OU LE BOSSU SE FAIT INVITER AU EAL DE LA COUR
Gonzague demeura un instant immobile à vegarder sa femme qui traversait la galerie pour rentrer dans son appartement. -
—C’est une résurrection ! pensa-t-il ; j'ai Pourtant bien joué cette grande partie. Pourquoi l’ai-je perdue ? Evidemment elle avait un dessous de cartes. Gonzague, vous n'avez pas tout vu, il y a quelque chose qui vous échappe.
j Il se prit à parcourir la chambre à grands pas. ; —En tous cas, Poursuivit-il, nous n’avons pas { une minute à perdre. Que veut-eile faire au bal ; du Palais-Royal ? Parler à monsieur le régent ?
Evidemment, elle sait où est sa fille... Et moi aussi, je le sais, interrompit-il en ouvrant ses tablettes ; en ceci du moins le hasard m’a servi.
Il frappa sur un timbre et dit au domestique qui accourut.
—M. de Peyrolles! qu'on m'envoie sur-le-champ M. de Peyrolles !
Le domestique sortit. Gonzague reprit sa promenade solitaire et revenant à sa première pensée, il! dit :
—Elle à un auxiliaire nouveau. Quelqu'un eat caché derrière la toile.
—Prince, s’écria Peyrolles en entrant, je puis
nus Re
va
enfin vous parler. Mauvaises nouvelles! en s’en allant, le cardinal de Bissy disait aux commissaires royaux : “Il y a là-dessous quelque mystère d’iniquité...””
— Laisse dire le cardinal fit Gonzague.
—Dona Cruz est en pleine révolte. On lui a fait jouer, dit-elle, un rôle indigne. Elle veut quitter Paris.
—Laisse faire dona Cruz et tâche de m’écouter.
—Pas avant de vous avoir appris ce qui se passe. Lagardère est à Paris.
—Bah! je m'en doutais : depuis quand ?
—Depuis hier pour le moins.
—La princesse a dû le voir, pensa Gonzague.
Puis il ajouta :
—C'omment sais-tu cela ?
Peyrolles baissa la voix et répondit :
—Saldagne et Faënza sont morts.
Manifestement, M. de Gonzague ne s'attendait point à cela, Les muscles de sa face tressaillirent, et il eut comme un éblouissement. Ce fut l'affaire d'une seconde, Quand Peyrolles releva les yeux sur lui, il était remis déjà.
—Deux d’un coup! fit-il ; c'est ie diable que cet homme-fà !
Peyrolles tremblait.
—Et où a-t-on retrouvé leurs cadavres ? demanda Gonzague.
—Dans la ruelle qui longe le jardin de votre petite maison.
—Ensemble ?
—Saldagne contre la porte. Faënza à quinze pas de là. Saldagne est mort d’un coup de pointe...
—Là, n'est-ce pas ? fit Gonzague en plaçant son doigt entre ses deux sourcils.
: grand temps.
Es — 246 —
Peyrolles fit le même geste et répéta :
—Là! l'aënza est tombé frappé à la même place et du même coup.
—Et pas d'autre blessure ?
—Pas d'autre. La botte de Nevers est toujours mortelle,
Gonzague disposa les dentelles de son jabot devant une glace,
—C’est bien, dit-il, M. le chevalier de Lagarde. re se fait inscrire deux fois à ma porte. Je suis Content qu’il soit à Paris, nous allons le faire
pendre.
—La corde qui étranglera celui-là. commença Peyrolles,
N'est pas encore filée, n’est-ce pas ? Je crois que si. Tudieu ! pense donc- ami Peyrolles, il est grand temps ! De tous ce nèrent au clair de lune dans les nous ne sommes plus que quatre,
—Oui, fit le factotum en frissonnant
Ux qui se promefossés de Caylus
,; il est
—Deux bouchées, reprit Gonzague en rebouclant son ceinturon ; nous deux d’un coup ; de l’autre, ces deux Pauvres diables…
—Cocardasse et Passépoii ! interrompit Peyrolles. IL ont peur de Lagardère.
— Ils sont donc comme toi. C’est égal, nous n’avons pas le choix. Va me les chercher ! va!
