MEMOIRES DE M. DE COLLARGEAUX
Le manuscrit des Mémoires de M. de Cotlarceaux a été découvert et va être publié, dans quelques mois, par M. Pierre de Nolhac, l'éminent historien du Palais de Versai/les. Le lecteur trouvera dans la préface de M. de Nolhac tout le détail désirable sur ce quêtait M. de Col/arceaux et sur le caractère de ses écrits. Je n'en détacherai que quelques fragments que je dois ti l'aimable complaisance de M. de Nolhac.
« Je ne veux point prétendre, dit M. Pierre de Nolhac (i), que Collarceaux soit un écrivain de génie, un témoin de toute sûreté. Néanmoins, son journal a une valeur indiscutable et mérite d'être consulté. La place de Collarceaux est désormais assurée parmi les mémorialistes du grand siècle. Certes notre auteur n'a point la verve de Tallemant des Réaux, ni la perfection délicate de Mme de Se vigne, ni l'abondante impartialité de Dangeau. Saint-Simon, qui dépasse tous ses rivaux, surpasse
(i) Mémoires de Collarceaux, 2 volumes. in-8°. Pion etNourrit.
aussi celui-là, mais on en lira tout de même avec plaisir, pensons-nous, les extraits que nous en donnons ici. Ce nouveau venu renseigne, sinon avec certitude, du moins avec minutie. J'ajouterais même qu'il renseigne trop. La crudité de l'expression gâte souvent ses meilleures pages. Aussi ai-je été obligé d'en raccourcir quelques-unes et d'en passer beaucoup. Dans celles que j'ai cru pouvoir conserver, on remarquera souvent un goût de bouffonnerie et de médisance dont on m'excusera d'avoir laissé quelques traces, mais c'est une marque de l'époque, qu'il ne convenait point d'effacer entièrement. Les plus honnêtes gens d'autrefois ne se privaient point de ce qui paraîtrait le plus risqué à ceux d'aujourd'hui. Ils ne s'en voulaient ni à eux-mêmes ni aux autres d'être ainsi. N'est-ce point Mme de Maintenon elle-même qui a dit: « Un peu de crapule se pardonne en ce tempsci (i) » ?
Tels qu'ils sont, ces Mémoires sont dignes d'intérêt, — et nul n'était mieux désigné que M. de Nolhac pour le difficile travail de faire un choix dans le fatras de M. de Collarceaux : M. de Collarceaux a écrit presque autant que Saint-Simon
(i) Lettres de Mme de Maintenon, citée dans la préface de M. Feuillet de Conches aux Mémoires de Dangeau, édition de MM. Soulié et Dussieux.
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et Dangeau, et ses papiers remplissent de nombreux portefeuilles. Aucun ordre et aucun plan, mais un mélange de récits, d'anecdotes, d'historiettes, de vaudevilles et même de caractères et de portraits, faisant suite à des morceaux de politique et à des relations d'événements. Des entretiens et même des recettes et des prières, que M. de Collarceaux composait ou recueillait pour son usage particulier. C'est de tout cela que M. de Nolhac a tiré les deux volumes qu'il va nous offrir. Il a su prendre le meilleur et le plus substantiel, et je n'aurais jamais songé à recourir à mon tour au manuscrit même de M. de Collarceaux, sans une circonstance personnelle.
Dans sa Préface, où M. de Nolhac nous fait si finement connaître à quelle sorte d'homme nous avons affaire en M. de Collarceaux, il dit que ce curieux personnage était delà maison de Chamissg. En effet, Louis-Jules-Roch de Chamissg, comte de Collarceaux et de Vulcroix, seigneur de Nonanville et de Valangreg, était le propre neveu de Chamissg, le lieutenant général, tué à Dortmiide en i6jj, et de Sulpice de Chamissg, abbé du Val-Notre-Dame. J'en pris la curiosité de chercher dans les portefeuilles de Collarceaux si jen'g rencontrerais point d'autres mentions de ses parents. J'espérais mieux encore, d'autant que M. le maréchal de Manissart paraît déjà, à plu-
sieurs reprises^ dans lesExtraits de AI. deNolhac. Mon attente ne fut point trompée. Le nom de M. de Pocancy me tomba sous les yeux et ce fut ainsi que je trouvai en M. de Collarceaux maint éclaircissement sur le héros de cette histoire. Je les donne ici en marquant d'un astérisque ceux qui figureront dans l'édition de M. de Nolhac. Peutêtre le reste, inédit jusqu'à présent, Veut-il pu demeurer sans grand dommage, car M. de Pocancy ne joua d'autre rôle dans son siècle que d'y avoir vécu, comme nous vivons dans le nôtre, ce qui risque fort d'être assez indifférent aux temps à venir et aux gens ui viendront.