SCENE Y
GHAMPMOREL, GOURLOT, MAGNEL, puis VAUBERT.
Coiirlot et Hagnel entrent.
GHAMPMOREL.
Qu'est-ce que c'est?
MAGNEL.
Monsieur le directeur, nous venons de nous informer dans tous les bureaux de la direction des Beaux-Arts. Personne n'a pu nous donner le nom des neuf Muses.
CÇAMPMOREL.
C'est admirable! Et vous n'avez pas eu l'idée de chercher dans le Larousse ?
GOURLOT.
J'y avais bien pensé, monsieur le directeur, mais notre Larousse n'est plus ici.
GUAMPMOREL.
Comment ?
'COURLOT.
On l'a fait demander hier du ministère de l'Instruction publique.
Vaiibert entre.
C'est intolérable! Ils le prennent tout le temps... Ah! monsi<'ur Vaubert, approchez... Restez, messieurs!... Je vous avais demandé une note sur le peintre qui sollicite la commande du plafond de la mairie de Grenelle.
VAUBERT
La voilà, monsieur le directeur.
GHAMPMOREL.
Ça une note! Il n'y a rien!
VAUBERT
Mais, il y a tous ses titres!...
GHAMPMOREL.
Ses titres, oui, je vois... Prix de Rome... deux médailles... et ses opinions politiques, oij sont-elles? Vous ne lui avez pas demandé?
VAUBERT
Si, monsieur le directeur, mais il m'a demandé quelles étaient les vôtres, alors, moi, je n'ai pas su que lui répondre.
CHAMPMOUKL,
C'est bien, monsieur I c'est bien... Comment voulez-vous que je prenne une décision?
VAUBERT
Mais...
Et puis, dans quel genre travaille-t-il?... Ing-res? Delacroix? Puvis de Chavannes? Vous ne le lui avez pas demandé non plus?
VAUBERÏ.
Si, monsieur le directeur, il m'a répondu qu'il peignait ce qu'il sentait... ce qu'il voyait...
GHAMPMOREL.
Je m'en fiche de ce qu'il voit!... Je m'en fiche de ce qu'il sent !... Ma parole, il me semble qu'il y a assez de grands peintres en France pour qu'on en trouve un à imiter.
VAUBERT
Je dois cependant vous dire, monsieur 1»' directeur, qu'il a beaucoup de talent!
GHAMPMOREL.
C'est possible!... le talent, c'est très joli,
1«' talent. Mais il ivy a pas que le talent. Il y a les rapports... les rapports officiels, les blancs à remplir, les écritures à faire. Sans «;a, à quoi servons-nous, je vous le demande. Messieurs, ne l'oubliez pas, en France, les Beaux-Arts, ce n'est pas la peinture, la sculture, la musique... les Beaux-Arts, c'est d« l'administration. J'ajoute que nous avons à nous défendre... Nous sommes guettés... Quoi que nous fassions, ce mot de Beaux-Arts a en lui je ne sais quoi de réactionnaire... L'esthétique, le goût, ça n'est pas démocratique, et, d'ailleurs, avouons-le, le fait pour un peintre de peindre mieux qu'un autre, c'est contraire à l'égalité et, par conséquent, à la fraternité qui doit être notre but, notre foi, et notre idéal. Et, maintenant, il est quatre heures et demie. Allez me flanquer à la porte tous ces imbéciles qui m'attendent dans les antichambres. Allez, messieurs! Ahf que je suis fatigué!...
Il s'écroule dans un fantaiiil.
LES ATTACHÉS, taluaDt.
Monsieur le directeur.
Les trois attackéi sorteet au moment ou Adrienue enli-e.
y4 LE BOIS SACUK