‹ Le Bon génieChapitre 1 sur 135 · QUATRIÈME ANNÉE DU B0>' GÉNIE · texte numérisé non relu

QUATRIÈME ANNÉE DU B0>' GÉNIE

Trois années se sont écoulées, mes bons et aimables amis, depuis que je suis en relation avec vous. Cette petite période marquera dans ma vie, comme un temps de bonheur; j'en conserverai toujours le souvenir, et j'espère un peu que vous le garderez aussi. Ceux d'entre-vous qui me connaissent depuis que j'ai commencé à faire ce Journal, comptent aujourd'hui trois ans de plus; leur raison, leurs sentiments ont acquis un perfectionnement heureu.x; leur instruction s'est fortifiée; la plupart, en correspondant avec moi, m'ont procuré le plaisir d'être témoin de leurs progrès, et ce m'est une pensée bien douce que celle d'avoir pu y contribuer peut-être pour une petite part. Ceux qui me connaissent depuis moins long-temps, n'ont pas acquis de moindres droits h mon tendre intérêt, à ma sincère affection; et j'ai dû être bien touché des regrets que quelques uns d'entre eux m'ont exprimés, de ne m'avoir pas connu plus tôt. Ceux, enfin, qui viennent tout nouvellement de grossir ma famille de lecteurs, doivent être bien assurés de me trouver dispose à reporter sur eux les mêmes senti-

ments. Je ié\-1aiiJC Icui auiilic, Icui L uiifîauce, .Cl j'y

répondrai de tout mon cœur; je leur saurai bon gré de me faire aussi jouir de leurs progrès; j'aurai le même plaisir à les voir acquérir des vertus et de l'instruction. Tous, tant que vous êtes, mes anciens et nouveaux amis, j'aime h bien augurer de vous, à vous présager des succès et du bonheur: je me plais à penser que, d'ici à quelques années, quand vous serez dans le monde, vous vous souviendrez encore avec affection de ce bon Génie qui aura eu quelque part dans les études et les plaisirs de votre enfance. Continuons donc des relations établies sous de si doux auspices, et qu'il soit bien convenu que je suis toujours votre ami et que vous serez toujours les miens.

CORRESPONDANCE

RÉPONSES AUX DEKMÉRES QLTSTIONS DU BON GÉNIE

Je suis bien charmé, mes chers correspondants, de l'empressement aimable avec lequel vous répondez aux questions que je vous fais sur mes fables; il me prouve qu'elles vous amusentet vous intéressent, et je ne vois pas avec moins de satisfaction que vous en saisissez parfaitement le sens nroral. Ainsi, le double but que je me propose en les composant, de vous

amuser et de vous donnei" de bous avis, se trouve atteint. Je dois donc être content.

Sans faire aujourd'hui un long préambule que rien ne rend nécessaire, je vous dirai tout de suite, qu'avant, selon ma coutume, divisé mes correspondants en deux sections déterminées par les àpes, je trouve, dans la première, trois lettres qui me paraissent devoir être insérées ici de préférence aux autres, parce que ce sont celles qui expriment le mieux le plus grand nombre d'idées justes sur le sujet de la fable des deux araignées. Ces trois lettres sont celles

de Mesdemoiselles Caroline L , Antoinette R. de la

M , et Célinie de B Les voici :

.. Mon bon Génie, deux leçons de morale me semblent principalement renfermées dans votre fable : la première, c'est qu'il ne faut pas dédaigner les avis d'une amie prudente; la seconde, cest que les goûts, même les plus innocents, lorsqu'ils se changent en passions, entraînent après eux les plus grands dangers.

il En effet, quoi de plus pardonnable en soi-même, que ce goût de notre jeune insecte pour la musique? Qui ne serait sensible au charme de cet art? Xoble délassement de l'esprit, il semble agrandir l'âme en la récréant! C'est par des chants que tous les peuples élèvent vers le créateur les accents de la crainte et ceux de la reconnaissance; et la harpe de David lui

servait à céléKrer In (jl<-»ire du SeiQiiei\r et r» i-liantor

les hvmiies de la pénitence.

