Le Bon Dieu de Rome mangé par les rats [microforme]
Dieu nous a-t-il donné des yeux pour voir, des oreilles pour entendre et une intelligence pour nous conduire ?
Le pape dit: non! Le Fils de Dieu dit: oui!
Mais ur des plus sévères reproches que Jésus-Christ ait jamais faits à ses disciples, a été qu'ils ne faisaient pas assez d'attention à ce que leurs yeux, leurs oreilles et leur intelligence leur avaient appris. ‘“N'’avez-vous point encore de sens, ni d'intelligence ? Et votre cœur est-il encore dans l’aveuglement ? Aurez-vous toujours des veux sans voir, et des oreilles sans entendre ? Et avezvous perdu la mémoire ? ” (Marc, VIII. 17, 18.)
Cet appel solennel du Sauveur au témoignage des sens, n'est-il pas la rétutation la pius complète des doctrines de Rome à ce sujet ?
Le jour qu’un homme cesse de croire que Dieu lui a donné des yeux, des oreilles et une intelligence pour le tromper et le perdre, il lui devient impossible d’être plus longtemps la dupe des erreurs de Rome. C’est ce que le pape comprend parfaitement! Aussi voyez les efforts prodigieux et continuels de tous les papes et des conciles de Rome pour persuader à l’homme qu'il ne lui est pas permis de croire au témoignage de ses oreilles et de son intelligence !
“Fermez vos yeux, dit le pape à ses peuples et à ses prêtres. Je tiendrai les miens ouverts. Je vous dirai ce qu'il vous est permis de voir. cela vous suffit.
“ Fermez vos oreilles: n’entendez rien, ou le moins possible de ce qui se dit autour de vous. J'aurai mes oreilles attentives à tous les bruits de la terre, et je ne vous redirai que ce qu'il vous est utile d'entendre.
“ Vous êtes assurément perdus si vous voulez vous servir de votre intelligence dans la recherche de la vérité, et de la connaissance de la parole de Dieu. Je suis la source de la vérité éternelle et infaillible sur la terre. Venez à moi, vous serez éclairés et sauvés, a dit le pape.”
Et cette étrange imposture est acceptée par les nations et les prêtres de Rome, avec une mystérieuse facilité; et suivie avec la plus étrange tenacité.
Cétte imposture est pour le catholiqué romain cé qu'est l'anneau de fer au nez du bœuf: quelque puissant et fort qu'il soit par sa nature, si vous attachez une chaine à cet anneau, le pauvre animal ne pourra plus avancer, aller à droite on à gauche, que suivant la volonté de celui qui tient dans sa main l'extrémité de la chaîne.
Que les disciples de l'Evangile, les enfants de la lumière regardent donc avec pitié, plutôt qu'avec mépris le catholique romain qu’ils voient marcher dans dés voies qui ne sont certainement pas celles où l'homme intelligent puisse faire un seul pas. Le catholique romain n’est pas maître de ses pensées ; 1l ne peut suivre le chemin que son intelligence lui montre. L'inflexible anneau est rivé et le pape tient dans sa main inexorable l'extrémité de la chaîne qui fait tout mouvoir au sein de l'Eglise romaine.
Sans ce terrible anneau, je ne serais assurément pas resté longtemps aux pieds de lidole de pain dont j je faisais mon Dieu tous les jours. Car, bien des fois, le Seigneur, dans sa miséricorde infinie, m avait envoyé des lumières qui m'eussent montré dans quelles voies je devais marcher, si la pesante chaine dont le pape tenait lextrémité, ne m'eût retenu lié à ses pieds. Je ne redirai qu'une de ces circonstances providentielles dont Dieu se servait, de temps en temps pour m'arracher à l'abine Vers Jequel je. courais, sans le savoir.
