‹ Le bon Dieu chez les enfantsChapitre 18 sur 19 · LA CHARITÉ · texte numérisé non relu

LA CHARITÉ

IL y avait un petit garçon et une petite fille, le frère et la sœur, — ils s'appelaient Paul et Marie, — qui étaient perdus. Ils pleuraient en se donnant la main et ils appelaient papa et maman. Ils pleuraient tellement qu'ils avaient envie de se moucher, et que les larmes leur entraient dans la bouche par le coin des lèvres. Ils appelaient papa et maman, mais papa et maman s'en étaient allés si loin qu'ils ne répondaient pas à Paul et à Marie, qui étaient à la fin si fatigués d'appeler papa et maman qu'ils n'avaient plus de voix, et qui avaient tant pleuré qu'ils n'avaient plus de larmes. Leurs yeux les brûlaient et leur langue était amère.

Il y avait sept jours qu'ils étaient perdus. Ils couchaient dans la rue sans rien dire à personne et, quand ils avaient faim, ils mangeaient de l'herbe ou des saletés qu'ils trouvaient dans des boîtes. Qiiand ils dormaient ou mangeaient, ils se tenaient quand même par la main parce

que, étant déjà perdus ensemble, ils avaient encore plus peur d'être perdus chacun tout seul.

Ils étaient mouillés parce qu'il avait plu.

Une nuit qu'ils étaient couchés dans la boue, — ils ne dormaient pas, ils avaient trop de chagrin depuis trop longtemps, — ils virent un homme sous une lanterne.

Cet homme avait une robe noire, un col blanc, une calotte noire, une grande bouche, et il tenait, sur son bras droit, comme fait un papa ou une maman, un bébé qu'il avait ramassé dans de la boue pareille à la boue où étaient couchés Paul et Marie.

Cet homme demanda à Paul et à Marie

— Qui êtes- vous?

— Nous sommes Paul et Marie.

— Que faites-vous?

— Nous sommes perdus et nous avons peur.

— Où sont votre papa et votre maman?

— Nous les avons perdus parce que nous sommes perdus.

— Je vais vous rendre votre papa et votre maman. Venez avec moi. Et l'homme qui avait une robe noire, un col blanc, une calotte

noire et une grande bouche, et qui tenait sur un bras, comme fait une maman ou un papa, le bébé qu'il avait ramassé, prit avec sa main gauche la main droite de Marie, qui tenait avec sa main gauche la main droite de Paul.

Cet homme noir qui avait un col blanc était bon. Quand il était petit, il avait gardé les moutons avec un chien. Puis, quand il avait été grand, il avait dit : Je ne veux plus garder les moutons, je veux garder plutôt les enfants qui sont perdus, qui n'ont plus de papa et de maman.

Venez avec moi...

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