‹ Le bon Dieu chez les enfantsChapitre 8 sur 19 · CINQUIÈME BÉATITUDE · texte numérisé non relu

CINQUIÈME BÉATITUDE

Heureux les miséricordieux, car ils obtiendront miséricorde !

S. Matthieu, v, 7.

RAYMOND était mauvais, mais il était bon. Je veux dire qu'il se mettait en colère quand il ne voulait pas obéir, il frappait du pied, il disait qu'il ne mangerait pas ce qu'on lui servait à table, il criait comme un petit cochon, et ses yeux et son nez coulaient, et on le fouettait et on le refouettait jusqu'à ce qu'il eût dit oui au lieu de non.

Mais oui, Raymond était bon : sa colère était vite passée et il embrassait, pour faire la paix, son papa, même quand le derrière lui faisait encore un peu mal d'avoir été fouetté. On le mouchait, et il n'y pensait plus, et il s'amusait avec un petit chien en bois dont la patte était cassée.

Il y avait de ses camarades, quand on les punissait en classe, qui ne rugissaient pas comme Raymond. Rugissaient veut dire crier comme

une bête en colère. Mais souvent les camarades qui ne rugissaient pas quand on les punissait en voulaient à leurs professeurs, ils auraient voulu qu'ils meurent, qu'une voiture les écrase, ou leur couper les oreilles avec des ciseaux, et ils leur en voulaient tous les jours sans le dire tout haut, ils gardaient leur désir de leur faire du mal comme on garde une colique dans le ventre. Raymond, au contraire, après avoir fait sa punition, oubliait qu'on la lui avait donnée et il n'en voulait à personne.

Un jour Raymond fut puni injustement. Ce fut une affaire terrible. Il était dans la rue avec deux camarades. Une petite fille passa. Les deux camarades la renversèrent et, pendant que l'un la battait, l'autre lui enfonça un bâton dans la bouche, si fort que le sang coula. Puis ils s'échappèrent et allèrent dire que c'était Raymond qui l'avait fait. Et la petite fille le dit aussi parce qu'elle ne savait pas ce qu'elle disait, elle était trop petite. Le père de Raymond crut les méchants menteurs et la petite qui avait saigné. Il battit Raymond comme jamais il n'avait fait, il le battit tellement que, bien qu'il fût son papa, le soir il pleura tout seul dans son lit en se disant qu'il avait trop battu son petit enfant chéri. Mais il se disait : Je ne veux pas que mon fils Raymond devienne un assassin, je ne veux pas qu'il soit un lâche et un monstre avec les petites filles. Cette fois Raymond ne se mit en colère ni contre son père qui l'avait fouetté injustement, ni contre ses camarades et la petite fille qui l'avaient accusé. Il eut la fièvre, froid dans son lit, il serrait les dents, et il disait tout bas à quelqu'un qui était dans son triste cœur et qui est Notre-Seigneur : Ce n'est pas moi qui ai fait cela, c'est trop affreux que l'on m'ait ainsi puni.

Lorsque les deux camarades qui avaient fait mal à la petite fille se

Le jour se regarde dans l'eau parce qu'elle est pure...

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