Ce fait avait lieu au printemps de 1838: J'étais curé de Beauport. Il y avait alors, à la jeune Lorette, un'ancien prêtre retiré, qui avait perdu la vue: Né en France, où il avait été condamné à mort, sous le règne de la Terreur, il n'avait échappé à la guillotine que presque miraculeusement. Il avait été nommé à la place honorable et si enviée par les prêtres, de chapelain des Ursulines, et était resté à ce poste de nombreuses années. Il avait une très belle voix, était bon’ musicien, et il n'était pas sans prétention au titre de poëte. Un gros volume de cantiques qu'il avait publié lui avait valu le titre de “Père Cantique” mais son véritable non était “ Père Daulé” : Sa haute piété et sa foi ardènte n'émpéchaient pas qu'il ne fût un des homines les plus nieblee qpeTe aie jamais rencontrék,
‘Mais ses beaux Yeux bleus, ses chevetx qi péndétènt sur ses épaules comme des bouclés d’or, son teint de rose et sa peau blanche avaient mis à ane trop rude’ épreuve plus d'une des colombes renfermées derrière les sémbres murs du couvent. Ce n'était un secret pour personne
que l'aimable chapelain avait fait plus d'une conquête, trop facile pour être glorieuse, dans ce petit empire des déceptions, des ennuis et des regrets les plus amers, que l'on appelle couvent. Ceux qu vivaient dans l'intimité du bon Père n'étaient point surpris de ces aventures. Comment, en effet, ce beau papillon, aux jours de sa jeunesse et sans expérience, pouvait-il ne pas brüler ses ailes d'or au anilieu des lampes si douces mais si perlides, que toutes ces saintes nonnes liennentsiconstamment allumées autour de leurs saïnts confesseurs ©? Tout le clergé cependant s'était parfaitement accordé à jeter le manteau de la charité sur les plaies que le vieux guerrier avait reçues sur ce redoutable champ de bat taille, d'ou les David, les Samson, les Salomon eux-méêines ne se sont retirés que couverts des plus terribles blessures.
Chacun des eurés, autour de Québec, se faisait comme un devoir de lui donner, à son tour, l'hospitalité, et de l'environner de toutes les marques de respect dues:à son vieil Age. J'allai le chercher au presbytère de Charlesbourg, où le Rév. M. Roy l'avait gardé cinq ou six semaines. C'était au commenceinent de mai, mois consacré au culte de Marie, dont le père Daulé était un des plus fervents et des plus éloquents prêtres.
F était vrannent intarissable lorsqu'il cherchait à nous prouver que la Ste, Vierge Marie est le refuge le plus assuré des pécheurs; qu'elle est constamment occupée au ciel à apaiser la colère de son fils, si justement irrité à
ause de nos péchés ; que sa qualité de Mère de Dieu la rend Toute-Puissante ; que rien ne peut lui étre refusé !
L'Eglise de Roine a ‘défendu au prètre aveugle de dire la messe ; mais la haute piété du père Daulé lui avait valu le privilége d'offrir le St. Sacritice, que le pape lui avait accordé. Il savait par cœur la courte messe de la Vierge, et la disait tous les jours. Un matin qu'il était à l'autel, pendant que j'eutendais les confessions, dans Ja sacristia, le petit servant de messe accourut me dire : “Venez vite, M. Daulé vous demande.”
Craignant que quelque malheur ne füt arrivé à mon vieil ami, je, me A CIRUR) à son, secours, Je le trouvai, cherchant avec la plus grande inquiétude avec ses mains quelque chose quil avait perdue. Tl'tätait ici et là, avec ses doigts, mails aveg des mouvements si pr écipités que je
s bien que quelque chose d'étrange était arrivé, : +10
‘à me voulez-vous lui demaydai-je ? ? 4 Le Bon. Dieu”
est disparu de dessus l'autel, j'ai perdu le Bon Dieu,” me
répondit-il, avec un accent d'inquiétude impossible à redire.
Espérant qu'il se trompait, je me mis à chercher sur l'autel, puis à terre, sur le plancher, partout où la main mal assurée du vieux prêtre aveugle aurait pu jeter l’hostie consacrée. Mais tout fut inutile. “Le Bon Dieu était réellement disparu !
