DEVONIEN
Inconstance des caractères stratigraphiqucs. — Conséquences qui en résultent. — Localisation de la vie paîéozoïquc. — Divergences stratigraphiqucs entre les localités fossilifères. — L'étage inférieur du terrain devonien caractérisé par les fossiles du Bosphore. — Mélange de fossiles siluriens et devoniens. — La côte de la mer de Marmara pouvant également appartenir soit au devonien inférieur, soit au devonien supérieur.
Des considérations développées dans le chapitre précédent sur le terrain devonien du Bosphore, on peut déduire les conséquences suivantes :
Les caractères stratigraphiqucs du terrain devonien ne permettent guère d'y découvrir aucune loi constante, car ils offrent les plus grandes variations, phénomène que peut faire mieux apprécier la table suivante, où j'ai groupé les plongements principaux parmi ceux que j'ai signalés sur les deux rives du Bosphore, indépendamment des endroits où les couches
m LE BOSPHOIIE
sont verticalement redressées, ce qui, comme on a pu le voir, a très-fréquemment lieu.
A. Cote d' Europe.
Entre Tliarapia ot Korelchbouroun . . . Nord 30«-50®-60® ouest,
donnant une moven-
ne de nord 66" ouest.
Entre Kerelchbouroun et Kefelikoï. . . Sud 50*» ouest, ouest,
nord 50® ouest.
Au-dessus de Bechiktach Sud-est.
Hauteurs qui dominent Kouroutchesmé
et Ortakoï Sud-est.
Hauteurs qui dominent Arnaoutkoï et,
Bebek Nord 10" ouest.
Carrière fossilifère d* Arnaoutkoï NonI 50** est.
Gorge à peu de distance au sud de Demir-
djikoï Sud iO® est.
A quatre kilomètres au nord de Belgrade,
sur la descente qui conduite Domouz-
déré Sud 50*» ouest.
A quatre kil. au sud de Sekerekevi. . . . Sud 60* est.
Hauteurs qui dominent Kaiafat Sud 20® ouest.
Vallée de Boghazkevi Sud-est.
Au-dessus de Yenikevi (près de Tliarapia) Sud 20*» ouest.
Au-dessus de Boyadji-Mahaliesi Sud-ouest.
Région supérieure,de la vallée de Rou-
meli-Hissari Nord 20» est.
Littoral entre Stenia et Arnaoutkoï . . . Sud 10®-20» ouest.
Bebek Nord 10® ouest.
Près d'Ayas-Agha Sud-est, nord-ouest.
Entre Alibey-kevi et Kutchukkoï Sud-est.
A quatre kilomètres au nôrd-ouest-sud
de Kutchukkoï Sud-ouest.
A quatre kilomètres au nord-est d'Agios-
Georgios Sud-ouest, est.
ET CONSTANTINOPLK. 689
Entre Petînokhorio et Pirindji-kevi. . . Sud-ouest. Entre Petînokhorio et Domouzdéré . . . Sud-ouest. A Baghtchekoï Nord 1« est.
B. Cote d*Asie.
Versant occidental du Mont-G(^ant (Yu-
chadagh) Nord 30*»-60*» est, nord.
Versant oriental ibid Nord-ouest, sud-ouest.
Madjarkalessi . Nord 10» ouest.
A peu de distance au sud de Filbournou-
Kalessi Sud 10° est.
A peu de distance à Test de Dereseki. . Nord. Rochers de conglomérat qnartzeux, près
d*Arnaoutkevi Nord 50® est.
Rochers de quartz au-dessus de la vallée
de Tchubouklv Sud 30« est.
Carrièi'es près de Tchuboukly Nord.
Grès et calcaires fossilifères de Kanlydja. Sud iO° ouest.
Aïdosdagh, près de Buyuk-Bakar Sud 20'» est.
Littoral à côté de Kartal Sud 30« ouest.
Littoral entre Kartal et Pendik Sud-ouest-sud.
Baie de Pendik. Nord 30« est.
