralement dépourvu d accolade. Les armoiries de la ville de Paris sont sculptées au-dessus de ces fenêtres de même que dans le tympan des lucarnes en pierre qui s’élèvent sur les faces longues de plusieurs de ces bâtiments. Construites à plomb du mur de face, ces lucarnes se terminent par un pignon assez aigu, et leur baie est divisée par des croisillons comme les fenêtres en plein mur.

L’origine de ces fenêtres en saillie, de ces bay-icindows que nous avons déjà mentionnées, ne paraît pas remonter plus haut que l’époque où régnait le style d architecture que les Anglais qualifient de perpenctycular, et qui correspond au gothique flamboyant des régions continentales, cest-à-dire au XVe siècle et au commencement du XVIe. Tantôt elles s’élevaient sur un^plan rectangulaire, tantôt sur un plan polygone ou semi- circulaire. Cependant cette dernière forme, qui ne fut. jamais aussi répandue que les autres, ne se montra que lorsque l’architecture gothique marchait vers sa décadence. On voit en Angleterre des bay-windows qui ont plusieurs étages superposés, de telle sorte que chacun corresponde à ceux du bâtiment principal, et qui ressemblent alors à de longues et minces tourelles tout ajourées. Lorsqu’elles ne dépendaient que des étages supérieurs, elles ne portaient pas de fond, étaient soutenues sur un encorbellement et prenaient le nom spécial d 'oriel. Dans les constructions civiles d’un ordre secondaire, comme les maisons, par exemple, c’est cette dernière disposition qui fut le plus usitée. Dans le principe,

un oratoire a pu y être placé ainsi que cela existe à Paris, à la chapelle de l'hôtel de Cluny, dont le sanctuaire occupe un oriel qui estTun des rares exemples des constructions de ce genre quon possède en France.

Ces bay-windows forment, dans la salle des maisons de gardes, pièce d’un usage en quelque sorte permanent, un réduit agréable, une place réservée, une sorte de boudoir qui permet de se tenir à l’écart. Leur application dans des maisons de campagne présenterait de grands avantages, et on pourrait peut-être regretter que les règlements de voirie s’opposent à leur existence, dans les villes, ailleurs que sur des façades intérieures. Celles des cottages du bois de Boulogne s’élèvent toutes sur la face qui regarde le dehors, et leur forme est rectangulaire, sauf l’exception que présentent les maisons des portes de Bagatelle et de la Seine, où elles sont semi -circulaires. Elles se composent, comme le montrent nos planches, de minces piles en pierre réunies par un linteau et des meneaux élégis des mêmes profils que les fenêtres; leur plafond en pierre constitue, pour le premier étage, un balcon ou terrasse qu’entoure une balustrade de pierre découpée.

Les murs des maisons de gardes se terminent de diverses manières. Aux portes Maillot et de Neuilly, ceux des faces longues sont couronnés d’une corniche profilée à la manière gothique, et ceux des pignons par un rampant en pierre avec larmier. Aux maisons des portes de Passy, Dauphine, de Bagatelle et de la Seine, une balustrade ou une crête en pierre découpée, surmontent la corniche et masquent le pied du comble. Dans les autres maisons les murs , tant des faces longues que des pignons, s’arrêtent sous la charpente du comble, qui se projette au dehors et dont l’égout est orné d’un lambrequin en bois. Nous signalerons d’une manière particulière, à cause de l’excellent effet qu’elle produit, la décoration en bois des cottages de la porte Madrid. Cette décoration remarquable est encore un emprunt fait aux constructions civiles du moyen âge. Les pignons de nos anciennes maisons de bois, principalement dans le nord et l’ouest de la France, avaient des encorbellements de ce genre. Mais c'est surtout en Angleterre qu’ils furent et le plus riches et le plus usités, puisque dans ce pays on établissait aussi des pignons sur les faces longues des bâtiments, ainsi qu’on l’a fait aux maisons des portes des Princes, de Saint-Cloud et des Sablons, qui présentent, au milieu de leur face principale, un encorbellement semblable à celui que nous venons de voir aux maisons de la porte de Madrid.