Je restai d'abord anéanti, foudroyé....… Puis, me rappelant les milliers d'histoires merveilleuses “d’apparitions, de disparitions, de transformations” du Bon Dieu, à l’autel, je crus que j'allais être témoin de quelques grands miracles eus Mais cette illusion fit bientôt place à une pensée qui me glaça le sang dans les veines.
L'Eglise de Beauport était la demeure d'une multitude de rats, les plus hardis et les plus insolents qui se puissent voir. Pendant que j'offrais le sacrifice de la messe, il m'arrivait souvent d'apercevoir le bout du nez de quelques uns de ces rats que l'odeur de l’hostie attirait sans doute, et qui auraient été bien aise de faire un bon dejeuner avec le Bon Dieu que je venais de faire descendre sur l'autel: mais les mouvements que j'avais à faire pour suivre mon rituel les chassaient dans leurs trous. Je sentis comme un frémissement d'horreur à la pensée qui me vint, comme un éclair, qu'un de ces rats avait emporté et mangé le Bon Dieu.
La foi du père Daulé dans son pouvoir de changer le pain en le corps, le sang, l'âme et la Divinité de Jésus- Christ, était tellement robuste et sincère, qu'après avoir opéré ce prodige, on le voyait souvent s'arrêter, et rester immobile, comme une statue, pendant cinq à quinze minutes. Il adorait son Sauveur et son Dieu qui venait de descendre sur l'autel à sa parole, et lui exprimait son admiration et son amour, par des torrents de larmes qui coulaient sur ses joues.
Je me penchai vers le bon vieux prêtre, et lui dis :
“ Ne vous est-il pas arrivé, après la consécration, de rester en adoration, sans mouvement, comnæ sans paroles, pendant un temps considérable ?
“ Oui, me répondit-il, en sanglotant, mais quelle affaire a cela avec la disparition du Bon Dieu.”
L'âme remplie &’un sentiment de chagrin et de honte inexprimable, je lui dis : “ Les rats ont assurément emporté et mangé le Bon Dieu!
‘ Que dites-vous là, répliqua-t-il? Le Bon Dieu emporté et mangé par les rats !!
di]
‘ Oui, lui répliquai-je, il ne me reste aucun doute à ce sujet !
“Mon Dieu! Mon Dieu! quel épouvantable malheur, s'écria le pauvre prêtre, en levant ses mains et ses yeux vers le ciel. Mon Dieu ! Mon Dieu! pourquoi ne m'avezvous pas ôté la vie, avant de m'accabler par un pareil malheur !!
Le pauvre vieillard ne put en dire plus long; sa parole resta comme étouflée par l’immensité de sa douleur.
Moi-mème, je me sentais comme incapable de dire un mot de plus. Mille et mille pensées diverses, les unes solennelles et terribles, les autres ridicules et puériles, se heurtaient dans mon âme avec plus de rapidité que je ne suis capable de les redire. J'étais là, à côté du vieux prêtre, immobile et comme cloué au pavé de l’église, pendant qu'il se désolait et pleurait sans mesure.
À la fin, il me dit, avec une voix brisée par les sanglots : “Que me reste-t-il à faire, après un pareil malheur ? ”
Je lui répondis: “L'église a prévu cet évènement; elle nous dit qu'il vous faut consacrer une nouvelle hostie, et continuer la messe jusqu'à la fin, comme s'il n'était rien arrivé d'étrange. Je vais aller vous chercher une nouvelle hostie.” Je courus à l'instant en chercher une à la sacristie ; il la consacra et termina sa mésse comme je le lui avais dit.
Après qu'il eut fini, je le pris par la main; et nous nous dirigeâmes vers le presbytère pour déjeuner... mais quoique le chemin füt très court, il me le rendit bien long par ses lamentations; il ne voulut presque rien prendre de ce que je lui offris à table; son âme était réellement comme noyée dans sa douleur. C’est en vain que je lui dis: “que ce n’était pas sa faute; qu'il n’y avait aucun péché devant Dieu, dans ce triste événement! que l'Eglise l'avait prévu sans s’en troubler; qu'elle avait même, avec autant de dignité que de calme, dit à ses prétres ce qu’il y avait à faire dans ces pénibles circonstances.
