‹ Le bon vieux temps; (volume 2)Chapitre 36 sur 51 · PAIX, ETC · texte numérisé non relu

PAIX, ETC

Hier, en fouillant les archives de la Cour Supérieure, j'ai trouvé un procès relatif à l'esclavage dans la province de Québec en 1768. Ce matin, M. Schiller, greffier de la Couronne, me disait que vers 1825, il a connu un esclave à Montréal, probablement le dernier de la province. C'était un nègre, âgé d'environ soixante ans, avec la chevelure toute blanche. Ce nègre appartenait à M. James McGill Desrivières qui résidait dans une maison formant l'encoignure des rues Craig et Saint- Urbain. (1)

L'esclave canadien n'était pas traité, par son maître, comme celui qui a été dépeint par Mme Harriet Beecher Stowe dans la case de l'Oncle Tom. Son travail n'était pas pénible et sa conduite n'était pas abjecte comme celle des noirs dans le Sud. L'esclave de M. Desrivières était considéré comme l'enfant de la maison.

A propos d'esclaves, je dois dire que le cimetière des nègres, à Montréal, en 1800, était un lopin de terre situé au soin des rues Saint-Jacques et Saint-Pierre, précisément à l'endroit où est bâti le Mechanic's Institute.

Le registre le plus ancien du département du greffier de la couronne conservé dans les voûtes du palais de justice, est un vieux volume de trois cents pages, à la reliiire grillée par un incendie.

Ce livre contient les procès-verbaux de la Cour des Commissaires de la l'aix à Montréal, de 1785 à 1804.

( 1 ) L'auteur commet ici une erreur qu'il rectifie à la paj^e 4fi.

36 LE BOX VIEUX TEMrS

Le première séance mentionnée dans le volume est celle de mardi, le 23 août 1785, sous la présidence de MM. Benjamin Frobisher, Pierre Guy et James Finlay. On y a entendu la cause de Samuel Adams et de sa femme contre John McNeil accusé d'avoir proféré des menaces contre les demandeurs. Le défendeur a été acquitté, mais la cour lui a conseillé de ne pas renouveler ses menaces.

La deuxième cause, qui a été entendue le lendemain, est celle de Bonaventure Viger contre le sieur de la Brocquery et Auguste Quintal.

Les défendeurs ont été condamnés à l'amende pour avoir laissé errer sept cochons.

Le document le plus ancien se rattachant au greffe de la paix est un bref de sommation dans la cause de Xicolas Prud'homme, sous-voyer, demandeur contre J. B. Monet, Jean-Baptiste Gougeon et autres de la Côte Saint-Luc.

Le papier e«t daté du 11 jiiillet 1780 et signé par Jacques Lemoine, un des commissaires de la paix et J. Burke, greffier de la paix. Les défendeurs étaient accusés d'avoir négligé de réparer les clôtures de leurs champs à la Côte Saint-Luc.

Les frais de la Cour ont été taxés à 9 francs 12 sous.

Il existe beaucoup de lacunes dans les archives criminelles du palais de justice de ^Montréal, parce que deux fois, il a fallu les sauver dans des incendies, le palais de justice ayant été incendié le i7 juillet 1844 et en 1801. (1)

Le palais de justice qui a été détruit par le feu en cette dernière année était situé au coin nord-ouest des rues Kotre-Dame et Saint-François-Xavier, en face de l'extrémité ouest du Cabinet de Lecture Paroissial. (2) A l'incendie de 1844, tous les

(1) Dans ce paragraphe et le suivant, l'auteur a dil mêler ses notes hâtives. Le premier palais de justice fut construit en 1709-1800 et incendié en 1844, non en 1801. Il fut en danger, le 6 juin 1803, alors que l'ancien couvent des Jésuites, leur chapelle et la prison, sis à l'est du palais de justice, furent rasés par un incendie qui consuma même le collège de Montréal, dans le vieux château de Vaudreuil, rue Saint- Paul, entre les rues Saint-Vincent et Saint-Charles (maintenant place Jacques-Cartier) .

(2) L'édifice auquel l'auteur fait allusion est celui qui servait, sous le régime français, aux tribunaux. Ceux-ci en étaient partis depuis 1773 pour occuper la résidence des Jésuites. En 1800, la Justice déménagea dans son palais et y demeura jusqu'en 1844, tel que dit plus haiit.

Le Cabinet de Lecture paroissial a été démoli en 1911 et remplacé par l'immense Transportation Building.

procès-verbaux des sessions hebdomadaires et spéciales de la paix ont été détruits.

Il y a des naïvetés extraordinaires dans les vieilles paperasses de la Cour des Plaidoyers Communs, ainsi en tête d'une déclaration datée le 12 février 1T78, je vois :

" Basil Proulx, demandeur contre Germain Maugener, le mari de Josephte Legault son épouse, défendeurs."

L'orthographe et le style des avocats étaient déplorables. Les avocats dont, les noms figurent les plus souvent dans les dossiers de 1768 à 1778 sont Pierre Panet, Mezières, Foucher et Sanguinet^

Sanguinet avait la calligraphie la plus négligée et l'orthographe la moins soignée.

Voulez-vous un procès-verbal d'huissier, on voici un :

" Je soussigné Sertifie avoir signifié La Présente à la Pointe Claire, M'étant Esprès transporté au domicile De la femme du défendeur, En parlant à sa Personne auquel n'en ygnore et se Du même Jour que la Présente -ma été Eemi à trois heures après midis Samedix 7è jour de février 1778.

par moy Mantas." 5 février 1885.