Il ne nous reste rien à ajouter à ce que nous avons dit concernant les maisons de gardes. D’ailleurs, l’examen de nos planches qui sont fort exactes , suppléerait aisément aux omissions que nous aurions pu faire. Ces cottages, sans être précisément au-dessus de toute critique, sont jusqu’à présent ce qu’on a fait de mieux en ce genre à Paris ou aux environs, et elles ont déjà exercé une certaine influence sur la disposition et la décoration de plusieurs maisons de plaisance tout récemment bâties aux alentours du bois de Boulogne.

Un autre bâtiment, non situé à l’entrée du bois, sert aussi de logement aux gardes : c’est le chalet dit maison Pelletier, qui s’élève près du pont de Suresne. Ce bâtiment est construit depuis assez longtemps, mais il vient d’être l’objet d’une restauration importante , ayant pour but d’en faire un des ornements de cette partie de la grande promenade parisienne. Les escaliers latéraux et les deux étages de galeries avec leur soubassement en briques de deux tons qu’on remarque sur la face principale sont une addition nouvelle, de même que les lucarnes du comble et les lambrequins qui en décorent l’égout; le ravalement a aussi été refait et accompagné de quelques moulures. La description de la partie antérieure, la seule vraiment remarquable de ce chalet, serait assez difficile à faire d'une manière précise, et nous pensons qu’il est préférable que le lecteur ait recours à la planche qui le concerne, au moyen de laquelle il se rendra facilement compte de la. disposition et de l’effet pittoresque de cette jolie construction en bois.

La Grande Cascade est l’un des points où se porte l’affluence des promeneurs. Située presque à l’extrémité du bois de Boulogne, et assez éloignée des établissements où le public peut trouver des objets de consommation ou des rafraîchissements, on a bâti tout auprès un buffet dont chaque jour démontre l’utilité en cet endroit. C’est une construction élevée sur caves et composée à sa partie antérieure d’une grande et liante salle se présentant dans le sens de sa longueur et faisant hache au-devant d’une

salle moins vaste; cette dernière, à usage de buvette, forme, avec les logements disposés au-dessus d’elle, une sorte d’arrière -bâtiment, dont le comble cependant règne avec celui de la grande salle. Entre les deux sont disposés des cabinets d’aisances ainsi que les escaliers desservant le sous-sol et l’étage. Ou remarquera la disposition de ces escaliers adjacents 1 un à 1 autre, partant de points opposés, et ayant chacun leur attribution spéciale et exclusive, ce qui facilite et simplifie beaucoup le service. Un autre, affecté à l’approvisionnement de la cave et sans communication avec les salles, est placé à l’extérieur sur le flanc droit de T arrière -bâtiment et passe sous une office construite après coup hors œuvre. En avant du buffet, et en regard de la cascade, se trouve une terrasse de forme demi-circulaire, dont l’aire bitumée est de plain-pied avec le rez-de-chaussée et élevée de 0"'40 au-dessus du sol extérieur; des marches existant en trois endroits différents permettent dy arriver du dehors. La salle du buffet n’a pas moins de 7"‘ de large sur 15m de long et 5m30 de hauteur sous plafond. La buvette a 5'" sur 8“ et 2'" 80 seulement de haut; l’étage au-dessus a 2"’ 20, ce qui, en ajoutant 0m30 pour l’épaisseur du plancher, correspond à la hauteur de 5m30 que possède la salle principale. Tout le rez-de-chaussée est parqueté en frises de chêne de 0"‘ 027 posées à l’anglaise.

Le sous-sol se compose d’une cuisine située sous la buvette avec four établi hors œuvre et sous terre, ayant intérieurement 2'" sur 2"‘50, et d’une cave située sous le buffet et de mêmes dimensions que lui , mais divisée en deux parties par une cloison en briques de 0m 1 1 d’épaisseur. La fosse est pratiquée en contre-bas sous tout remplacement occupé par les escaliers. Le sous-sol est partout bitumé et couvert par un plancher en fer à T; sa hauteur est de 2'" 88. Les murs extérieurs du rezde-chaussée étant beaucoup moins épais que ceux qui leur correspondent dans le sous-sol, et l’empatement que produit leur différence d’épaisseur étant extérieur pour la salle du buffet, et intérieur pour la buvette, il en résulte que la cave a les mêmes dimensions que nous avons mentionnées pour le buffet, mais que la cuisine est moins étendue que la buvette, et se trouve réduite à 4"' 875 de largê sur 7'" 75 de long.

