‹ Le bois sacré; comédie en trois actesChapitre 28 sur 42 · SCÈNE PREMIERE FRANGINE, LOUISE, pais PAUL · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIERE FRANGINE, LOUISE, pais PAUL

Francine entre da dehors son thapean sur la tête. Louise arrange un bonqaet de vielettes dans un rase, puis Paul.

FRANGINS.

Monsieur est rentré ?

LOUISE

Non, madame.

FRANCINE

Tiens I... Enfin I... que tout soit prêt pour cinq heures et demie. On répétera ici. Madame Champmorel s''habillera dans ma chambre. La chambre de monsieur sera réservée au comte Zakouskine. On placera les musiciens dans la galerie. On prendra le thé dans la salle à manger. Vous expliquerez tout ça à Pierre.

LOUISE

Oui, madame.

PAUL) entrant, très gai.

Bonjour.

FRANGINE

Ahl te voilai

PAUL, très gai.

Mais oui... mais oui.

FRANGINE

Tu as l'air bien gai...

J'ai l'air gai?... Oh! je n'ai pas l'air si gai que ça! Et puis, si... oui. J'ai l'air gai parce que je rentre.

FRANGINE

Où as-tu été ?

PAUL

Où j'ai été?... Mais j'ai été au ïattersall... au syndicat des Agriculteurs. Voilà... Et toi, tu sortais?...

FRANGINE

Non, je rentre... Mais c'est curieux... Depuis huit jours, il me semble que tu mets bien plus de temps à faire tes courses.

PAUL

Eh bien, en voilà une idée !... Ça c'est vrai-

ment une idée pas banale... pas banale... A tout à l'heure...

Il ra poar raotrer à droite.

FRANGIN Ej nerreuse et ioqaiëte.

C'est extraordinaire.

PAUL, :■ 'arrêtant sur la fcail lie la perte.

Et puis, tiens, j'ai oublié de te dire... Et ça va te convaincre. En passant, je suis allé chez l'armurier,... j'ai commandé mille cartouches, et, naturellement mille cartouches, ça n'a pas pris un moment.

C'est vrai?... Ta parole d'honneur?

PAUL, gêné.

Ecoute... Ne me demande pas ma parole d'honneur pour des choses aussi botes... Tu me froisses, voyons...

FRANGINE

C'est vrai; je te demande pardon. Je vais ôter mon chapeau.

PAUL

C'est ça... c'est ça... Atout à l*heure. (eiu «on.

Paal senl, regardant la porte par laquelle Franeiae est sortie.) C CSt extraordinaire... huml hum!... (Il s. précipite «nrletélé-

phnoe et sonne.) 513-65. C'cst l'armuricr ?. . . Bien, bien. C'est M. Margerie qui vous parle. Envoyez-moi, demain matin, mille cartouches

sans faute... Entendu? Bien. (IlmPcroelie.Franoine rentre.)

Tiens, c'est toi?

FRANGINE

Dis donc, Paul, je voudrais te demander quelque chose?... Pourquoi, là, à l'instant, estu revenu exprès pour me raconter cette histoire de cartouches... Ce souci de précision dans les détails... je n'aime pas beaucoup ça.

PAUL

Ecoute, ma bonne Francine... Tout à l'heure, tu m'as demandé ma parole d'honneur que je te disais la vérité!.. J'ai refusé de te la donner parce que je trouvais ça enfantin.... Mais puisque c'est comme ça... Eh bien, je te donne ma parole d'honneur que j'ai aujourd'hui même commandé mille cartouches chez mon armurier... Tu me crois?

FRANGINE

Oui, comme ça, je te crois.

PAUL

Ce n'est pas malheureux! Je t'assure que cette suspicion... Enfin tu es nerveuse, je le comprends.

FRANGINE

Pourquoi ?

PAUL

C'est bien naturel... celte décoration... Pat-

tente... l'impatience... Nous sommes à la veille peut-être de la décision.

FRANGINE

Oui... oui...

PAUL

Mais, enfin, «;a va très bien et les nouvelles que j'ai rapportées hier étaient excellentes.

FRANGINE

Ah! tout ça m'est bien égal... je n'y tiens plus à cette croix maintenant.

Tu as tort.

FRANGINE

Ohl c'est vrai! Je suis persuadée que si les gens qui s'acharnent à poursuivre ce bout de ruban prévoyaient toutes les manœuvres, toutes les intrigues, toutes les compromissions dans lesquelles ils s'engagent. Eh bien, eh bien... Oh! évidemment, ils le demanderaient tout de même.

PAUL

Tu vois bien! Et puis enfin, pour toi, il n'y a rien eu de semblable.

FRANGINE

Si... L'autre jour, j'ai fait une chose pas jolie.

PAUL

Comment?

FRA.NGINE.

Oui... on te demandant d'ag-ir auprès do madame Champmorel.

PAUL

Oh! c'était un enfantillage.

FRANGINE

Pas sur... Eh bien, c'est depuis cet instantlà que je suis inquiète... J'ai peur.

PAUI..

De quoi ?... C'est fout

FHANGINB.

Enfin, combien de fois exactement l'as-tu vue?

PAUL

Deux fois... Je lui ai fait deux visites... des visites officielles.

FRANGINE

Oh! ça!... C'est la femme d'un haut fonctionnaire; avec elle... tout serait officiel... tout!

PAUL

Mais je t'assure que ça a été très convenable... Elle m'a promis de s'occuper de toi... Elle m'a donné des renseignements...

FRANGINE

De la main à la main.

LEf BOIS SACRÉ 1(35

PAUL

Mais non, mais non, ce n'est pas du tout la femme qu'on croit... C'est une femme très. . très bien... et puis, pas du tout mon genre.

FRANGINE

Qu'est-ce que c'est ton genre?

PAUL

C'est toi. Embrasse-moi, mon genre.

FBANGINE.

Ça, c'est gentil! Tu es gentil, quand je te crois.

PAUL

A la bonne heure. Je suis content... Je suis content! J'ai besoin de savoir que je te laisse tranquille, heureuse, sans ça, vraiment, ça me gâte tout mon plaisir.

FRANGINE

Quel plaisir?

PAUL, rès gêné.

Eh bien, quand ie vais au Tattersall, au syndicat des Agriculteurs,... chez mon armurier... Je t'aime bien... Je t'aime bien... Tu me crois?

PRANCINE.

Oui, mais, tu sais, méfie-toi.

PAUL

Aie pas peur... Ce n'est pas moi qui sors, c'est une hermine, (a paît, ea sonaot.) J'ai un toupet.

Page 1