‹ Le Bon génieChapitre 98 sur 135 · LE PLAISIR DE DONNER · texte numérisé non relu

LE PLAISIR DE DONNER

Vous venez, chers amis, de recevoir beaucoup de présents; on a été au-devant de vos vœux, on a satisfait tous vos désirs, on vous a comblés. Que votre joie a été vive! que vos surprises ont été douces! Il vous semble que ce soit là le plus grand des plaisirs, que ce soit presque le bonheur. Cependant, s'il en est parmi vous, comme je dois le croire, quelques uns qui n'aient pas été seulement dans le cas de recevoir des présents, mais qui aient eu l'occasion d'en faire ceux-ci ont pu comparer le plaisir de donner avec celui de recevoir, et je nedoute pas qu'ils n'aient senti combien le premier a plus de charme et de douceur. 11 est mainte occasion où l'on peut souhaiter d'être riche; c'est un vœu qui se présente tout naturellement»^ lorsqu'on rencontre des malheureux et qu'on se sent

dans Timpulssance de changer leur position. Mais indépendamment du bonheur d'exercer la bienfaisance, de soulager l'infortune, il est encore un plaisir de donner, à ceux même qui n'ont pas besoin, et seulement pour leur procurer le plaisir de recevoir. C'est pour cela que tous les ans, à cette époque, je regrette de ne pouvoir pas distribuer des pre'sents à mon aise, selon l'impulsion de mon cœur et de mon imagination. Il me semble que j'en inventerais de mille façons, que je les offrirais de mille manières diverses, que je causerais les plus étranges surprises; et je puis vous assurer que je jouirais copieusement de la satisfaction que je procurerais. Je m'adresse à ceux et celles d'entre vous qui ont donne' des étrennes à leurs jeunes frères et sœurs, ou a des amis, ou surtout à leurs parents même : est-il rien de plus doux que le moment où l'on est témoin du plaisir que l'on cause? Vous m'avez écrit, dans le temps, de fort jolies choses sur la bienfaisance, sur les émotions qui accompagnent l'accomplissement de ce devoir. Mais ici, il n'est pas question de devoir; c'est un témoignage, tout-à-fait libre et volontaire, de bienveillance et d'amitié; ceux à qui vous donnez n'ont besoin de rien, ainsi vous n'avez pas le regret de ne point donner assez; ou bien, si ce que vous donnez leur est tout à-la-fois utile et agréable, du moins cela n'était pas indispensable, c'est une douceur, à laquelle ne se mêle la pensée d'aucune autre privation. Ainsi tout est plaisir; il n'y a pas de larmes, même de tendresse ou de compassion; il n'y a que des sauts de joie, que de la gaieté. C'est un plaisir, en vérité, qui vaut la peine qu'on se prive de quelques autres pour se le réserver. Plusieurs d'entre vous le savent déjà par expérience, et je suis convaincu que les autres en sont avertis d'avance par l'instinct de leur cœur.

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