Au sommet de l’escalier conduisant à l’étage, on trouve d’abord un palier formant couloir et sur lequel se dégagent : 1° un logement composé d’un cabinet d’entrée, d’une chambre assez grande et de deux autres. plus petites; 2° deux petites chambres séparées au bout du couloir; et 3° un cabinet d’aisances. Ce premier étage est parqueté et éclairé par des fenêtres de 0"'60 de large.

Divers matériaux entrent dans la construction du petit édifice qui nous occupe, et en sont la principale décoration. Ainsi, les murs sont en moellons ordinaires liourdés en mortier de chaux et de sable dans le sous-sol et en plâtre dans leurs parties en élévation; le soubassement du rez-de-chaussée est en meulière rocaillée, la salle du buffet en pan de bois à intervalles remplis en briques laissées apparentes, et le bâtiment postérieur en briques façon Bourgogne, enduites vers l’intérieur et jointoyées au dehors. Toute la charpente des pans en bois, du plancher supérieur et des combles, est en sapin; la plate-forme, sous les pans en bois, seule est en chêne. Ces derniers, comme on peut le voir, par notre planche, se composent de poteaux, de croix de Saint -André, d’appuis, de linteaux, etc., en bois refait et • chan freiné sûr les rives; leur équarrissage . est généralement de 0"T5 sur 0"'15. La partie centrale de la face principale est une sorte de claire-voie uniquement composée de baies à usage de portes ou de fenêtres, chacune de 1'" 45 de large. Ces baies, que couronne un arc brisé, sont en deux parties séparées par une traverse de 0m 15, l’inférieure de 2"‘70, et la partie supérieure ou imposte, de 1“ 40 de haut; les autres fenêtres sont moins grandes, et de forme tout à fait rectangulaire. Les combles sont couverts, celui du bâtiment postérieur, en ardoises ordinaires, et celui du buffet, que surmonte une crête en bois, en ardoises de deux tons, à pureau hexagone, et disposées de manière à former un quadrillage, comme nous l’avons vu aux maisons de gardes.

L’établissement depuis longtemps connu sous le nom de Pavillon d’Armenonville a été l’objet d embellissements importants. Le bâtiment principal a été reconstruit et augmenté de manière à former double hache au-devant des bâtiments conservés pour les dissimuler un peu, quoique ces derniers, qui ne sont que des dépendances du premier, aient reçu, eux aussi, une décoration dont ils étaient naguère

dépourvus. Lu nouvel édifice, élevé en grande partie sur les fondations de l'ancien, regarde comme jadis le carrefour et la pièce d’eau qu’on y a créée et se compose d’un rez-de-chaussée, d’un entre-sol, d’un bel étage, plus un autre ménagé sous le comble. Au rez-de-chaussée se trouve un vestibule précédé d’un porche en hois et au fond duquel est un bel escalier, puis, à gauche, une salle de calé et à droite Je comptoir, un vaste cabinet, une' lingerie et une verrerie; un couloir de service conduit à la cuisine située en arrière dans ce qui reste des anciennes constructions. L’entre-sol est distribué en cabinets particuliers, bien disposés et plus grands (pie ceux qu’on rencontre habituellement dans les établissements de ce genre. Le premier étage renferme un grand salon à deux cheminées occupant toute la largeur de l’édifice, et deux autres plus petits se dégageant à la fois sur celui-là et sur le palier de l'escalier, de telle sorte qu’ils puissent y être annexés pour la commodité d’une nombreuse société ou en être distraits.

La face principale du bâtiment est la seule dont la décoration soit remarquable. Au-dessus du rezde-chaussée et de l’ entre-sol bâtis en moellons et d’une architecture assez simple, s’élèvent les deux étages supérieurs construits en bois apparent et couronnés par les rampants du comble qui se projette assez loin tant en avant que sur les faces latérales, et dont l’égout est orné d’une crête et d un lambrequin en bois découpé. A part un certain nombre de panneaux en plâtre teinté avec filets rouges, 1 intervalle séparant les principales pièces de bois constituant ces deux étages est revêtu en carreaux de terre cuite, la plupart de forme triangulaire, colorés les uns en blanc, les autres en rouge ou en noir et diversement combinés. Enfin, des balcons en bois avec balustrade ajourée complètent cette décoration qui ne manque pas d’une certaine originalité, bien qu’elle soit imitée de celle de quelques maisons de la fin du moyen âge qu’on voit encore à Verneuil, à Beauvais et ailleurs.