Comme il ne donnait pas la moindre attention à mes paroles, je pris le parti de garder le silence, et de respecter sa douleur, en lui laissant donner un libre cours à ses larmes.
Mon espérance était que son bon sens finirait par prendre le dessus de sa douleur : je m'étais trompé. Ses lamentations étaient plus longues que celles de Jérémie sur les maux de Jérusalem; et ses paroles n'étaient pas moins amères que celles du prophète.
À la fin, je perdis patience, et Tui dis: * Cher père Daulé, sans manquer en rien au respect que je vous dois, permettez-moi de dire qu'il esttemps d'arrêter ces larmes et. ces lamentations. Le Dieu juste et bon que nous servons ne peut pas se plaire dans une douleur comme la vôtre qui est sans cause et sans but; car cet événement n'était nullement sous le contrôle de votre volonté, Dieu seul, dans son regard divin, a pu le prévoir, et c'est dans son éternelle sagesse qu'il l'a permis.”
“Que dites-vous là, me répondit le vieux prêtre, avec un ton de vivacité qui semblait de Ja colère.”
“Je vous dis, mon cher père Daulé, qu'il vous était impossible de prévoir ce fait, comme il vous a été absolument impossible de l'empêcher. Gardons notre douleur et nos larmes pour pleurer nos péchés, Nous en avons tous les deux commis beaucoup et de très grands; nous ne pouvons pas trop les déplorer. Mais il n'y à pas l'ombre de péché dans l'action qui nous occupe. Nous devons donc donner des limites raisonnables à notre douleur. Ni quelqu'un doit verser d'intarissables larmes sur cet événement, c'est Jésus-Christ: car lui seul en a souffert, comme lui seul l’a prévu et permis, lorsqu'il lui était si facile de l'empêcher.
“ Monsieur Chiniquy, me répliqua le père Daulé, vous n'êtes qu'un jeune homme, et vous parlez avec cette légèreté, et ce manque de réflexion qui sont aujourd'hui si générales et si déplorables dans les jeunes prêtres, Vous ue comprenez pas assez la gravité de l'affreux événement qui vient d'arriver dans votre église. Ni vous aviez un peu plus de piété et de foi, vous uniriez vos larmes aux miennes, au lieu de vous moquer de ma douleur. Les anges de Dieu pleurent sur ce qui s'est passé ce matin; c'est avec des larmes de e sang, et non avec votre ton de persiflage que l’on devrait en parler. Notre Sauveur Jésus-Christ enlevé de son autel, et mangé par des rats! Grand Dieu! n'est-ce pas une ignominie au-delà de celle du Calvaire !”
“ Mon vénérable et cher père Daulé, répondis-je, permettez-moi de vous dire avec tout le respect que je vous dois, que je comprends aussi bien que vous la nature et toute la portée de l'événement que nous déplorons tous les deux. J'aurais volontiers donné tout ce que j'ai de sang dans mes veines plutôt que d’être coupable volontairement d'un pareil attentat contre le respect souverain que nous devons au fils de Dieu. Mais cet événement
est arrivé sans aucune participation de notre volonté, Ce n'est pa#une action morale pour vous, ni nour moi; elle ne tombe en aucune manière sous notre çontrôle, Dieu seul est responsable de ce fait et de ces conséquences. Et si vous voulez savoir toute ma pensée à ce sujet, je vais vous la donner franchement : Ni j'étais le grand Dieu qui a fait le ciel et la terre; et qu'un crapeau dé rat vint pour me manger, je le frapperais de mort avant quil n me touchàt.”
Je n'ai pas besoin de le confesser ici; car tout homme intelligent qui lira ce chapitre et surtout ma conversation, sentira que si ma foi dans la puissance du prêtre de chanser un peu de pain dans son Dieu, n’était pas entièrement disparue de mon intelligence, elle était sérieusement ébranlée.
