‹ Le bois sacré; comédie en trois actesChapitre 37 sur 42 · P.VUL · texte numérisé non relu

P.VUL

Taisez-vous donc ! (a cbampmorBi.) Dites donc, comment est-il le costume de votre femme ?

CIIAMPMOREL.

Vous verrez. Vous verrez, (swressant à des Fargeties.

Mesdames. (Des Fargettrs effaré regarde autour de lui.) MCS-

sieurs... Nous avons voulu placer cette représentation sous l'invocation de la charité, mais aussi sous celle des Muses... des neuf Muses... Je ne vous ferai pas Pinjure de vous rappeler leurs noms. Ils sont sur toutes les lèvres... IV'étes-vous pas, mesdames, la grâce, la beauté...

DES FARGETTES, affolé.

Oh ! moi, je suis consternél

CHAMP M QUEL, vrjé.

J'en reste là. (APaui.) 11 m'est impossible de m'adresser à un public aussi inintelligent... passons au ballet.

PAUL

Vous ne voulez pas me dire quel est le costume de votre femme?

GHAMPMOREL.

Vous le Terrez !

Il fait signe aux miisieieni: qui préluileot. FRANGINE.

Attends!... Il faut tout de même essayer de lui faire comprendre, (a de» Fargette*.) Le prince Pacificowich va entrer.

DES FARGBTTBS.

Je ne le connais pas, vous me présenterez !

FRANGINE

C'est effrayant!... Egaré à la chasse, le prince arrive dans ce salon...

DES FARGETTES.

Dans ce salon?

FRANGINE

Enfin, dans cette clairière.

DES FARGETTES.

Dans cette clairière?

FRANGINE

Oui, enfin, dans ce salon... et il exprime par une danse qu'il voudrait bien connaître l'amour t

DBS FARGETTES.

L'amour ?

FRANGINE, désignant la statue

Oui, l'amour!

DES FARGETTES, se tonlant.

Ah! oui, je connais...

Attendez !... La nymphe Maroussia survient alors et elle exprime par une danse qu'elle voudrait bien aussi connaître Pamour.

DES FARGETTES.

Ah! oui, je sais, l'amour.

GHAMPMOREL. retournant à s« place.

L'œil neuf est idiot.

La masiqiie préliid-». — I)an«e île ZakonskinR et de madame Cbampmorel.

PAUL et KRAXGINE.

Bravo! bravo! délicieux!

GHAMPMOR CL.

C'est une merveille.

PAUL

Ah ! que c'est beau. . . bravo ! bravo ! . . . (a zakonakine.) Elle a dansé comme un amour l

ZAKOUSKIXE, très vexé.

Alors, moi, je n'ai pas dansé?

PAUL, à Champmor-".

Ah! mon cher, votre femra<î,que c'est beau : . elle est délicieuse, exquise, adorable... elk est... (AFrawi..*.) Elle u'est pas mal du tout.

ZAKOUSKI NT', àVpart.

C'est lui. le rival !

FRANGINE, donnant à Adrienne une gerbe de rose».

Voulez-vous me permettre.

ADRIENNE

Ohl merci, mais je veux que vous en gardiez une !

Elle lui donne une rose que l-'iancine met à son corsage. FRANGINE.

Le thé est servi par là... Venez, monsieur le directeur... et vous, ma chère étoile.

adri!-:nne.

J'ai peur de prendre froid... je vais mettre mon manteau. Vous permettez?...

Elle sort par la porte de gauche. Champinorel et Franeine sortent au foad.

ZAKOUSKINE.

Pardon, monsieur, un mot.

PAUL

Volontiers I

ZAKOUSKINE, à des Fargeltes.

Samovar !

DES FARGETTES.

Ahl oui.

Il (ort.

Ah! cette danse!... quelle danse, mon cherl

ZAKOUSKINE.

11 n'y a pas de danse!... J'ai tout compris... Je vous ai vu crépiter pendant que dansait madame... J'ai tout deviné.

PAUL

Hein?

ZAKOUSKINE.

Votre conduite est abominable... Vous avez chauffé ma tendresse et mon bonheur. Vous êtes un polisson.

PAUL

Monsieur! Vous avez de la chance d*être mon hôte, et que je ne puisse pas vous répondre 1

ZAKOUSKIKE.

C^est justement pour ça que je vous parle ainsi!

PAUL

Je vous prie, on tous cas, monsieur, de vous considérer comme giflé par moi.

ZAKOUSKINE.

Ah! c'est comme ça!... Eh bien, moi, je vous prie de vous considérer comme tué en duel par moi. .. au sabre ! Dourakine ! (u son, protégé par oourakine.) Ah! mais!...

PAUL, seul.

Sauteur ! (Adrlenae parait, elle a une rose à la miia.) Ah !

Adrienne... Adri... Oh! cette danse... cette danse...

ADRIENNE, l'esquivant.

Du calme! (Paal veut l'embrasser.) Nott... UOn...

soyons prudents!