LES DIX CLOCHES ET LE BOURDON DE NOTRE-DAME. — L'OPÉRA FRANÇAIS À MONTRÉAL, EN 1843.

Les dix cloches qui sont suspendues dans la tour de l'Est de l'église Notre-Dame ont été posées dans le mois de juillet 1843.

La bénédiction de ces cloches s'est faite le jour de la Saint- Pierre, jeudi 29 juin 1843, avec une pompe extraordinaire, au milieu d'un grand concours de personnes de tout âge et de toutes croyances.

Un journal de l'époque dans son compte rendu de la cérémonie dit :

Bientôt la musique se fait entendre, les parrains et les marraines sortirent de la sacristie, précédés des habillements des cloches que portaient des enfants de chœur et tous furent se placer vis-à-vis leur cloche respective.

Les habillements consistaient en magnifique velours et drap d'or fleuri, importé de France, pour chapes, chasubles, dalmatiques et en tulle et dentelle brodées à l'aiguille ou au tambour.

Une des cloches porte des habillements de deuil et annonce, hélas ! que le donateiir n'est plus. Le Eév. M. Eoupe fit un sermon approprié à la cérémonie qui commença immédiatement après le chant des psaumes et un air d'orchestre.

Voici la liste des parrains et des marraines :

1ère cloche : M. Quiblier, seul, représentant le séminaire de Montréal :

2ème cloche : M. et Madame Furniss;

3ème cloche : M. et Madame Donegani ;

4ème cloche :'M. et Madame Berthelet;

oème cloche : Madame Veuve Quesnel était représentée par M. Fred Aug. Quesnel et Madame A. Laf ramboise ;

6ème cloche : M. et Madame Hubert Paré ;

7ème cloche : M. L, S. Parent, curé de Eepentigny, seul;

Sème cloche : M. Jean Bruneau ne pouvant assister, s'était fait remplacer par deux de ses jeunes enfants;

9ème cloche : M. Maurice Laframboise et DUe Elmire de Eocheblave ;

lOème cloche : M. Augustin Perrault, représentant M, et Madame Bouthillier qui n'ont pu venir de Kingston pour cette cérémonie.

Les habillements des cloches coûtaient $1,600 partagés entre les donateurs. La cloche de M. Quesnel, en deuil de son donateur, portait en outre un échantillon de velours coupé d'après une pièce, dont la veuve avait fait cadeau à la fabrique. Les cloches ont coûté avec leur battant et leur monture près de £1,000. Si on y ajoute le fret, l'assuranoe, l'échange, frais de douane, les emblèmes et les lettres gravées sur leur surface et enfin les habillements, tout cela doit en porter le prix à près de £2,750.

Quand on sonne les dix cloches de ÎTotre-Dame, elles forment une harmonie si complète qu'on peut s'eii servir pour exécuter les airs de musique les plus variés.

La 1ère du poids de 6011 livres sonne do ténor

La 2ème

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La Sème

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La 4ème

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La lOème

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Le gros bourdon dans la tour de l'Ouest pèse 24,780 livres, il est haut de six pieds et à son ouverture, son diamètre est de 8 pieds, 7 pouoes. L'histoire de cette grosse cloche est écrite dans la légende suivante :

Anno Domini 1847

Fundatae MarianapoUs 202

m p. p. IX, PonUficaius I.

Regni Yictorioe Britanniarum 10.

Ex Piissimo Mcrcatorum Agricolarum Artificninque Mariano-

politanensium Vono.

C'est-à-dire que j"ai été fondu l'année 1847 de l'ère chrétienne, le 202ème depuis la fondation de Montréal, la 1ère du pontificat de Pie IX, le lOème du règne de Victoria, Eeine d'Angleterre, je suis le don des marchands, des agriculteurs, et des artisans de Avilie-Marie.

Il est orné des images de la sainte Vierge, de saint Jean- Baptiste et d'un médaillon portant l'emblème de l'agriculture, du commerce et de l'industrie :

Plus bas on lit :

Caroïus cC Georgius Mears Londini fecerunt

Cliarles & Georges Mears m'ont fondu à Londres. (1)

Dans le bon vieux temps, nos pères assistaient aux représentations de l'Opéra Français. Les artistes venaient très rarement à Montréal, mais à chacune de leurs soirées le Théâtre Eoyal était bondé.

X'allez pas ajouter foi aux personnes qui nous disent que l'Opéra Français était inconnu à Montréal avant l'arrivée d'Aimée. (2)

Ouvrez les journaux de 1843 et vous verrez que le 13 et le 14 août de cette année, les dilettantes se sont portées en foule à la représentation des Diamants de la Couronne et du Chalet.

Il y avait deux prima donna de l'opéra comique de Paris: Mademoiselle Calvé et Mme Lecourt;, deux ténors: Lecour et Eicher; 2 basses: Blés et Bernard; deux ténors comiques : Mathieu et Dessonville.

La compagnie d'opéra français eut à Montréal un succès éclatant. La Minerve du temps parla des artistes dans les termes les plus flatteurs et annonça les représentations trois semaines d'avance par des réclames à quadruple détente.

6 février 1885.

(1) Un premier bourdon, pesant 16,352 livres avait été placé dans la même tour en novembre 1843, mais s'étant brisé en 1845, on l'expédia en Angleterre pour être refondu. Le second bourdon, celui dont il est question ci-dessus, arriva n ^Montréal en 1847. Il ne fut, cependant, bénit et placé qu'au mois de juin 1848, à cause du fléau qui ravageait alors le diocèse.

(2) Fameuse cbanteuse française qui vint à Montréal dans le cours de la décade de 1870.

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