M. de Peyrolles se dirigea vers l'office.
Gonzague pensait :
—Je disais bien qu'il fallait agir, tout de suite. Voici une nuit qui verra d’étranges choses !
—Et vite! dit Peyrolles en arrivant à l'o monseigneur a, besoin de vous.
Cocardasse et Passepoil avaient dîné depuis midi jusqu’à la brune. C'étaient deux héro:iques estomacs. Cocardasse était rouge comme
fce,
pla-
Loubot “dèuis ire ça Ois , il ne-
us
st
le restant du vin oublié dans son verre ; Passe: poil avait le teint tout blôme, La bouteille produit ce double résultat, suivant le tempérament des preneurs. Mais, au point de vue des otcilles, le vin n’a pas deux manières d'agir : Cocarlagse et Passepoil n'étaient Pas plus endurants l'un que l’autre après boire.
D'ailleurs, le temps d'ttre humbles était passé, On les avait habillés de neuf de la têts aux pieds ils avaient de superbes bottes de rencontre, et des feutres qui n’avaient été retapés chacun que trois fois. Les chausses et les pourpoints étaient dignes de ces brillants accessoires,
—Eh donc! mon bon, fit Cocardasse, je crois que cette maraudaille, c'est à nous qu'elle s’adresse.
—Si je pensais que ce faquin.… riposta le tendre Amable en saisissant une cruche à deux mains.
—Sois calme, ma caillou, reprit le Gascon, je te le donne, mais bagasse! ne casse pas la faïence.
Il avait pris M. de Peyrolles par "ne orcille, et l'avait envoyé pirouettant à Pass2pouil, Passepoil le saisit par l’autre or ille et le renvoya à sun ancien patron. M. de Peyrolles fit ainsi deux ou trois fois le voyage, puis C'ocar:dasse junior lui dit, avec cette gravité des casseurs d'assiettes :
—Mon tout doux, vous avez oublié un instant que vous aviez affaire à des gentilshomnies tàchez dorénavant de vous en souvenir !
—Voilà, appuya le Normand, selon son ancienne habitude.
Puis tous deux se levèrent, tandis que M. de Peyrolles réparait de son mieux les .lésordres de sa toilette.
—Les deux coquins sont ivres! grommala t-il,
—Eh donc ! fit Cocardasse, je crois que le pécaïré il a parlé ?
—J’en ai comme une vague idée, reprit Pucco.
poil,
Ils s'avancèrent tous deux, l’un à droite, l'autre à gauche, Pour appréhender de nouveau le factotum aux orciiles ; mais celui-ci rit Ja fuite prudemment, et'rejoignit Gonzague sans se Vanter de sa mésaventure, Gonzague lui ordon na de ne point Parler à ces braves amis «lo la fin malheureuse de Saldagne et de l'aënza. Cola était superflu, M. de Peyrolles n'avait aucune envie de lier Conversation avec Cocardasse et Passepoil,
On les vit arriver l'instant d’après, annonc/s Par un terrible bruit de ferraille ; ils avaient le feutre à la diable, les chausses débraillées, du vin tout le long de la shemise : bref, une elle et bonne tenue de Coupe-jarrets. Ils entrèrent en se pavanant, le manteau retroussé par l'épée: Cocardasse toujours superbe, Passepoil toujours gauche et irréprochable de laideur,
—Salue, mon bon, dit Je Gascon, naturalisé Provençal, et remercie monseiwneur.
—Assez! fil Gonzague »:1 les regardant de travers.
Ils restèrent aussitôt immobiles. Avec ces vaillants, l'homme Qui paie peut tout se permettre.
—Etes-vous fermes Sur vos jambes ? demanda Gonzague.
— J'ai bu seulement un verre de vin à la santé de monseigneur, répondit cffrontément C'ocardasse, Capédédion ! Pour la sobriété je ne connais Pas mon pareil...
—1] dit vrai, monseigneur, Prononça timide-
ment Passepoil, car ie le surpasse, je n'ai bu que de l'eau rougie,
—Mon bon, fit Cocardasse en le regardant sé vèrement, tu as bu comme moi, ni plus, ni moins Às pas pur! je t'engage À ne jamais fausser Ja vérité devant moi, le mensonge il me rend malade !