«Cependant, quoiqu'on puisse pardonner quelque enthousiasme pour cet art, ce goût même, quelque noble qu'il soit, ne doit pas être poussé trop loin ; car il pourrait nous entraîner à négliger d'autres choses plus utiles et moins agréables; et comme l'araignée v a trouvé sa destruction, nous pourrions aussi v trouver plus d'un sujet de repentir.

a Aussi ne balancerai-je pas à applaudir à la sage conduite de l'autre araignée qui, tout en se procurant l'agrément d'entendre les harmonieuses vibrations de la harpe, sait cependant se tenir éloignée des mains ennemies. Si quelques faibles sons lui échappent, du moins aucun danger ne la menace. L'autre a joui un instant de tous les charmes do l'harmonie, mais que cet instant est court, et combien cher elle a payé ce plaisir fugitif 1

Il Quant à celles qui ont été s'exposer au même sort, quelle excuse pourrait-on alléguer en leur faveur? Opendant, telle est notre faiblesse, que rarement nous profitons, pour notre instruction, des exemples des autres; et cela, parce que le mal d'autrui ne laisse qu'une impression peu profonde, et qu'il faut que nous sovons frappés nous-mêmes, pour sentir dans toute sa force le poids d'une faute. Du reste, il me

semble qu'on pourrait assez bien comparer ces araignées imprudentes aux personnes qui vont, à l'entrée des spectacles, braver la foule et les meurtrissures, pour satisfaire une vaine curiosité; trop heureuses, si elles eu sont quittes pour un chapeau froissé ou un schall déchiré.

.1 Recevez, etc Caroline L »

Mon bon Génie, voici, je crois, le fruit qu'on doit recueillir de votre fable des Araignées : Elle tend à nous convaincre que chacun doit se contenter de la condition où l'a placé l'auteur de la Nature, et qu'il y a toujours du danger à s'en tirer pour acquérir des jouissances qui sont au delà de notre sphère; que parmi les défauts auxquels nous sommes naturellement enclins, la curiosité est peut-être le plus dangereux et celui qui fait le plus de victimes: c'est la curiosité qui a entraîné à sa perte la jeune araignée; qu'un excès de complaisance de la part des personnes que Dieu nous a données pour guides, nous devient ordinairement funeste, et que, loin de murmurer, nous devons leur rendre grâces, lorsqu'elles se refusent à quelques unes de nos exigeances ; qu'on s'expose aux plus grands dangers, et qu'on finit par se précijnter dans Tabvnie, lorsque, par une folle présomption, on repousse les avis de l'expérience et de la sagesse; enfin, qu'une fois engagé dans une mauvaise voie, on s'aveugle sur les dangers les plus imminents, et qu'on court -i sa riiinp graduellement et sans s en apercevoir.

.1 Je vois, dans la plus âgée des deux sœurs, un caractère faible qui, connaissant tout le danger qu'il y avait de quitter leur demeure, ne laisse pas néanmoins de fournir à sa cadette, par un excès de coniplaisance, l'occasion de rendre ses bons avis inutiles et de courir h sa perte. Cependant, si elle n'a pas eu assez de caractère pour résister à sa sœur, elle a eu assez de prudence pour se conserver elle-même, et le bon esprit de profiter des conseils qu'elle avait donnés, ce qui n'arrive pas toujours.

i' Qnant à la plus jeune, elle s'est laissé emporter par la curiosité; négligeant ensuite des avis salutaires, elle a passé de la présomption à l'imprudence, de l'imprudence à la témérité, de la témérité à l'audace : pouvait-elle ne pas succomber?

(i La conduite des araignées qui, après un exemple aussi frappant, ont péri dans le même danger, nous représente celle de tant de personnes qui, entraînées par la curiosité, l'ambition, ou par toute autre passion aveugle, se lancent témérairement dans une carrière où ont échoué bien d'autres qui les • ont devancées.

u Veuillez, etc., etc

î) Antoisette R. de la m à Marseille"

«Mon bon Génie, je crois que le sens moral de votre fable est, qu'on ne doit pas chercber à sortir de son état, quand on est à-peu-près bien, et que la médiocrité est la situation la plus favorable au bonbeur des personnes sages. Je pense que la jeune araignée fut une imprudente de ne pas s'en rapporter à l'expérience de sa compagne. Je pense aussi que vous avez voulu nous faire comprendre, que le goût des plaisirs bruyants et de la dissipation, est la source de la perte d'un grand nombre de jeunes personnes, surtout de celles qui sont nées dans l'obscurité. Je pense que la plus âgée des araignées eut tort de suivre sa sœur dans un lieu dont elle connaissait le danger. Si elle eût refusé de la suivre, elle lui eût probablement sauvé la vie, car la jeune imprudente ne se serait pas exposée seule. C'est ainsi que, dans certains cas, la complaisance est une faiblesse. Quant à la conduite des autres araignées, elle est sans excuse, et malbeureusement elle n'est que trop ordinaire , puisque toutes les fautes que l'on peut commettre ont déjà été commises, et que les suites funestes qu'elles entraînent nous sont connues au moment où nous succombons à la tentation. Les jeunes personnes qui veulent se préserver de tout danger, doivent donc écouter et suivre en tout les avis de leurs mères, dont l'expérience les dirigera sûrement.