Il existe sur les bords -du grand lac quatre embarcadères pour la traversée ou les promenades sur l’eau. L’un est situé vers l’extrémité nord de cette nappe d’eau, un autre en face du grand chalet de 1 île, le troisième dans Elle même et devant le chalet, le quatrième sur la rive occidentale et non loin de la cascade; un cinquième, enfin, existe à l’extrémité du lac supérieur près du carrefour dit des Deux Lacs. Ces embarcadères se composent d’une plate-forme de 6“‘30 sur 2"1 50 de projection en avant, portée sur des pilots et entourée sur les côtés d’une balustrade ajourée qui se retourne du côté de la terre en laissant une ouverture de lm 30 de large ; du côté de l’eau ils sont dépourvus de toute clôture. On en trouvera un plan et une coupe sur l’une des planches relatives aux bancs avec abri qui existent devant deux de ces embarcadères, c’est-à-dire devant ceux situés à l’extrémité de chacun des lacs. Comme on peut le voir par les plan, élévations et coupes que nous en donnons, ces bancs, entièrement isolés, se composent de deux travées de sièges adossés ayant chacune 2"‘20 de longueur hors œuvre des poteaux, sur 1 ,n 16 de large; au milieu de l’espace qui les sépare, espace qui est de 2"’ 53, s’élève un petit bureau de receveur à droite et à gauche duquel ont été ménagés des passages de 0"‘73 de moindre largeur. Le tout s’élève à 3m30 du devant de l’embarcadère sur une plate-forme en asphalte avec filets rouges, entourée de bordures et coupée de bandes en pierre. Des parpaings en pierre de Lorraine de 0"‘16 d’épaisseur, profilés d’une petite moulure à leur partie supérieure, reçoivent le pied des poteaux au nombre de quatre pour chaque travée, ainsi que les parcloses et le dossier élégis de panneaux, et se terminant par une découpure. Le bureau repose également sur un parpaing semblable à ceux des bancs; ouvert sur la face regardant le lac, il est, sur les trois autres, à panneaux pleins dans le bas, vitrés dans sa partie moyenne et pleins au-dessus avec corniche et crête de couronnement. Ce bureau est tout à fait indépendant des sièges quoique situé sous le même comble. Ce dernier, a deux versants et formant pignon aux extrémités, s’étend d’un bout à l’autre en passant, comme nous venons de le dire, au-dessus du bureau. Les liens, arbalétriers, pannes et autres pièces dont il se compose ont, comme les poteaux, 0"' 10 d’équarrissage avec chanfreins et entailles sur leurs arêtes. Un lambris en planches assemblées avec soin forme deux plafonds rampants, et reçoit en .^ssus une couverture en ardoises taillées en écailles dont les deux tons sont disposés de manière à former un quadrillage comme celui que nous avons vu sur les maisons de gardes. Ce comble, surmonté d’une crête en bois découpé s’arrêtant à chacune de ses extrémités sur un poinçon également en hois, a son égout bordé d’un lam-

brequin et se projetant au-devant des poteaux, à 1"' sur chaque face et à 0™ 225 sur chaque pignon il abrite complètement les sièges contre la pluie ou les ardeurs du soleil.