-—Vos rapières sont-elles toujours bonnes ? demanda encore Gonzawue,
Meilleures, répliqua le Gascon.
—Et bien au service de monscigneur, ajouta le
Normand, qui fit la révérence, C'est bien, dit Gonzaoue.
Et il tourna le dos, tandis que nos deux amis le saluaient par derrière.
C'ta couquinasse, Murmura Cocardasse, il sait parler aux hommes d'épée !
Gonzague avait fait signe à Peyrolles d'approcher, Tous deux étaient remontés jusqu’au fsnd de la salle, pris de la norte de sortie. Gonzagic venait de déchirer la page de ses tablettes où il avait inscrit les renseignements donnés par dona Cruz. Au moment où il remettait ce papier au factotum, le visage hétéroclite du bossu se montra derrière les battants de la porte entrebaîllée. Personne ne le voyait, et il le savait bien, car ses yeux brillaient d'une intelligence extraordinaire, toute sa physionomie avait changé d'aspect. A la vue de Gonzague et de son âme damnée causant à deux pas de Jui, le bossu se jeta vivement en arrière, puis il mit son oreille à l'ouverture de la porte.
Voici ce que d’abord il entendit : Peyrolles épelait péniblement les mots tracés au crayon par son maître.
—Rue du Chantre, disait-il, une jeune fitfe nommée Aurore...
Vous eussiez été effrayé de l'expression que prit le visage du bossu.
n feu sombre s’alluma dans ses yeux.
—1l sait cela ! Pensa-t-il. Comment sait-il cela ?
—Vous comprenez? dit Gonzague.
—Oui, je Comprends, répondit Peyrolles :
de la chance !
—Les gens de ma sor M. de Gonzague.
—Où mettra-t-on la jeune fille ?
—Au pavillon de dona Cruz.
€ bossu se toucha sur le front,
—La gitana! Murmura-t-il :
Comment a-t-elle pu savoir ?
—1l faudra tout simplement l'enlever ?
ce moment Peyrolles.
—Pas d'éclat, repartit Gonzague ; nous ne Sommes pas en Position de nous faire des affaires. De la ruse, de l’adresse! c’est ton fort, ami Peyrolles. Je ne m’adresserais pas à tois’il y avait des Coups à donner ou à recevoir. Notre homme doit habiter cette maison, j'en ferais la £ageure,
—Lagardère! murmur visible effroi.
—Tu ne l’affronteras Pas, Ce matamore. La première chose, c'est de savoir s’il est absent, et je parierais bien qu’il est absent à cette heure.
— Il aimait boire autrefois,
—S"ii est absent, voici un plan tout simple : tu vas prendre cette carte.
Gonzague mit dans la main de son factotum une des deux cartes d'invitation au‘’bal du régent, réservées pour Saldagne et Faënza.
—Tu te Procureras, poursuivi:-il, une toilette de bal fraîche et galante, pareille À celle que j'ai
c’est
te ont leur étoile, reprit
mais elle-même,
disait en
a le factotum avec un
st
it
commandée pour dona Cruz. Tu auras une litière toute prête dans la rue du Chantre, et tu te présenteras chez la jeune fille au nom de Lagardère lui-même.
—C'est jouer sa vie à Pair ou non, dit M. de Peyrolles.
—Allons donc! rien que ja vue de la robe et des bijoux la rendra folle ; tu n'auras qu’un mot à dire : ‘ Lagardère vous envoie ceci et vous attend.”
—Mauvais expédient! dit une voix aigrelette Atre eux deux, la jeune fille ne bougera pas.
Peyrolles sauta de côté, Gonzague mit la main à son épée.
—As pas pur! fit de loin Cocardasse ; vois donc, frère Passepoil, vois donc ce petit homme!
—Ah! répondit Passepoil, si la nature m'avait disgracié ainsi,et qu'il fallût renoncer à l’espoir de plaire aux belles, J'attenterais à mes propres jours.
Peyrolles se prit à rire, comme tous les poltrons qui ont eu grand’peur.
