L'ESPERANCE
FRANÇOISE avait sept ans. Un matin elle se réveilla comme d'habitude, mais son papa était habillé en soldat et sa maman pleurait et disait :
— O mon Dieu! ô mon Dieu! ô mon Dieu!
Alors Françoise referma les yeux pour faire semblant de dormir, mais elle y voyait quand même parce qu'elle faisait exprès.
Papa était debout, maman aussi; ils étaient entre leurs bras; maman tenait un petit mouchoir tordu, et elle disait maintenant :
— O mon ami! ô mon ami! ô mon ami!
Puis papa a voulu ouvrir la porte de la chambre. Maman s'était accrochée à lui pour l'empêcher de partir. Il a dit :
— Il faut que je m'en aille.
Mais il est rentré, quand il allait sordr, et il a été vers le lit de Fran-
çoise qu'il a embrassée doucement, croyant qu'elle dormait; mais s'il avait bien regardé, il aurait vu que Françoise pleurait, les yeux fermés.
Elle avait compris que son papa allait à la guerre.
Quelque temps après, les élèves ont parlé devant Françoise, au pensionnat, de grandes batailles, d'horribles choses, de morts, d'enfants perdus. Et Françoise savait que son papa y était, et qu'il n'avait pas écrit depuis plusjeurs jours, et que maman attendait le facteur qui disait : — Non, madame, pas encore aujourd'hui, ce sera pour demain.
Et un jour, qui était demain, M. le curé est venu avec un autre monsieur. C'était un jeudi matin. Françoise jouait dans le corridor avec un ménage que lui avait donné son papa chéri. Maman est descendue mal coiffée de sa chambre, et elle a fermé la porte du salon, et Françoise qui écoutait derrière la porte n'entendait rien. On devait parler tout bas. Au bout d'un grand moment, Françoise a entendu sa maman qui criait :
— Ah!
Puis rien du tout. Alors Françoise a ouvert la porte, et elle a vu sa maman toute longue par terre, et M. le curé, et l'autre monsieur qui disait :
— Pauvre madame...
Françoise s'est jetée sur sa maman pour l'embrasser en criant :
— Ne lui faites pas de mal!
— Nous ne lui faisons pas de mal, ma petite, a dit M. le curé. Maman s'est réveillée, on l'a mise dans son lit où elle n'a rien dit
pendant deux jours, puis elle a pris la tête de Françoise entre ses mains et elle lui a dit :
— Papa chéri est mort.
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Papa chéri est mort...