A 1 extrémité nord de Tile existe une petite construction ne manquant pas d’analogie avec celles dont nous venons de parler, mais qui est plus jolie encore et qui emprunte à sa situation même un charme indicible : c’est un exèdre bâti en bois. Au lieu d’être concave, comme ceux de l’antiquité, cet exèdre est convexe et cette disposition , en évitant au contraire la concentration de personnes étrangères les unes aux autres, répond beaucoup mieux à sa destination de lieu de repos. 11 affecte en plan la figure d’un demi-anneau de 2m de largeur hors œuvre des poteaux, et de I "* 80 dans œuvre, circonscrit a un demi-cercle de 4m de diamètre. Sur chacun des deux cercles concentriques de cet anneau s’élèvent huit poteaux supportant la partie supérieure de la construction et déterminant sept travées rayonnantes dune largeur moyenne de 1"‘35. Ces poteaux reposent sur un soubassement en pierre de Lorraine de 0"’ 90 de haut à l’extérieur, sur 0™ 16 d’épaisseur qui ne présente d’interruption qu’à l’endroit de la porte pratiquée au milieu et que précède un perron de trois marches. Une balustrade en bois découpé surmonte tout le développement du soubassement reliant les poteaux jusqu’à la hauteur d’appui : c’est sur celle du demi -cercle intérieur que s’appuie le banc continu porté par six consoles en bois. Au-dessus des poteaux règne une frise ajourée aussi de 0m62 de haut, y compris ses deux traverses haute et basse, cette dernière ayant ses abouts posés sur de petits corbeaux sortant du sommet des poteaux. Au-dessus de la frise s’étend un plafond en planches bien rainées portant sur treize solives de 0m42 de haut. Le tout est surmonté d’un comble annulaire à deux versants, à égout saillant de G"' 50 et formant pignon à ses extrémités; il est couvert en ardoises avec poinçons, crête et lambrequin en bois ajouré, comme nous l’avons vu aux bancs abrités situés sur le bord des lacs. Au fond, tant au droit des pignons que sur le demi-cercle intérieur, tout 1 intervalle des poteaux, depuis la balustrade jusqu’à la frise, est occupé par un treillis épousant la forme circulaire de l’exèdre et composé de lattes de 0'”022 de large sur 0m 005 d’épaisseur très- droites, très-bien dressées, clouées en losange les unes devant les .autres dans un châssis léger fixé sur les pièces montantes et transversales. Un beau lierre tapisse ce treillage et s’enroule aussi autour des supports de la face antérieure. Les traverses haute et basse de la balustrade sont profilées; les poteaux, les traverses de la frise , les solives, les chevrons, etc., ont leurs arêtes chanfreinées dans toutes leurs parties vues; enfin, le sol de l’exèdre est en bitumage à compartiments. Telle est cette charmante construction qu’il serait difficile à la plume de décrire sans le secours du dessin, où ceux qui aiment le calme et la Solitude peuvent trouver un repos que ne trouble pas le passage incessant des promeneurs.

Dans cette meme île on remarque deux autres constructions : le Kiosque impérial, situé à son extrémité méridionale et un grand chalet. Le Kiosque, réservé à l’usage exclusif de Leurs Majestés I Empereur et 1 Impératrice , occupe un site pittoresque et s’élève au milieu des rochers sur un étage de soubassement de forme tout à fait circulaire dont le mur, de 0'" 23 d’épaisseur, est construit en briques posées en boutisses; tout le reste de 1 édifice est en bois. La partie inférieure du mur est bâtie en pierre de Lorraine, avec un excédant considérable d’épaisseur dont on a formé un banc d’un caractère robuste. Une porte donne accès dans ce soubassement qu’éclairent assez faiblement trois petites ouvertures. L étage supérieur, auquel on arrive par un escalier en bois, est de forme octogone et entouré d’une plate-forme de 1"50 de large octogone aussi; cette dernière est supportée par des pièces horizontales se projetant jusqu a près de 2"’ du nu du soubassement, et dont la portée considérable est soulagée par des corbeaux en bois en forme de potence; une balustrade ajourée, avec poteaux sur les angles, limite la plate-forme. Les faces intérieure et extérieure de l’étage principal du kiosque s’inscrivent exactement entre les deux cercles concentriques représentant les parements intérieur et extérieur du mm en briques de 1 étage de soubassement. De solides poteaux doublés d’écoinçons, occupent les huit angles, et sur chacune des faces se trouve une grande baie à arc angulaire, divisée en quatre parties par une traverse et un montant. De ces baies, deux sont des portes et les autres des fenêtres; elles sont vitiées de verre coloré maintenu dans du plomb. Devant les six fenêtres règne un banc adossé au kiosque. Le comble se compose de deux parties bien distinctes : la première , sorte de chapeau octogone