—Esope II, dit Jonas! s’écria-t-il. 4
— Encore cette créature! fit Gonzague avec humeur. En louant la niche de mon chien, crois-tu avoir acheté le droit de parcourir mon hôtel ? Que viens-tu faire ici ?
—Et vous, demanda effrontément le hessu, qu’aïlez-vous faire là-bas ?
C'était là un adversaire selon le cœur de Peyrolles.
—Mons Esope! dit-il en se campant, nous allons vous apprendre, séance tenante, le danger que l’on court en se mélant des affaires d’autrui !
Gonzague regardait déjà du rôté des deux braes. Tant pis pour Esope Il, dit Jonas, s’il
T aux portes ! Mais, à ce de Gonzague fut détournée
rre et vraiment audacieuse du petit homme, qui prit sans façon des mains
de Peyrolles la carte d'invitation qu'on venait de lui remettre.
—Que fais-tu, drôle! s’écria Gonzague,
Le bossu tirait Paisiblement de Sa poche sn Plume et son écritoire.
—Ll est fou! dit Peyrolles.
—Pas tant! pas tant! fit Esope genou en terre et s'installa Je plus qu'il put pour écrire.
—Lisez! fit-il d’un accent de triomphe en se re-
Il tendit le Papier à Gonzague.
Celui-ci lut :
IT, qui mit un commodément
‘“ Chère enfant, ces Parure
S viennent de moi ; j'ai voulu vous faire une su
rprise. Faites-vous
belle une litière et deux laquais viendront de
ma part pour vous conduire au bal, où je vous + attendrai,
‘HENRI DE LAGARDERE ”
Cocardasse junior et frère Passepoil placés trop loin pour entendre, suivaient de l'œil cette scène et n’y comprenaient rien.
—Sandiéou! dit le Gascon, Monseigneur a l’air d’un homme qui a la berlue !
—Mais ce petit bossu, repartit Ja Normand, regarde donc sa figure ! Cette fois comme la première, je soutiens que j'ai vu ces Yeux-là quelque Part.
Cocardasse haussa les épaules ot dit :
—Je ne m'occupe que des homm cinq pieds quatre pouces.
es au-dessus de
—Je n'ai que cinq pieds tout juste, fit observer Passepoil avec reproche.
Cocardasse junior lui tendit la main, et prononÇa ces bienveillantes paroles.
— Une fois pour toute, ma caillou, souvienstoi que tu es en dehors. L'amitié, capédédiou ! est un prisme de cristul À travers lequel je te vois tout blanc, tout rose et plus dodu que Cupidon, fils nnique de Vénus sortant du sein de l’onde.
Passepoil reconnaissant serra la main qu’on lui tendait.
C'était bien vai, Gonzague avait l'air d’un homme frappé de stupéfaction. Il regardait Esope II dit Jonas avec une sorte d’effroi.
—Que veut dire ce!a ? murmura-t-il.
—Cela veut dire, répliqua le bossu bonnement, qu'avec ce mot d’écrit la jeune fille aura confiance, î
—Tu as donc deviné notre dessein ?
—J’ai compris que vous vouliez avoir la jeune fille.
—Et sais-tu ce qu’on risque à surprendre certains secrets ?
—-On risque de gagner gros, répondit le bossu qui se frotta les mains.
Gonzague et Peyrolles échangèrent un regard.
—Mais, fit Gonzague à voix basse, cette écriture ?.…. -
— J'ai mes petits talents, répartit Esope IT ; je VOUS garantis l’imitation parfaite. Quand une fois je connais l'écriture d’un homme...
—-Oui-dà! cela peut te mener loin! et l’homme ?
—Oh! l’homme, interrompit le bossu en riant, il est trop grand et je suis trop petit ; je ne peux pas le contrefaire.
—Le connaistn !
—Assez bien.
—Comment le connais-tu ?
—-Kclations d’affaires.
-l'eux-tu nous donner quelques renseignements ?
--Ua seul: il à frappé hier deux coups ; il en frappera deux demain.
Peyrolles frissonna de la tête aux pieds.
Gonzague dit :
— ll y a de bonnes prisons dans les caveaux de mon hôtel !
