LE SOUFFLET
Il faut que la comète qu'on a aperçue depuis quelque temps ait fait une grande sensation parmi mon jeune public, car dans le nombre des lettres que j'ai reçues pour les prix, il y en a au moins douze qui ont uu post - scriptum , tout exprès pour me demander un article sur les comètes. Ce n'est pas là, au reste, la seule question qu'on m'ait adressée en répondant aux miennes. On me demande aussi l'explication du Télégraphe, de plusieurs instruments de physique, de plusieurs objets d'histoire naturelle. J'ai pris note de tout cela, et avec le temps, chaque chose trouvera sa sa place. Une de ces questions est relative au soufllet, et c'est par celle-ci que je vais commencer aujourd'hui. En effet, ayant parlé en dernier lieu du briquet, je ne vois rien qui vienne plus convenablement, après l'instrument qui sert à allumer le feu, que celui qui sert à le faire brûler avec activité, c'est-à-dire que le soujflet.
Vous savez tous, mes bons amis, quelle est la forme extérieure d'un soufflet; je n'ai donc pas besoin de vous la décrire. Le mécanisme de cet instrument est fort simple. Une des deux planchettes qui sont les pièces principales du soufflet, est munie d'une soupape. Lorsqu'on écarte ces deux planchettes il se fait
du vide dans l'intérieur, et aussitôt l'air extérieur pousse la soupape, pour s'introduire dans le soufflet et y remplir le vide qui s'y est formé. Quand on rapproche ensuite les deux planchettes, l'air dont le soufflet s'est rempli, presse la soupape et la tient fermé*, de manière qu'il ne peut s'échapper par cette même voie, et n'a d'autre issue que le bout du soufflet. Ainsi , en faisant mouvoir avec continuité les planchettes, on aspire de l'air |>ar la soupape et on le chasse par le bout du soufflet, alternativement.
11 est des cas où, pour rendre le feu très actif, ce souffle ne suffirait point, parce qu'il est nécessaire de souffler sans interruption. Tel est un feu de forge. On a imaginé, dans ce cas, un soufflet un peu plus compliqué, qu'on appelle soufflet à cleiu: âmes, c'est-à-dire. à deux souffles. Celui-ci a trois planchettes . dont l'une est placée, intérieurement, dans le milieu du soutflet. qu'elle sépare en deux chambres. Une des planchettes extérieures est munie d'une soupape, et il en est de même de la planchette intérieure. Dans le mouvement de ce soufflet, voici ce qui arrive: en écartant la plan chette extérieure à soupape, on remplit d air^~ mière chambre du soufflet. Puis, en rapprocl
même planchette, on comprime lair qui "^j^^^M*^^ qui referme par sa pression la soupape e|||i^^i»e>^^^'| une partie de cet air s'échappe par le bout, «fe^ aut^^^%^ (
partie pousse la soupape de la cloison et va remplir la seconde chambre du soufflet. Lorsqu'on recommence le mouvement , tandis qu'on aspire de l'air dans la première chambre, celui dont la seconde est remplie s'échappe par le bout, en sorte que chaque chambre soufflant à son tour, il n'y a jamais d'interruption. C'est ainsi qu'agissent les gros soufflets dont se servent les forgerons, et les petits soufflets à deux âmes qu'on préfère, dans les appartements, aux soufflets simples. Vous allez me demander maintenant comment il se fait, qu'en soufflant de l'air sur le feu,, on le fasse brûler avec plus d'activité. Il m'est facile de vous l'expliquer, et j'espère que vous n'aurez pas de peine à me comprendre.
Je vous ai déjà dit que l'air est un mélange de deux gaz, dont l'un est Yazote qui, seul, ne pourrait être respiré, et l'autre est Yoxigùne qui, s'il était respiré seul, userait la vie en peu de temps. L'oxigène est un corps nécessaire à la combustion; c'est par lui qu'elle s'opère; c'est en se combinant avec lui qu'un corps brûle. Aucun corps ne peut brûler sans oxigène, c'est pourquoi aucun corps ne peut brûler s'il n'est point en contact avec l'air ; et quand il est en contact avec l'air, il brûle parce qu'il s'empare de l'oxigène de l'air pour s'unir à lui. Si au lieu d'être en contact avec l'air, on mettait un corps enflammé en contact avec de l'oxigène pur, ce corps brûlerait avec une activité beaucoup plus grande que dans le premier cas.
D'après ces principes, vous concevez que, lorsqu'un corps brûle et s'empare peu-à-peu, pendant la combustion, de l'oxigène de l'air, cette combustion doit se ralentir, à mesure que l'oxigène s'épuise, si l'air n'est pas renouvelé. C'est pour cela qu'un feu ne peut bien brûler, qu'autant qu'il se trouve exposé à uu courant d'air. Quand ce courant d'air est très vif, il n'est jamais besoin de souffler le feu ; c'est ce qui arrive dans certains pocles ou fourneaux construits de telle manière, que le courant d'air qui s'y établit y exerce l'action continue d'un soufflet naturel. Mais, dans les cheminées, où ce courant d'air est beaucouj) moins actif, il est souvent utile d'avoir recours au souHlet artificiel, afin de fournir au foyer la quantité d'oxigène nécessaire pour que le bois s'enllainnie bien.