u .Agréez, etc Célime de B , à Caen. »

J'ajoute quelques pensées extraites d'autres lettres :

Il Je compare ces araignées à nous : si nous ne nous conduisions pas bien, nous serions plus coupables que ceux qui n'ont ni parents, ni bon Génie. Nos parents et vous, nous donnez de bons avis et de bons exemples: tâchons d'en profiter, et de ne pas imiter les araignées étourdies dont vous nous avez parlé." {W' Sopliic Ch....)

Il L'étourderie et l'envie de s'amuser peuvent entraîner h bien des sottises. n{M"'u4UneL , à Baugé.)

<i Les imprudences d'autrui et leurs suites ne nous corrigent pas : nous présumons de nos propres forces, et nous pensons que nous échapperons au péril que les autres n'ont pu éviter. » (M"' Aufjnstine , au Lude.)

«Celui qui, se fiant à ses propres lumières, dédaigne les conseils de ceux' qui s'intéressent à son sort, s'en repentira tôt ou tard. « (M"' Clcmencc de F...., a ViUebadin.)

«Il faut toujours donner des avis aux autres, pour les empêcher de faire le mal ou de s'exposer à quelque accident. CiC n'est pas au moins notre faute, quand celui à qui nous donnons des conseils, se perd par son imprudence et son obstination.» (M. .ambrais,' Bennclirf, à La Flèche. )

<i Quoique vous n'avez rien demandé sur Phœdore, j(; dirai, en passant, que je trouve quelle a niai fait de faire tuer ce pauvre innocent insecte qui ne pouvait lui faire aucun mal. D'ailleurs, elle était bien sotie, il me semble, de crier pour une araignée.» (M','" Ariane de C , à Montfleury. )

Je me bornerai à mentionner les lettres de: M"° Stéphanie de F....; M"" C. A.^ de Saint-Martin-le-Beau;

M"» E.G., de Nancy; M"' Virginie B , de Metz:

M. Adelphe Lindt; et >L Emile Thomas.

Dans la seconde section, composée de mes plus jeunes correspondants, j'ai cru devoir choisir, pour lui donner place dans cette feuille, la lettre suivante, qui est de Mademoiselle Marie de J/.... :

"Mon bon Génie, à mon avis, le sens moral de votre fable est que, quand Dieu nous a placés dans un état qui doit contenter nos désirs, nous ne devons pas chercher à en sortir, sur-tout par l'attrait dune vaine curiosité.

« La vieille araignée, sans être tout-à-fait exempte d'imprudence, puisqu'elle a suivi sa sœur dans des lieux dangereux pour elles deux, a peut-être été dirigée par le désir louable de la préserver, autant qu'il était en son pouvoir, des dangers qui pouvaient lui arriver. Si tel était son but, sa démarche, quoique un peu imprudente fait l'éloge de son cœur.

" Quant aux autres araignées, qui n'ont pas voulu profiter (le la leçon, et sont allées, de gaieté de cœur, se jeter au milieu des périls, ce sont des téméraires qui ne méritent aucun intérêt.

«Veuillez, etc Marie de M.... (9 ans.) »

Les pensées qu'on va lire, sont extraites de ([uelques autres lettres de cette seconde section :

« La conduite de l'aînée de vos deux araignées, me paraît pleine de prudence. D'ailleurs, quand elle dit à sa jeune sœur :

« Si ce plaisir vous est si iloiix.

« Descendons

« Mais n'avançons pas trop, et prenez garde .î vou> ! ••

on voit briller dans ces simples paroles, K; prudence et la complaisance. » (M"' Cécile de /'...

«Il faut savoir maîtriser ses fantaisies, et ne pas sacrifier la douce paix que l'on trouve dar 1 l'intérieur de sa famille, dans les plaisii^ de l'amiti-l, pour courir après les plaisirs du monde, brillants i-nais dangereux. » (M"' Louise D )

«Chacun doit rester où la providence la place: désirer s élever est luie pensée contraire à son p.'opre bonheur. » (M"" Emma de F...., à ViUebadin. )

a Je pense que les autres araignées étaient encore plus imprudentes que la première; elles savaient la

faute, la punition cruelle, et elles courent mourir. J'ai souvent vu les papillons voler ainsi , se brûler à la lampe. Toutes ces étourdies sont des bécasses. » (M. Jfred de F....)