Le fait est que Dieu, dans son infinie miséricorde, inoôndait en ce moment mon âme de lumières nouvélles et toutes puissantes, Ces lumières montraient clairement aux yeux de mon âme l’absurdité et la grossière folie d'une religion Se Dieu se laisse manger par les rats. Ki j'eusse écouté | la voix de mon Dieu qui me parlait en ce moment, j'aurais aisément brisé les chaines ignominieuses qui me tenaient captif aux pieds d’une idole de pain. Car il me parut, en ce moment, aussi clair que la Tumiére en plein midi d'un beau jour d'été, que le dogme de la transubstantiation était la plus grande imposture que le monde eût jamais vue, et que mon sacerdoce était une insulte à Dieu et aux hommes. Mon intelligence me criait avec une voix puissante; “Ne reste pas plus lon o:temps le prêtre d’un Dieu que les rats peuvent enler er de ses autels et manger dans leurs infectes repaires.”
Quoique aveugle, le père Daulé comprit ce qu'il y avait dans ma pensée, par le ton déterminé et tranchant de ma parole, il sentit que ma foi dans le Dieu qu'il avait créé le matin, et dont les rats avaient fait leur déjeuner, était bien affaiblie, si elle n'était pas tout-à-fait disparue. TI resta quelque temps silencieux, puis 1l me pria de m'asseoir près de lui.
Jamais je n'ai rien éiténdu de pareil aux iniibles choses dont ce vieux prêtre m'accabla en ce moment. 11 ouvrit réellement les cataractes du ciel de Rome, pouren faire tomber toutes les eaux amères, comme un déluge, sur ma tète. 7e
Il m'aceabla sous le nombre et le poids des conciles, des Saints Pères, des infaillibles Papes qui, dans tous les
siècles du monde chrétien, avaient cru à la transubstantiation, et l'avaient préchée comme un dogme de l'Evangile.
Ni j'eusse écouté la voix de ma raison dans cette heure solennelle, combien il m'eût été facile de réduire en poussière les arguments du vieux prêtre de Rome. Mais qu'est-ce que ma raison avait à faire iei? Quel poids ma pauvre raison, isolée, tremblante, meurtrie, brisée sous le joug d’esclave qu'elle avait porté jusqu'à cette heure, quel poids pouvait avoir ma raison mise dans la balance contre la raison de tant de théologiens, de Naints Pères et de Papes infaillibles! Hélas je ne comprenais pas alors encore que la raison de mon Dieu, du Dieu de vérité, la
raison de Jésus-Christ et de son Evangile était avec la mienne, et qu'elle me donnait un poids, dans la balance contre Rome, plus grand que si tous les mondes étaient pesés contre un atome...
Une heure après, j'étais dans le confessional, accablé de honte et de regrets, me confessant aux pieds du père Daulé d'avoir osé douter un instant que l'homme ait le pouvoir de créer son Dieu avec une oublie.
La voix du vieux prétre de Rome, qui ressemblait à la voix d’un lion rugissant, lorsqu'il parlait à l’incrédule jeune curé de Beauport, était devenue douce comme celle d’un agneau, lorsqu' il parlait au pécheur repentant, qui versait des larmes à ses pieds.
11 me donna l’absolution et m'imposa une double pénitence, La première partie était de ne jamais raconter à personne l’affreux malheur qui lui était arrivé, car, me dit-il, un pareil événement peut détruire la foi des plus sincères catholiques romains. La seconde partie de la pénitence était plus rude. Il me fallut pour l’accomplir, faire le chemin de la croix à genoux, une fois par jour, pendant les neuf jours suivants, en récitant un psaume de la pénitence devant chacune des quatorze images des stations, Les trois derniers jours, mes genoux étaient percés, et le sang en découlait abondamment. J’é éprouvais des douleurs atroces, à chaque fois que je me jetais à genoux, et que je marchaïs ; mais je ne trouvais pas mes douleurs trop grandes, quand j je pensais à l’'énormité de mon péché. J'avais, pour un instant, cessé de. croire qu'un homme puisse créer Dieu avec un morceau de pain; et j'avais pensé que l'Eglise qui adore un Dieu mangé par les rats est idolâtre !