AU LECTEUR
M. E.-Z. Massicotte, l'archiviste en chef du palais de justice de la métropole, qui collectionnait déjà, à cette époque, tout ce qui concernait l'histoire de Montréal — l'étude de sa vie — ne manqua pas de découper ces causeries remplies d'intérêt et, après trente ans, il nous les remet avec des annotations précieuses, fruit de ses patientes recherches.
Sous sa nouvelle toilette. Le h on vieux temps forme donc un document historique de grande valeur et qui devra obtenir un succès durable auprès de ceux qui savourent les choses du pasisé.
L'ouvrage est divisé en deux séries : la première comprend les articles parus durant l'année 1884 et la seconde ceux qui furent publiés en 1885. . ,
N. B. — La plupart des notes, suivant la coutume, sont rejetées au bas des pages, mais lorsque le compilateur s'est contenté de corriger ou d'ajouter, des points de suspension remplacent les mots reti'anchés et les mots nouveaux sont mis entre crochets, afin que le lecteur sache que le texte est modifié.
Les Editeurs,
COMMENT ON ARRETA UN INCENDIE EN 1819. — LE PRÉ-AUX-CLERCS DE MONTRÉAL.
Le 26 janvier 1819, vers deux heures de l'après-midi, le feu éclatait dans un grand entrepôt de lard et de farine, situé â la Pointe-'à-Callières et appartenant à M. D. W. Eager. L'incendie avait [débuté] dans l'étage supérieur du bâtiment ec les flammes commençaient à ravager la toiture en bardeau, lorsque les pompes arrivèrent sur le terrain.
Le service des pompiers fut paralysé par le fait que leurs pompes étaient gelées. Il fut impossible de prendre de l'eau à la rivière qui était recouverte par un manteau de glace très épais dont les plis débordaient sur la rive. Il aurait fallu un travail de plus d'une heure pour y creuser des puits, Une foule d'environ 1,000 personnes était témoin de la conflagration et ne prenait aucun moyen pour arrêter les ravages du feu.
La terre était recouverte par une épaisse couche de neige humide qui se " pelottait " facilement. Un monsieur Corse eut une idée lumineuse, qu'il suggéra à la foule, c'était de faire pleuvoir sur le bâtiment en flammes une grêle de boules de neige.
Aussitôt dit, aussitôt fait. Chacun s'arma de boules de neige et s'avança à l'assaut. Le bâtiment fut assailli sur ses quatre faces et, en quelques minutes, les flammes furent étouffées sous une véritable avalanche de neige.
Les octogénaires de Montréal se rappellent tous cet incendie qui fut remarquable par le moyen extraordinaire auquel on eut recours pour l'éteindre. L'entrepôt de ^î. Eager n'était pas une bicoque, c'était un bâtiment qui contenait au moins 800 barils de lard et plusieurs centaines de sacs de grain.
En 1819, le Pré-aux-Clercs de Montréal était la commune désignée sur les vieilles cartes, sous le nom de plaines de Sainte-
Arme. C'était un immense terrain vague en dehors des limites de la ville. Le rendez-vous des duellistes était presque toujours au " bloek-house " de McCord, situé au milieu de la conmiune à l'endroit oir se trouve aujourd'hui, l'intersection des rues Wellington et Duke.
On ne parlait jamais de rencontres à l'épée ; les affaires d'honneur se décidaient toujours au pistolet. C'est près du " block-house " de McCord qu'eut lieu, dans le mois de mai 1819, le duel entre M. Michael O'Sullivan, avocat, plus tard juge en chef (1) et le docteur Caldwell, ex-chirurgien de l'armée anglaise et rédacteur d'une feuille tory appelée le Canadian Courant.
Le docteur Caldwell était un presbytérien fanatique qui s'était engagé dans une polémique religieuse avec M. O'Sullivan. Cette polémique s'envenima à tel point que des paroles injurieuses furent échangées des deux côtés. Il fut décidé que la querelle se viderait sur les plaines de Sainte-Anne. O'Sullivan tira le premier et manqua son homme. Le docteur Caldwell visa son adversaire avec sang-froid et sa balle alla se loger dans la cuisse d'O'Sullivan. Les vieillards nous disent que vers 1820 des duels de ce genre étaient assez fréquents, maiis aucune de ces rencontres ne fut fatale.
En 1819, M. Charles B. Pasteur, a^cat, publiait un journal hebdomadaire appelé le Spectateur Canadien, publication qui dura plusieurs années. Les bureaux du journal étaient sur la petite rue Saint-Jacques, entre la Place d'Armes et la rue Saint-Lambert, [maintenant Saint-Laurent]. Le premier almanach des adresses de Montréal a été préparé en 1819 par un monsieur Thomas Doige. C'était un petit volume d'environ 200 pages. Les exemplaires en sont très rares aujourd'hui. (1)
3 janvier 1885.
(1) ^Michael O'Sullivan dont la mère était canadienne-française et qui parlait notre langue facilement fut avocat, député de Huntingdon, solliciteur-général et juge. Aide-major de Salaberry, il commandait en second à Cliâteaugriay et il a laissé de cette bataille un récit tr&s apprécié, signé du pseudonyme : Vn témoin oculaire.
(1) De l'édition de 1819, on croit qu'il n'en existe que cinq ou six exemplaires. L'année suivante, M. Doige publia une édition révisée de son almanach et cette édition est encore plus rare que la première, car on semble n'en connaître que deux exemplaires. !M. Watcrs, bouquiniste bien connu, a édité une réimpression de la première édition.