Je puis encore mentionner, comme très satisfaisantes, les lettres de cette même section qui portent les sijjnatures suivantes :

W' Amélie JV...... à Corbeil; M"' Jlmee I^ , à

Besançon; M"' ieon/e D , à Lyon; M. Anatole de

T..... y a Autun; M"' Eugénie M.....; M. Louis Beauchef , à La Flèche.

EXPLICATION DE LA DERNIÈRE CHARADE

Le mot de ma dernière charade est étaix, dans lequel on trouve e et tain.

Un {jrand nombre^de mes correspondants et correspondantes l'ont devinée, et m'en ont donné l'explication d'une manière très satisfaisante; mais comme j'avais déjà parlé, dans mon Journal, de Vétain et du tain, ces explications rentrent naturellement un peu dans ce que j'avais dit moi-même à ce sujet. Je crois donc pouvoir me dispenser de reproduire ici des faits répétés dans les lettres qui m'ont été écrites. Je ne résiste pas toutefois au désir d'en insérer ici au moins une, qui m'a paru d'autant plus intéressante qu'elle est d'une de mes plus jeunes correspondantes, Mademoiselle Cécile de F.....'

u (Quoique je ne doive consulter personne, je n'ai pu, mon bon Génie, m'empécher de vous consulter vous-même, et jai trouvé dans vos journaux des articles sur Yétain, sur le miroir, et une jolie petite histoire, intitulée: Les petits Miroirs.

«Le premier est la voyelle e; le dernier est tain; le tout «est étain.

(I Le tain est une composition de mercure et d'étain.

(( Vétcin est un métal. Vétain n'est qu'une partie du taiii qui, placé derrière le verre, forme les miroirs. Les miioirs rendent quelquefois vaines les jeunes demoiselJcs qui s'y regardent souvent. Lorsqu'on se met en colère ou que l'on pleure, si les yeux rencontraient une glace, on cesserait bien vite, parce qu'on serait honteux de se voir dans un tel état. Mais les yeux d't'ie bonne mère, comme vous l'avez dit, sont deux petits miroirs, dans lesquels un enfant peut lire la règh' de sa conduite. « Cécile de V »

Je ^ons préviens, mes bons amis, que c'est dans le N" de dimanche prochain, que sera décerné le prix de sem<;stre, pour les meilleures réponses qui ont été %.Vies à mes questions depuis le i" novembre dernier.

RÉPONSES DU BON GÉNIE

A DIVERSES QUESTIONS DE SES JEUNES AMIS

En répondant cette fois à mes questions, on n'a pas manqué, comme de coutume, de m'en adresser plusieurs. Il y en a même, dans le nombre, qui m'entraîneraient à de fort longues et fort intéressantes explications; mais, comme il ne me reste que peu de place aujourd'hui, j'en vais choisir une à laquelle je puisse répondre en peu de mots.

On m'a demandé ce que c'est que le Bétel. -

Le Bétel est une plante qui rampe ou grimpe comme le lierre, le long des arbres ou des supports auxquels elle s'attache par de petites racines. Sa tige est flexible et sarmenteuse, comme celle de la vigne; sa feuille presqu'en forme de cœur, longue et rétrécie à son extrémité, à-peu-près comme celle du liseron ; ses fleurs sont disposées en épi serré. Le bétel croit dans toute l'Inde, et la culture en est très avantageuse, à cause de son usage habituel. A toutes les heures du jour, et même pendant la nuit, les Indiens mâchent des feuilles de bétel, qui ont une saveur amère, mais dont l'amertume est corrigée au moyen de ce quon enveloppe dans ces feuilles un fruit nommé arèque, qui croît sur une espèce de palmier. Les gens riches ajoutent souvent au bétel différents parfums qui flattent leur sensualité. Toutes les classes d'Indiens en font une consommation continuelle : on prend da bétel après les repas; on mâche du bétel durant les visites; on s'offre du bétel en s'abordant, en se quittant; il faut en avoir la bouche toujours parfumée, à moins qu'on ne doive se présenter à ses supérieurs; enfin, on ne peut se séparer avec bienséance pour quelque temps, sans se faire mutuellement présent d'une bourse remplie de bétel. Cette dernière pratique est une manière de se recommander au souvenir de ses amis; et vraiment on doit être satisfait, si ce présent rappelle celui qui l'a offert à la mémoire de celui qui l'a reçu , toutes les fois que ce dernier en fiiit usage.

