Scène première
UN JOURNALISTE, FRANCINK
Lk Journaliste, consultant un calepin qu'il lient à la
niaiu. — Cœurs en panne... Chimérique... Toi et moi... A mi-côte... La Chrysalide... C'est tout?
Frangine. — Oui, monsieur!
Le Journaliste. — Ohî voyons, madame!... Et nous oublions votre dernier livre... le grand succ^ du jour!... L'Irrésistible, qui en est à son vingtdeuxième mille!
Francine. — Pauvres gens!
Le Journaliste. — Qui ça?
Frangine. — Les vingt-'leux raille... les le(4eui"s !...
Le Journaliste. — Ah ! mon cher maître...
Voyons, un mot sur votre e istence?
Frangine. — Sur mon existence!... eh bien... je ne sais- pas, moL.. Je suis heureuse !
Le Journaliste. — Oh! ça... ça n'est pas inféres- .sant... Vous habitez beaucoup la campagne f
Frangine. — Six mois au moins, M. Margerie s'occupe beaucoup d'élevage, d'escrime, de chasse, d'agriculture.
Le Journaliste. — Vous aimez votre mari?
Frangine. — Oui, monsieur!
Le Journaliste. — Ah ! Vous prenez du café ?
Frangine. — Non, monsieur!
Le Journaliste. — Pas d'enfants, naturellement !
Frangine. — Pourquoi, naturellement? Parce que je ne prends pas de café?
Le Journaliste. — Non, mais une femme de lettres...
h'RANCENE. - oh! je vous en supplie, mousieui-, ne dites pas ce vilain mot. Je ne suis pas une femme de lettres. Je suis tout simplement une femme qui s'est amusée à écrire!
Le Journaliste. — Ah!... Depuis combien de temps êtes-vous mariée?
Frangine. — Mais, depuis... voyons... nous sommes en 1916, c'était en 1902. (Elle compte sur ses doigts.) Oh! non! mais si!... Oh! ça, c'est inouï!
(Elle va vivement à la porte de gauche.) Paul !... Paul !...
Viens?... viens tout de suite?...
On entend un cliquetis d'épces.
Le Journaliste. — Qu'est-ce que c'est que ça? Frangine. — N'ayez pas peur!