194 LE BOIS SACKÉ

PAUL

Alors... demain?

ADRIBNNE.

Pas libre!

PAUL

Voyons, Adri...

ADRIKNNE.

Et puis... Pensez donc... si le cocher revenait.

PAUL

Ah!

Paul, farieux, s'assieii «iir le canapé face an public.

ADRIENNEy passant derrière lui et lui chatouillant le cori arec la rore qu'elle tient à la main.

Faut être prudents... très prudents... trop prudents...

Adri... je suis fâché!

Adrienne hausse les «épaules et sort par le fond, au moment où le dômes* tique entre de droite,

LE DOMESTIQUE

On apporte de la direction des Beaux-Arts ce pli pour M. Champmorel.

PAUL, avec mauvaise humeur, sans se retourner.

Portez-lui dans la salle à manger. (Avant que le

domestiqua sorte, Francioe rentre par la porte du fond. Le domestique s'efface poar la laisser passer, puis sort. Francine arrive derrière Paul, détache la rose qu'elleaà son corsage et IVn taquine. Paul, sans la voir.) AdrienUe,

tu m'embêtes !

FRANGINE

Oh!

PAUL, te retonraaat brHsqnement et l'apercevant.

Oh!

La porte du fond se ronrre. Champaiorel entre, «n large pli à la nain. Adrienne le suit et deoceod à côté de Paul. Des Farifettes s'approcbe de Francise.

CHAMPMORKL, descendant avec soleniité.

Madame!...

PAUL, rapidement, bas, k Adrienie.

Ma femme sait tout !

ADRIENNE, ba*.

Ohl

GHAMPMOREL,

Madame, et vous aussi, monsieur, je viens vous annoncer une grande nouvelle. L'événement que nous pressentions est désormais officiel.

FRANGINE, ba», à Paul.

Ouil

GHAMPMOREL.

Ce jour est un grand jour pour vous deux!

PAUL, à part.

Quel crétin!

GHAMPMOREL.

Madame ! Au nom de la République, au nom du gouvernement, au nom des Beaux-Arts, je vous fais chevalier de la Légion d'honrjeur-

FRANGINE, affolée, «otre Champmorel et Paul. A Paul.

Canaille!... Monsieur le directeur, je ne sais comment vous exprimer mon indignation...

non, ma reconnaissance... Misérable... je suis bouleversée, bouleversée... Tartufe!

CHAMPMOREL.

Remettez-vous... remettez-vous...

PAUL, à part.

Oh! je voudrais être en Périgord.

ADRIENNB.

Pauvre femme!

DES FARGBTTE8.

Comme vous devez être heureuse!

FRANGINE

Oui! oui!

GHAMPMOHEL, à Paul.

Cher monsieur, mes sincères félicitations.

DES FARGETTES, s'approcliant de Fiancine.

Ah madame!

11 lui serre la main et va pour remonter. FRANGINE, 'e retenant.

Restez ! J'ai à vous parler.

Pendant les répliques préfédeiites, Adrienn^ a regardé avec attention Francini», et visiblement elle est émue. Elle s'adrt'Sre à elle d'une voix toute changée et presque humble.

ADRIENNE

Madame, je veux, moi aussi, vous dire quelque chose.

P\UL, à part.

Je voudrais être en Afrique.

Oh ! madame, je ne vois pas...

ADUIKNNE, genlimeot.

Si, moi, je sens... Oh! ne croyez pas que je veuille vous complimenter pour cette récompense si méritée que vous venez d'obtenir. D'abord, je ne saurais pas... je ne m'y connais pas très bien!... Mais vous ne pouvez pas savoir... combien... depuis un petit moment... je suis émue... vraiment... au fond du cœur.

FRANGINE

En vérité...

ADRIENNE

Oui... Oui... Ça vous étonne... Pourtant c'est très vrai... Ce que je veux, au lieu de vous féliciter, c'est vous souhaiter beaucoup de bonheur... tout celui qu'on vous doit... Et je suis sûre que vous l'aurez.

FRANGINE

J'en suis moins sûre que vous.

ADRIENNE

Si, parce qu'on ne peut pas vous connaître sans avoir pour vous de la sympathie... et du respect.

PAUL, à part.

Oh ! qu'elle est gentille !

ADRIENNB.

Et si jamais une personne vous avait fait de la peine, peut-être malgré soi, sans y penser, je sens bien qu'après, tout de suite après, elle le regretterait et qu'elle ne recommencerait jamais... jamais!...

FRANGINE, lui tendant la main.

Vous m'avez beaucoup touchée. Je vous remercie I

T* AULj très ému, à Cbam^roorel.

Ahl qu'elles sont gentilles 1

GHAMPMOREL.

Merci I

ADRIENNE

ïu viens, Léon !

PAUL

Francine?

FRANGINE

Toi, va-t'en I...

Paul, r.bauipniorel et Adrienne sortent au fond.

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