On m'a demandé l'explication des effets du prisme qui décompose la lumière en rayons colorés; ou m'a demandé pourquoi , lorsqu'on se regarde dans le côté concave d'une cuiller, on se voit le visage renversé : ces questions me forceront à vous donner, sur la lumière, des notions qu'il ne me sera pas très facile de rendre bien intelligibles pour vous. Cependant, j'espère y parvenir, comme je crois l'avoir fait l'année dernière pour l'électricité; mais il me faut un peu de temps, car je ne veux vous présenter des explications à ce sujet, que quand j'aurai réussi à les rendre parfaitement claires.

Imprimerie de JULES DIDOT AÎNÉ, imprimeur du roi, rue du roni-dc-Lodi , n" C.

Dimanche, i3 mai 1827.

Le prix de l'abonnemeni est , pour Paris , de 2 2 francs par an , ei de 12 francs pour liz mois. Pour les départements, de 24 francs par an , et i3 francs pour sis mois.

Bureau de l'abonnement, chez Locis CoLA5 , libraire, rue Daupbine , n° 32; et chez les principaax libraire»

et directeurs des postes des départements.

Voici, mes bons amis, un des deux numéros de ce Journal que vous avez, chaque année, le plus de plaisir à recevoir et que j'ai aussi le plus de plaisir à vous adresser. Je ne regrette qu'une chose, quand reviennent les époques consacrées à ces petits encouragements, c'est de ne pouvoir les multiplier assez pour vous montrer à tous combien je suis charmé de votre correspondance, et quelle jouissance j'éprouve à observer les progrès de vos idées et de votre facilité à les exprimer. Vous allez voir au moins que je ne laisse pas échapper l'occasion d'augmenter le nombre de ces encouragements, aussitôt que je trouve un prétexte pour le faire. J'avais coutume de ne donner qu'un seul prix de semestre; mais comme, pendant le cours des six derniers mois, j'ai constamment établi une division entre mes plus jeunes .correspondants et les plus avancés, comme j'ai fait plusieurs fois des questions distinctes, adressées spécialement aux uns et aux autres, je ne crois pas devoir oublier aujourdhui cette division, et je vais donner deux prix, afin qu'il y en ait un pour chaque section.

,Je nai sûrement pas besoin de vous redire comment je procède pour décerner ces prix de semestre.

et vous vous rappelez sans doute ce que je vous ai déjà expliqué en pareille occasion : vous savez que je tiens un compte important de l'assiduité avec laquelle on a répondu à mes diverses questions; que je fais entrer aussi , dans ce compte, les explications des charades proposées dans le Journal, et même les lettres écrites spontanément sur d'autres sujets ; vous savez enfin , que le prix appartient à celui ou à celle qui m'a adressé, pendant le semestre, le plus grand nombre de réponses et de lettres supérieures à celles de ses concurrents.

Pour donner aujourd'hui ces prix avec pleine connaissance de cause, j'ai repris et dépouillé de nouveau toute votre correspondance, à dater du mois de novembre dernier; et vous pouvez être assurés que rien ne m'a échappé, car j'ai fait ce petit travail, non seulement en conscience, mais avec beaucoup de plaisir. Je voudrais que vous me vissiez devant un bureau tout couvert de vos lettres, arrangées par ordre, classées par petits paquets, selon leur nature; je suis sûr que ce spectacle vous amuserait. ». Eh quoi! mon bon Génie, me diriez-vous; vous conservez toutes ces paperasses? — Oui sans doute, et avec grand soin. Est-ce qu'on ne doit pas conserver les lettres de

ses amis? "

Mais voilà que je me laisse aller à jaser, et que je

vais entamer avec vous une conversation intempestive, au lieu de vous dire bien vite ce que vous avez probablement envie de savoir. Pardon, mes bons amis; encore un mot seulement, et je ne vous retiens pas plus long-temps : ne pouvant donner des prix, des accessit et des mentions honorables à tout le monde, je prie ceux et celles qui n'en auront pas obtenu cette fois, de recevoir, à titre d'encouragement, la nouvelle expression de l'estime et de la sincère affection du bon Génie, qu'ils partagent avec leurs émules plus heureux.

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