Près du village de Pendik Sud 20«-60' ouest.
lie de Prinkipo Sud-ouest, nonl-ouest.
Ile de Khalki Nord-e^t-nonl.
Il résulte de ce tableau que, sur 49 plongements qu'il renferme, il y en a 17 au sud-ouest, 10 au sudest, 8 au nord-est, 7 au nord-ouest, 3 au nord, 1 au nord-est-nord, 1 au sud-ouest-sud, d à l'ouest et 1 à Test. En conséquence, les principaux axes de soulèvement se trouvent dirigés du nord-est au sud-ouest
m LE BOSPHORE
et du nord-ouest au sud-est; ils peuvent donc être représentc^s par deux lignes qui se coupent sous un angle assez ouvert. A ces deux directions principales se joindrait une direction secondaire, orientée en moyenne du nord au sud et caractérisée par des plongements à Test et à l'ouest.
Cependant, nous avons vu que, malgré la prédominance de ces deux directions, elles offrent des déviations toutes aussi fréquentes que nombreuses, et, dès lors, on est forcé d'admettre que ces perturbations si variées n'ont guère pu être le résultat d'une seule éruption agissant dans un sens déterminé , mais plutôt d'une série consécutive de phénomènes se produisant en sens divers; de manière que l'ouverture du Bosphore aura été effectuée, non par V explosion en bloc des dolérites, des basaltes, des trachytes, etc., à travers les dépôts devoniens qu'à leur sortie les roches éruptives auraient dû rejeter de chaque côté en couches anticlinales , ce qui n'est point le cas, mais bien par des secousses réitérées dont l'action réunie aurait enfin produit la fente tortueuse et si bizarrement déchiquetée qui représente aujourd'hui le célèbre détroit de Thrace.
De plus , les plissements et contournements remarquables qui caractérisent les couches devoniennes du Bosphore doivent faire supposer qu'à l'époque où elles subirent ces torsions la roche se trouvait encore dans un état suffisamment ramolli et plastique pour sy prêter sans se rompre. Il en résulterait que les agents plutoniques qui ont donné lieu à ces phénomènes ont
dû so produire bien antérieurement à Tépoque relativement récente marquée par Touverture du canal.
Bien que des recherches ultérieures doivent, sans aucun doute, avoir pour résultat de grossir considérablement le nombre des espèces fossiles connues aujourd'hui dans le terrain devonien du Bosphore, cependant la contrée a déjà été suffisamment étudiée pour qu'on ait le droit d'admettre, dès à présent, que la vie animale y a été placée dans une telle dépendance de certaines conditions locales, qu'elle n'a pu acquérir tout le développement dont elle était susceptible que dans des zones plus ou moins restreintes, souvent marquées par des limites en quelque sorte infranchissables. Ainsi, les dépôts fossilifères d'Arnaoutkoï ne se continuent point sur la côte opposée, où à son tour la zone paléontologique de Kanlydja ne franchit point le détroit pour se reproduire sur le littoral d'Europe. De môme, la riche Faune de la côte comprise entre Kartal et Pendik se trouve brusquement arrêtée par l'étroit bras de mer qui sépare cette côte des îles des Princes, où des roches exactement semblables ne renferment aucune trace organique. Par contre, les roches qui constituent les zones fossilifères du Bosphore, tout en offrant les mômes caractères
minéralogîques et paléontologiques , diffèrent souvent suivant les localités par leurs caractères stratigraphiques. C'est ce qu'on voit entre autres, lorsqu'on compare les couches fossilifères d'Arnaoutkoï avec celles de Kanlydja, puisque dans le premier endroit elles plongent au nord 50° est, et dans le dernier au sud 50° ouest, c'est-à-dire en sens inverse. Ces faits prouvent que dans les terrains anciens du Bosphore les divergences stratigraphiques ne sauraient fournir à elles seules un argument en faveur d'une différence d'âge, puisque des dépôts caractérisés par les mêmes fossiles, et par conséquent pouvant être considérés comme contemporains, offrent des discordances stratigraphiques tout aussi considérables que pourraient en présenter des formations distinctes.