Le bossu ne prit point garde à son air menaçant et répondit :
—Terrain perdu. Faites-y des caves, et vous les louerez aux marchandes de vin.
—J’ai idée que tu es un espion.
—Pauvre idée. L'homme :n question n’a pas un écu vaillant, et vous êtes riche à millions. Voulez-vous que je vous le livre ?
Gonzague ouvrit de grands yeux.
—Donnez-moi cette carte, reprit Esope II, en montrant la dernière invitation que Gonzague : tenait encore à la main.
—Qu'’en ferais-tu ?
—J’en ferais bon usage. Je la donnerais à l’homme, et l’homme tiendrait la promesse que je vous fais ici en son nom. Îlirait au bal de monsieur le régent.
—Vive Dieu! l’ami, s’écria Gonzague, tu dois être un infernal coquin !
—Oh! oh! fit le bossu d’un air modeste, il ya plus coquin que moi.
—Pourquoi cette chaleur à me servir ?
—Je suis comme cela, très dévoué à ceux qui me plaisent.
—Et nous avons l’heur de te plaire ?
—Beaucoup.
’a pas illions.
II, en
nzague *
rais à je que al de | dois
il ya
IX qui
—Et c'est pour nous témoigner de plus près ton dévouement que tu as payé dix mille écus ?
—La niche? interrompit le bossu ; non pas,s'il vous plaît! spéculation, affaire d’or !…
Puis il ajouta en ricanant :
—Le bossu était mort, vive le bossu ; Esope Ier a gagné un million et demi sous un vieux parapluie, moi, du moins, j’ai mon étude.
Gonzague fit signe à Cocardasse et à Passepoil, qui s’approchèrent en sonnant le vieux fer.
—Qui sont ceux-là? demanda Jonas.
—Des gens qui vont te suivre, si j'accepte tes services.
Le bossu salua cérémonieusement.
—Serviteur, serviteur, dit-il ; alors refusez mes services. Mes bons messieurs, ajouta-t-il en s’adressant aux deux braves, ne prenez pas la peine de déménager vos bric-à-brac ; nous ne nous en irons point de compagnie.
—Cependant.. fit Gonzague d’un air de menace. —Ù n’y a point de cependant. Diable! vous connaissez l’homme aussi hien que moi. Il est brusque, excessivement brusque, on pourrait même dire brutal. S'il voyait derrière moi ces tournures de gibier de potence...
—Pécairé! fit Cocardasse indigné.
—Peut-on manquer ainsi de politesse ? ajouta frère Passepoil.
—Je prétends agir seul ou ne pas agir du tout, acheva Esope IT d’un ton péremptoire.
Gonzague ét Peyrolles se consultaient.
—Tu tiens donc à ton dos ? fit le premier en raillant.
Le bossu salua et répondit :
—Comme ces braves à leurs rouillardes ; c’est mon gagne-pain.
—{l me répond de toi, prononça Gonzague en le regardant fi,-ment. Tu m'entends : sers-moi fidèlement, et tu seras recompensé ; au cas contraire….
Il n’acheva pas et lui présenta la carte, [Le bossu la prit et se dirigea vers la porte à reculons. 11 saluait de trois Pas en trois pas et disait :
—La confiance de monscigneur m’honore., Cette nuit monseigneur entendra parler de moi.
Et comme, sur un signe Sournois de Gonzague, Cocardasse et Passepoil allaient l'accompagner :
—Doucement, fit-il, doucement ! Et nos conventions ?
Il écarta Cocardassé et Passepoil d'une main qu'ils n’eussent certes point crue si vigoureuse, salua une dernière fois profondément et passa le seuil. C'ocardasse et Passepoil voulurent le suivre. [Il leur jeta la porte sur le nez.
Quand ils se remirent à sa Poursuite, le corridor était vide.
—Et vite ! fit M. de Gonzague en s'adressant à Peyrolles ; que la maison de la rue du Chantre soit cernée dans une demi-heure, et le reste comme il a été convenu.
Dans la rue Quincampoix, déserte à cette heure, le bossu s’en allait trottinant.
—Les fonds étaient en baisse, murmura-t-il. Du diable si je savais où prendre nos cartes d’entrée et la toilette de bal !