‹ Le bonhomme Jadis; comédie en un acte, en proseChapitre 13 sur 30 · SCÈNE VIL · texte numérisé non relu

SCÈNE VIL

JADIS, seul.

Ces deux innocents-là sont des roués, et moi je n'étais qu'un niais... Eh bien! j'aime mieux ça... seulement, si je ne m'en étais pas mêlé, ça aurait pu durer très-longtemps... pour finir plus mal que ça ne finira avec moi. (Regardant le portrait qui est audessus du secrétaire.) Ft puis, elle s'appelle comme toi ! 0 ma chère Jacqueline ! unique amour de ma vie! 0 toi dont le souvenir éternise ma jeunesse ! écoute mon cœur! N'est-ce pas qu'il a toujours vingt ans? Il me semble que je te vois me sourire, et que tu comprends ma pensée... N'est-ce pas, Jacqueline, que je fais bien?... Ils sont pauvres tous deux, et ils s'aiment: c'est comme nous... autrefois. Tu te le rappelles, ma mie Jacqueline? Eh bien ! je ferai pour eux ce qu'on n'a pas fait pour nous... (Il ouvre son secrétaire, et vide dans un tiroir l'argent contenu dans nn sac.) Oh ! petite fortune d'un honnête homme! je t'ai ramassée sou à sou, dans le sillon du travail ; voici assez longtemps que tu dors dans ce tiroir; inutile à moi, inutile aux autres : quand on peut faire le bien , ne rien faire est mal faire. — Allons, réveille-toi ! (Il fait sonner l'argent.) Je vais te donner de la besogne. * (Il fouille dans le tiroir et en tire unéen de six francs qu'il regarde.)

* Tu te réveilles trop tard, enfant de l'autre siècle, tu n'es plus ♦une monnaie, tu n'es qu'une médaille! — (il tire un gros sou.

* — Avec étoimement.) Comment donc te trouves-tu en aussi belle

* compagnie, lingot du pauvre? Tu es l'obole de la charité,

* toi ! tu es la bouchée de pain du mendiant affamé ! le mor-

* ceau de bois qui réchauffe sa main glacée ! Tu tombes

* du ciel, honnête, gros sou! et celui qui te reçoit bénit toujours celui qui te donne. ( il tire une pièce d'or.) Je te reconnais, petite pièce d'or. Tu reluis comme le soleil ù\i jour

* où l'on l'a frappée à une glorieuse effigie. Tu venais de

* naître quand je t'ai gagnée, et tu n'as pas eu le (emps de

* nuire. Ce n'est pas moi qui te l'apprendrai ! — (ii-éparpiile de§

* pièces cent sous.) Et vous, votre conscience n'est pas aussi nette.

* Mais si vous avez fait du mal quelquefois , réjouissez-vous,

* et dansez avec moi, mes vieux écus! nous aikfns faire du

* bien. * ( 11 dénoue le sac en dansant gaiement, après avoir serré son argent. — Se frappant le cœur.) Que c'est donc doux d'être utile aux autres ! Merci , mon Dieu ! qui m'en offrez l'occasion ! C'est votro bouquet de fête que vous me jetez de là-haut !

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