Vous voyez, mes amis, que chaque fois que vous soufflez le feu, vous faites une expériencedc physique, beaucoup plus intéressante que vous ne le pensiez probablement. N'est-il pas vrai qu'il vaut mieux pouvoir se rendre compte des phénomènes communs qui s'offrent à nous chaque jour, plutôt que de les voir si; répéter sans cesse sous nos yeux, sans jamais y réfléchir, ni chercher à les comprenche? I''aites-moi toujours des questions, mes jeunes amis Si vous avez
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quelque plaisir à répondre aux miennes, je n'en ai pas moins à satisfaire en vous, autant que je le puis, le très louable désir d'acquérir des connaissances utiles.
Un mot avant de finir: Je vous invite à ne pas briser les soufflets, si vous en étiez tentés, pour voir par vous-mêmes comment ils sont construits intérieurement.
COMPOSITIONS
Qui ont partagé le premier accessit du prix de la première division, décerné dans le numéro précédent.
Mon bon Génie, la sincérité consiste à ne rien dire contre la vérité, à ne jamais user de détours ni dans ses actions, ni dans ses paroles, à ne témoigner que ce que l'on éprouve, à ne dire que ce qu'on pense, enfin à être toujours vrai.
La sincérité est un devoir, parce que rien n'est plus mal que de tromper, et que la fausseté et le mensonge sont des vices bas et odieux qu'il faut fuir avec le plu'i grand soin.
Les avantages que l'on recueille pour soi-même de la sincérité sont, d'être cru au premier mot, d'inspirer de la confiance, d'obtenir de l'indulgence, si on a eu le malheur de commettre une faute, enfin , comme toutes les autres bonnes qualités, de nous faire aimer de ceux qui nous entourent.
Les résultats de la sincérité sont, pour la société, d'y faire régner la paix, l'union, la confiance, et cette sécurité qui nait de la certitude de pouvoir compter les uns sur les autres.
En nous donnant à définir des vertus et des bonnes qualités, en nous faisant reconnaître qu'elles sont des tievoirs, en nousfaisant apprécier les avantages qui en résultent pour nous et pour la société, je sens bien, mon bon Génie, que votre intention n'est pas seulement d'exercer notre esprit, mais aussi de former noire cœur et de nous engager à acquérir et à pratiquer ces vertus et ces qualités. Permettez-moi donc, mon bon Génie, de vous assurer que tous mes efforts tendent vers ce but, et que j'y travaille avec d'autant plus de plaisir et de courage, que je crois que c'est le meilleur moyen de vous prouver et ma vive reconnaissance et ma tendre affection.
CLANCHE REGNAULT, iisii: cli: 12 i.iis it Z, moi,.
Je suis presque sûre de ne pas mériter le prix que vous promettez, mon bon Génie; mais votre approbation, si je puis l'obtenir, m'est une récompense suffisante pour que j'essaye de répondre à une question qui me plaît particulièrement. Voici doue ce que j'ai il vous en diic:
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La sincérité, qui se montre autant dans les paroles que dans les actions, consiste à dire ce qui est vrai , et rien que ce qui est vrai, lors même que cela nous serait très désavantageux fsi jamais il peut être désavantageux de remplir son devoir), et à faire ce devoir, avec ou sans témoins, rien que pour l'amour du bien. Il ne faut pas confondre la sincérité avec cette franchise brusque qui fait dire aux autres des vérités dures, sans nécessité, qu'on pourrait tout aussi bien leur éviter en se taisant, et qui, lorsqu'on n a pas la possibilité de les corriger, ne servent qu'à leur faire une peine inutile.
La sincérité est un devoir, parce que Dieu l'ordonne aux hommes, et c'est sûrement pour leur bonheur, car tout ce qu'il leur commande est dans ce but, et parce qu'on pourrait dire qu'elle est le mobile de bien d'autres vertus, telles que la justice, la générosité, le désintéressement, etc.
La sincérité procure à la société une sécurité, sans laquelle les hommes ne pourraient vivre heureux ensemble, puisque rien ne rend si triste que d'avoir à se défier de ceux qui nous entourent; au moins je le pense ainsi , car je ne le sais pas par expérience. La sincérité est aussi du plus grand avantage pour celui qui la pratique, en lui donnant le bonheur d'être approuvé de ses parents et amis, et sur-tout de jouir de leur entière confiance.
Adieu, mon bon Génie, je pense et espère que je serai comptée au nombre des petites. J'ai dit ce que je pense aussi bien que j'ai pu, et vous regardez à l'intention, parce que vous êtes bon Génie. Votre affectionnée
AJfiUXE DE C acée Je 1 1 ans et demi.
