‹ Le Bois sacré: Comédie en 3 actesChapitre 1 sur 39 · PAR · texte numérisé non relu

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G.-A. DE CAILLAVET et ROBERT DE FLERS

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Le Bois sacré au théâtre des Variétés

LE Boia sacré est le siimom très parisien donné à la plus athénienne de nos administrations publiques : l'administration des Beaux Arts, Lorsque MM. de Caillavet et de Fiers eurent Tidée de faire de ce surnom le titre de cette comédie ils se souvinrent que M. Edmond Rostand avait déjà donné ce même titre — avec sa simple et véritable signification — à la fantaisie lyrique que le Théâtre Sarah-Bemhardt vient de matérialiser si merveilleusement ; ils demandèrent donc à M. Rostand s'il ne lui déplairait pas qu'ils le gardassent néanmoins. Et l'illustre poète répondit à l'un d'eux :

« Mon cher ami, * Si mon poème n'avait pas été imprimé à beaucoup d'exemplaires par V Illustration (1), j'aurais bien volontiers changé son titre. Mais c'est impossible. Soyez sûr que je trouve parfait que vous gardiez celui de votre comédie. Y a-t-il un inconvénient à ce qu'il y ait deux Bois sacré / Il y en avait plus que ça en Grèce, et chacun avait ses hôtes. Je vous serre cordialement la main.

» EDMOND ROSTAND. t>

Le jour même de la première représentation aux Variétés, le Matin demanda à MM. de Caillavet et de Fiers d'exposer à ses lecteurs la philosophie de leur théâtre. Au lendemain de leur nouvelle victoire, l'occasion était bien choisie. En cet article, qui doit trouver place ici, les deux brillants auteurs définirent admirablement le genre de théâtre auquel ils se sont consacrés ; ils exposèrent les raisons de leur choix, préciseront leurs intentions, prodiguèrent, sur la façon dont ils tentèrent de les réaliser — dont il les ont même réa'i^ées — les plus précieuses indications :

« ... Si notre théâtre a une ambition, c'est celle d'cti*e un théâtre satirique.

Dans notre premier ou\Tage, les Trataux d'Hercule^ nous avons tenté de railler le faux héroïsme, de prouver que les femmes n'i\dmirent le courage que parce qu'il rapporte les honneurs et la gloire, et que, si un homme se rencontrait a'<Rez heureux pour récolter, sans déi)enser ce courage, ces I. .nneurs et cette gloire, c'est cet homme-là qu'elles aimeraient. Dans les Sentiers de la vertu, nous avons tâché de faire sourire aux dépens du snobisme mondain. Dans TÊveniail, nous avons souhaité marquer de quelques traits nouveaux la coquetterie (le nos contemporaines. Dans t Ane de Bnridan, notre intention a été de

(1) Numéro de Noél du 5 drcembre 1908.

faire gaiement le procès de l'homme de cerc.e. Dans le Roi, nous nous en sommes pris plus directement aux habitudes d'esprit et d'existence des hommes politiques. Dans le Bois sacré enfin, notre but a été de réunir, en les poussant légèrement à la caricature, plusieurs types cordialement représentatifs de notre état social: M. Champmorel, le haut fonctionnaire protecteur et directeur des Beaux - .\rts ; M"»o Margerie, la femme de lettres, qui, en dépit de sa bonté, de son indulgence et de son heureux tempé- I rament, n'échappe pas aux sugges- I tions d'un soudain arrivisme; Adrienne Champmorel, séduisante petite névropathe ; Paul Margerie, le sporteman traditionaliste et bon garçon ; Zakouskine, fleur élégante et pourrie du cosmopolitisme équivoque et du rastaquouérisme triomphant, — ce sont là, nous le reconnaissons volontiers, des éléments assez disparates.