LE BOIS DE BOULOGNE AR CH I T ECTÜR At.

d'une saillie presque égale à celle de la plate-forme, portée comme elle sur des pièces horizontales que soulagent des corbeaux en bois découpé, vient s’amortir au pied du comble supérieur qui affecte la forme sphérique. Celui-ci, surmonté d'une haute girouette aux armes de la ville de Paris, est couvert d'ardoises taillées en écailles dont les deux tons dessinent des bandes obliques simulant une torsade. Une décoration du même genre a été obtenue sur l’étage de soubassement par la combinaison des briques noires et blanches dont il est bâti. Les parties non à jour du kiosque sont élégies de panneaux et tous les bois sont chanfreinés, profilés, taillés ou découpés de diverses manières. L intérieur est en belle menuiserie et le plancher, ainsi que le plafond, sont revêtus d’une marqueterie composée de pièces de chêne, de noyer et de bois amarante ayant pour motif central les chiffres enlacés de l’Empereur et de l’Impératrice.

Le Grand Chalet de l’ile est le chalet le plus authentique qu’on puisse posséder à Paris, puisque primitivement bâti dans les environs de Berne, il a été démonté de toutes pièces, transporté en France et remonté dans file du bois de Boulogne tel qu’il était en Suisse. On reconnaît facilement la maison helvétique à ce large toit brisé et saillant qu’affermissent des quartiers de roc, à ces galeries et ces escaliers extérieurs, à ces châssis multipliés, à cette décoration empreinte d’un art original et tout à fait exotique. Rien ne lui manque : pas même l’inscription de rigueur qui constate le fait de sa translation; conçue en ces termes : Gebuen an der Aare Strand, bring euch ein Grnss vom Alpenland1, elle se traduit ainsi : Bâti sur /es rives de l’Aar, je vous apporte un salut du pays des A/pes. Cette construction, dont l’auteur est M. Seiler, est entièrement exécutée en bois, et il n’est pas une de ses pièces, poteaux ou planches, qui ne soit découpée , taillée ou sculptée. Mais la richesse de l’extérieur est de beaucoup surpassée par la splendeur de l’intérieur qui est entièrement revêtu , tant sur le sol que sur les parois verticales ou supérieures, de superbes marqueteries formées de plusieurs essences de bois où l’on distingue surtout le chêne, le noyer, l’amarante et l’érable ronceux.

Quatre autres chalets exécutés aussi par M. Seiler, mais à Paris même et en vue de l'embellissement du bois de Boulogne, existent en divers endroits; trois sont situés non loin des rives orientales des lacs et le quatrième à la Mare d’Auteuil. Entièrement semblables tous les quatre , nous avons de préférence reproduit ce dernier, à cause de son emplacement mieux choisi et do son soubassement plus élevé. Ces chalets sont, comme toutes les constructions de ce genre, exclusivement composés de poteaux et de planches pleines ou découpées. Ils sout comme celui de file, à usage de café et de restaurant d été et répondent convenablement à cette destination, en même temps qu’ils produisent, au milieu de la verdure, l’effet pittoresque qu’on s’était proposé d’obtenir.

Nous terminerons notre examen des constructions qui embellissent le bols de Boulogne , par quelques mots sur ceux des édifices- du Pré Catelan que nous avons jugé devoir le mieux rentrer dans la classé des œuvres d’architecture. Ce sont le Buffet, la Brasserie et le bâtiment de Photographie.

Aux deux entrées de ce lieu de divertissement auquel on a donné , nous ne savons trop pourquoi . le nom de Pré, puisque ce n’était pas une prairie, se trouvent de petits bureaux destinés à abriter les contrôleurs, constructions modestes, il est vrai, comme leur destination, mais qui sont cependant susceptibles de plus d’une application.

Le Buffet se compose d’une grande salle rectangulaire élevée de 0“ 80 au-dessus du sol , avec ses deux angles antérieurs tronqués et précédés d’un petit porche auquel on arrive par un perron. Derrière se trouve accolé un bâtiment à deux étages construit en briques , offrant un dégagement sur le dehors , renfermant un logement, une office et l’escalier conduisant au sous-sol qui s’étend sous la moitié postérieure de la salle du buffet. Dans ce sous-sol sont établis la cuisine et le laboratoire , une cave et un emplacement pour le calorifère. L’édifice est bâti en bois apparent de 0'" 1 2 d’épaisseur, largement éclairé et décoré de diverses découpures.