COMPOSITION
Qui a obtenu le troisième accessit de la première division.
Mon bon Génie, voilà la première fois que je vous écris, parce que je trouvais cela trop difficile; mais enfin je me suis décidée à le faire. Je vais tacher de repondre à vos questions de mon mieux, quoique je n espère pas avoir un prix , car j'ai des concurrents fort habiles.
La sincérité consiste à ne rien déguiser, d'abord à ses parents, de ce que l'on fait, même de mal, même lorsqu'on craindrait d'être punie. Elle consiste aussi a ne pas se parer du mérite des autres et de leurs bonnes actions, et à dire, sur toute chose et en tonte occasion, ce que l'on croit être la vérité. Il ne faut pas confondre le bavardage qui fait dire à qui veut vous entendre ce qui se passe chez soi, avec la sincérité.
La sincérité est un devoir, parce que si nous cachons
à nos parents les fautes que nous avons faites, ils ne peuvent nous punir et nous corriger. xVlors nous devenons méchants, et nous leur causons beaucoup de chagrin. Elle est encore un devoir, parce que nous devons donner par-tout de bons exemples.
Elle nous procure l'avantage d'être aimé de nos parents et estimé dans le monde. On est plus flatté des louanges d'une personne sincère, parce qu'on a l'assurance qu'elle ne sait pas mentir. Lorsqu'on lui demande un conseil, on l'écoute avec confiance, parce qu'on est sûr qu'elle ne nous dira rien ni contre notre intérêt, ni contre notre devoir. Enfin la sincérité est bonne pour nous, en ce que quand nous avons fait une faute, nous sommes contents de l'avoir réparée, en l'avouant, et d'en avoir obtenu le pardon.
Voilà, mon bon Génie, tout ce que j'ai à vous offrir; je n'ose espérer que vous le trouverez bien; mais puisque j'en suis à la sincérité, je vous dirai que je souhaite fort que cela soit.
Adieu, mon bon Génie,
ANGÉLINE ROCHETTE, àeée de ii ans.
COMPOSITION
Qui a obtenu le deuxième accessit dans la seconde di«sion.
Mon bon Génie, la sincérité est une vertu qui nous fait dire la vérité et découvrir, sans qu'on nous le demande ni qu'on nous y force, nos actions à nos supérieurs. L'histoire de Cléobule que vous nous avez contée, est une action de sincérité. Je fais quelquefois de petites fables à papa, avec une morale que je prends à la fin de quelque fable d'Esope. Maman m'a conseillé de vous en faire une sur la sincérité; la voici, je l'ai faite de mon mieux.
Il L'Enfant et le Gâteau.
(I Une pauvre paysanne avait envoyé son fils porter i< une galette aux fiîs de son seigneur. La galette c< était enveloppée dans une serviette. L'enfant, après «quelques hésitations, mangea la galette, et cacha « la serviette. Mais aussitôt après, il s'en repentit vl- (( vement. De retour à la maison, il confessa sa faute, « et sa mère lui pardonna pour l'avoir avouée, n
Mon bon Génie, je vais vous conter à présent une action de moîi frère Ernest qui prouve qu'il a de la sincérité. Un jour il vint répéter une leçon sans s'être donné le temps de l'apprendre. Il répétait très bien. Maman qui tenait le livre sur ses genoux s'étonnait. A la fin, il avoua qu'il lisait à l'envers comme à l'endroit.
Mon bon Génie, la sincérité est un devoir, parce que l'on doit toujours dire la vérité. Si la sincérité
n'était pas un devoir, on se tromperait les uns les autres, soit en vendant des marchandises, soit autrement. D'ailleurs, si on manquait de sincérité, vos parents ou vos maîtres parviendraient toujours à savoir l'action qu'on n'aurait pas avouée. Par exemple: La paysanne aurait demandé si on avait trouvé sa galette bonne, ou en allant chez le seigneur, ou si le seigneur était venu dans le village et s'était arrêté chez elle. On aurait de même découvert l'adresse de mon frère, en le forçant de dire par quelle raison il répétait si bien sa leçon, quoiqu'il ne se fut pas donné la peine de l'apprendre.
Mon bon Génie, les avantages de la sincérité sont qu'on vous aime et qu'on vous croit. Par exemple: Cléobule fut félicité par ses maîtres, à cause de sa sincérité; la paysanne pardonna à son fils, à cause de sa sincérité; Maman n'a pas fait réapprendre, à ce que je crois, la leçon à Ernest, à cause de sa sincérité; dans l'histoire du journal 21 de la deuxième année, on était bien aise défaire quelques marchés avec le petit Antoine, marchand forain, parce qu'il ne trompait jamais personne, ce qui était de la sincérité dans son état.
Adieu, mon bon Génie, je tâche et je tâcherai, à toutes vos questions, de répondre de mon mieux. J'ai l'honneur, etc.
GABIJIEL dERCE VILLE, agi! de 9 ans et demi.