Mais qu'importe, si l'action qui leur permet de se rencontrer les y autorise normalement ? Aussi bien les conditions du théâtre satirique ont-elles singulièrement changé depuis les grands chefs-d'œuvre, depuis le Mariage de Figaro, Rabagas et le Mande oà Von s'ennuie. Aujourd'hui la satire est partout, au point qu'elle n'est plus nulle part. Elle fait antichambre dans les ministères, elle fleurit dans les salons, elle se promène au bois de Boulogne et elle ne quitte guère le péristyle du Palais-Bourbon. On la , rencontre si souvent qu'on ne la reconnaît plus. Nous avons pensé qu'on pourrait peut-être s'efforcer de lui rendre quelques-uns de ses traits caractéristiques. Sous un régime de liberté comme le nôtre, régime certes qui prête à toutes les railleries et à quelques indignations, mais sous lequel tout de même on est fort heureux de vivre, la satire est forcément éparse, diffuse. Sous les régimes dits d'oppression, elle pouvait au contraire se concentrer, se dépenser sur un seul point, viser une seule cible. Il y a maintenant tant de cibles que même si l'on en mam^ue une, on est presque assuré d'en toucher une autre. D n'y a plus de rois, il n'y a plus de Bastilles.

Le pouvoir est à M. Tout-le-Monde.

Et M. Tout-le-Monde est un personnage éminemment comique. Aussi la satire nous semble-t-elle avoir désormais le champ de manœuvres le plus vaste et le plus commode de tous :

les mœurs. C'est d'ailleurs le rôle que lui assignait fort exactement Molière :

« La satire, disait-il, doit tomber di- » rectement sur les mœurs et ne frap- * per les personnes que par réflexion. « Ce conseil admirable, nous nous efforçons de le suivre à distance respectueuse et à notre lointaine petite place. Nous n'avons jamais voulu, pas plus dans notre comédie d'hier que dans nos pièces précédentes, faire dr poî'PonnaHtés. Sans doute beaucoup de nos contemporains offrent de bien beaux modèles, quoique la

plupart relèvent plus directement du domaine do l'opérette. Mais c'est un mauvais calcul que de mettre au théâtre, pour faire rire à ses dépens, un personnage concret, connu, précis.

(>la ne réjouit vraiment que les amis de ce personnage-là... et on a si peu d'amis ! Le reste du public s'en désintéresse. Pour composer un type de théâtre, le plus prudent est de faire une sorte de mosaïque — disons de puzzle pour être à la mode — en empruntant à de nombreux individus ces petits morceaux de caractère dont la juxtaposition permet de camper un bonhomme.

» Dans notre comédie, le? rôles comme l'intrigue sont purement imaginaires. Il n'y a pas de « clef * cLiîis les bois, même lorsqu'ils sont sacrés.

D'ailleurs les personnages vrais et Icj histoires authentiques sont trop invraisemblables pour le théâtre...

» L'idée générale qui nous vint était celle-cL II est une conséquence du féminisme que l'on n'a point encore aperçue ; puisque les femmes prétondent désormais à tous les emplois et à tous les honneurs, puisqu'elles se risquent dans la plupart des professions, il est temps de retourner la vieille formule recommandée aux gens qui cherchent à parvenir et de dire : puisque les femmes veulent arriver, le meilleur moyen est d'arriver par les hommes, *

Les critiques ont naturellement attribué une importance considérable à cette œuvre nouvelle des triomphants auteurs du Roi ; ils en ont vanté l'adresse et l'e^sprit, la qun^\é littéraire et l'agrément qu'elle dispense. Mais plusieurs, et des meilleurs, ne se contentant pas d'à .V yser et de juger la pièce que AfM. ' le Caillavet et de Fiers nous donnent sous le titre le Bois sacré, se sont plu surtout à chercher et à regretter ce que, à leur sens, ces deux brillants écrivains auraient pu, fturr.ient dô, de préférence, nous offrir : une comédie plus vraiment, phis foncièrement, plus exclusivement satirique ; elle aurait eu moins de légèreté, mais plus de fr.".\o • ^lle aurait procuré un plaisir iiioins spontané et moins vif mais plus lent, plus réfléchi. Et ils indiquaient à MM. de Caillavet et de Fiers les règles et les lois auxquelles ils eussent dû se soumettre... pour faire la pièce qu'iN ne voulaient pas faire, — et pour ne pas exécuter celle qu'ils ont si parfaitement réussie.

Or, ^m. de Caillavet et de Fiers viennent de nous prouver, par l'article cité plus haut, qu'Us n'ignorent point en quoi consiste le théâtre satirique ; ils nous ont même exposé comment les conditions leur en parais-

(Voirla suite à l'avanl-dernière page de la couverture.)

G.-A. DE CAILLAVET et ROBERT DE FLERS

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