Les fossiles que renferment les dépots paléozoïques du Bosphore assignent à ces derniers une place dans Vêlage inférieur du terrain devonien. C'est un fait d'autant plus important à constater et à asseoir sur des preuves solides, que tout récemment il a été mis en doute par un savant dont le jugement a trop d'autorité pour ne pas devenir l'objet d'une discussion approfondie. Aussi n'ai-je pas cru pouvoir mieux faire que de porter la question devant un tribunal également
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compétent, en en appelant à Topinion de M. de Verneuil, qui, après avoir soumis mes collections à une nouvelle investigation minutieuse, m'a adressé la note suivante, que je m'empresse de reproduire littéralement^.
« L'examen des fossiles que notre ami M. de Tchihatchef a rapportés cette année des environs de Gonstantinople confirme de tous points ce que, d'accord avec nous, il exprimait déjà en 1854, dans son mémoire sur les dépôts paléozoïques du Bosphore ^. Il n'avait pas alors recueilli autant d'espèces que dans son dernier voyage, mais quelques-unes d'entre elles étaient assez caractéristiques pour que nous n'ayons pas hésité à considérer le terrain qui les contenait comme devonien inférieur. »
« Cette opinion a été contestée récemment par un des géologues que nous estimons le plus, et avec lequel nous regrettons de ne pouvoir être d'accord. M. Ferdinand Rœmer, après avoir visité, au printemps dernier, les rives du Bosphore, a publié dans le Neues Jahrhuch un mémoire ^ où il est dit positivement : « que les schistes argileux, les grauwakes, les grès et les calcaires sur lesquels se trouvent Gonstantinople et les villages voisins n'appartiennent pas à Vêlage inférieur,
1. Cette note n'est qu'un abrégé de celle que M. de Verneuil a depuis publiée sur mes fossiles dans le Bulletin de la soc. géoL de France, t. XXI , p. i/iV.
2. Dépôts paléozoïques de la Cappadoce et du Bosphore, dans le Bull, de la Soc. géol. de France, t. XI, p. /i02-/il7.
3. Neues Jahrbuch fur Min.., Geol. und Palœonl., von G. Leonhard, etc., année 1863, p. 506.
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mais aux étages moyen et supérieur du terrain devonien. »
« Bien que M. F. Rœmer ait eu à sa disposition la collection déposée par M. Fœtterle à Flnstitut géologique de Vienne, et celle que notre regretté collègue M. Dumont avait recueillie lui-môme en 1852 ; bien qu'il ait pu consulter quelques roches fossilifères faisant partie de l'exposition industrielle qui a eu lieu cette année à Constantinople , il paraît cependant n'avoir pu distinguer dans tous ces matériaux qu'un nombre d'espèces bien moins considérable que n'en a recueilli M. de Tchihatchef dans son dernier voyage. M. Rœmer, en effet, ne mentionne que neuf formes différentes, dont deux seulement sont susceptibles d'une détermination spécifique : l'une est une espèce de Pleurodictyum qu'il croit nouvelle, et l'autre le Phacops latifrons qui se trouve aussi bien dans l'étage inférieur du terrain devonien que dans l'étage moyen.
«On aurait donc droit de s'étonner que notre savant ami eût cru pouvoir nous contredire, ayant si peu de fossiles ou d'armes entre les mains, s'il n'avait pris soin de nous prévenir que c'est plutôt sur ïensemble des caractères que sur l'existence de quelques espèces décisives qu'il a formé son opinion.
« Persuadé que cette méthode est dangereuse, et possédant plus de matériaux que M. F. Rœmer, nous procéderons autrement que lui, et nous nous appuierons sur des espèces décisives qui, je l'espère, le ramèneront à notre opinion,
« Après avoir étudié un à un chacun des trente-huit échantillons que nous a remis M. de Tchihatchef ^ pro*
venant de quatre localités situées sur la côte d'Europe et sur la côte d'Asie*, nous avons dressé la liste suivante :