4 . Nous avons corrigé, tant ici que sur notre planche, diverses fautes d’orihogrnphe qui existent dans l’inscription de ce chalet et qui

proviennent d’erreurs commises par le peintre. On ne devra donc pas Être surpris s'il existe des différences entre notre copie et l’original

Le plan de la Brasserie est un peu plus compliqué que celui du Buffet. On arrive à sa salle rectangulaire élevée aussi de 0"' 80 au-dessus du sol, par trois des côtés; dans le quatrième sont percées deux portes qui donnent accès dans un local à usage d’office et où se trouve également l’escalier descendant au sous-sol. Du côté de la face principale, la salle est précédée d’un porche, et à son côté droit se trouve une véranda. Le sous-sol, divisé en laboratoire et en cave, est entièrement bitumé, et n’occupe que l’emplacement de la salle, le porche et la véranda étant élevés sur terre-plein. Les murs en sont bâtis en caillasse extraite sur les lieux et les parements visibles du laboratoire seuls, sont en moellons de roche piqués. Le soubassement en briques façon Bourgogne supporte un pan de bois composé de poteaux, de traverses et de croix de Saint- André à arêtes cbanfreinées, liourdé dans sa partie basse ainsi que dans toute la hauteur de celle correspondant au local postérieur, et entièrement vitré dans le reste, c’est-à-dire sur les trois côtés principaux de la salle, avec des verres de couleur. La partie supérieure du porche et de la véranda est supportée par des colonnettes tournées, et formée de planches ajourées jusqu’au comble unique et à deux versants qui couvre le tout en se prolongeant sur la véranda. Le sol entouré de balustrades de bois découpé est en bitumage coloré. Le comble, orné d’une crête et d’un lambrequin en bois, est couvert d’ardoises de deux tons figurant un quadrillage; les cheminées, en terre cuite, sont semblables aussi à celles des maisons de gardes. La partie arquée avec tirant et poinçon tournés qu’on voit au-dessus du porche, produit un effet remarquable. Nous en doutions un détail dans celle de nos planches que nous avons consacrée aux parties principales de la décoration du Buffet et de la Brasserie.

Le bâtiment de Photographie, le dernier dont nous ayons à entretenir nos lecteurs, se compose en quelque sorte de deux édifices soudés l’un à l’autre. Le moins important, tant au dedans qu’au dehors, renferme un porche, un escalier et des locaux secondaires. Le corps principal avec premier étage en encorbellement sur le rez-de-chaussée, contient une grande salle à chacun de ses élages. Ce qu'il y a de plus remarquable dans cet édifice, c’est le système de sa construction en murs de briques de pays, partie enduite en plâtre et partie laissée apparente, pour le rez-de-chaussée, et en pan de bois à pièces apparentes pour l’étage supérieur. Les murs ont 0m2o d’épaisseur dans l’un des bâtiments et 0m 40 dans le plus important. Le pan de bois a 0m15 d’épaisseur et ses pièces ont des largeurs différentes (0"’ 15 à 0m12 et 0‘" 10), selon l’importance de leur fonction; ses enduits sont en plâtre teinté en violet clair. Ce genre de bâtisse qui n’est guère dispendieux, convient parfaitement à des constructions rurales. Une crête, des lambrequins, des cheminées en terre cuite, semblables aux précédentes, et un comble en ardoises de deux tons, disposées cette fois en dents de scie, tels sont, avec les bois, la brique et les enduits, les éléments variés constituant la décoration de cet édifice.

Il ne nous reste plus maintenant, pour clore cette notice, qu’à adresser un tribut d’éloges bien mérités à MM. Alpband et Davioud qui ont conçu et dirigé, le premier comme ingénieur en chef, le second comme architecte, les embellissements du bois de Boulogne; puis à MM. Alexis Godillot et Seiler, les deux habiles constructeurs des œuvres architecturales dont nous venons de parler.

Théodore YACQUEB.

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