‹ Le Bouchon de carafe, vaudeville en 1 acte, de MM. Dupin et Eugène Grangé... [Paris, Variétés, 8 novembre 1862.]Chapitre 8 sur 36 · HERBE · texte numérisé non relu

HERBE

Eh ! non... je reviens me llxer au pays... Je quitte les lauriers pour les pommiers... (les regardant.) Mais que qu’ vous avez donc tous? On dirait que mon arrivée vous vexe, vous défrise ?

DENISE

Oh! non... Certainement, M. Pierre!

PIERRE

Monsieur !... Comment, vous m’ dites monsieur, à présent !

MADAME BI.ANQUET.

Pardinc! N’ voudrais-tu pas qu’elle te saute au cou, c’tie jeunesse ?

Non,... mais... nonobstant...

DENISE, à pari.

Et ne pouvoir lui dire !...

PIERRE, à Lupeau.

Eh ! ben, loi, cousin ? Tu semblés tout interloqué,..

LUPEAU, se lernut.

Mé?... Ah! dame, écoule donc, c’est do surprise, de joie de te revoir. (Lui prenant la main.) cher cousin ! (Pierre va à Cabassol.)

CABASSOL*. de même.

Ce brave Pierre !

PIERRE

A la bonne heure donc !

lupeau, à part.

Que le diable te patafiolc ! (Haut.) Aussi t’arrives là comme un obus... sans prévenir, sans dire gare...

MADAME BLANQUET

Quand on te croyait en Chine.

PIERRE *' , repassant au milieu.

Bah ! maintenant, la Chine est prise... Le gouvernement n’a*

' Cabassol, Pierre, Lupeau, Gautrin, madame Blanquet, Denise.

" Gautrin, Cabassol, Lupeau, Pierre, au fond, madame Blanquet, Denise.

vait plus besoin d’ moi... ma foi, j’ai dit : c Assez de Pékin comme ça, rentrons dans le civil !... Je veux retourner dans mon village... près des amis, des parents... de tous ceux que j’y ai laissés et qui attendent mon retour.., »

DENISB, à part.

Ce bon Pierre !

PIERRE

Ah! cré coquin ! comme mon cœur battait la charge, quand j’ai touché le sol de la France ! Et avec quelle joie je chantais tout le long de la route :

Je vais revoir ma Normandie,

C’est le pays...

LUPEAU, l’interrompant.

Bon ! bon ! j’ connaissons la chanson ! Mais, dis-moi donc, cousin, pour te fisquer ici, l’as donc éou la chance?...

PIERRE

La chance !

CABASSOL

Èst-ce que tu aurais fait fortune là-bas ?

PIERRE

Fortune!... Moi, un troupier! ..

LUPEAU.

Dame! On dit comme ça qu’il n’y en a d’aucuns...

Bah ! des bêtises !». AQuand je vous ai quittés, tout mon avoir était dans mon sac, et il était diantrement léger...

LUPEAU.

Et à c’tte heure ?

PIERRE, défaisant son ïa<\ •

A c’tte heure, il n’est pas plus lourd. (Il le porte au fond.)

CABASSOL, bas, à Lupeau,

Pardié!.. quand je I disais!

LUPEAU, bas.

C’était sûr et certain !

DENISE, à part.

Pauvre garçon !...

MADAME BLANQUET

Ainsi te v’ià Gros-Jean, comme devant ?

PIERRE

Mon Dieu, oui, mère Blanquet ! J’espérais en partant, il y a

trois ans, retrouver ici un p’til bien a faire valoir, mais ce brave pêrcYalain à qui que j'avais laisse ma procuration pour faire mes affaires en monabsence...

GAUTRIN.

Oui, à telle enseigne qu’elle est même encore dans mon élude.

PIERRE, continuant.

Valain tn'a écrit là-bas que j’avais perdu mon procès... (tendant la main à Lupeau.) Je n’t’en veux pas pour ça, cousin !...

LUPEAU, avec embarras.

Merci ! T’es ben bon !

PIERRE, gai- ment.

Au lieu d’ cultiver mon champ, ch ben ! j' cultiverai celui des autres ! J’ai du cœur, de bons bras... J’ trouverai ben un emploi dans quéqu’ ferme ! Je reprendrai mon ancien métier... Je pousserai la charrue... Ho ! hue ! ho ! El allez donc !...

CABASSOL

Oui, mais en attendant?

PIERRE

En attendant, je demanderai un billet de logement aux camarades, aux amis... (Allant è Cabassol.) à toi, Cabassol,

CABASSOL *, embarrassé.

Certainement, ça serait avec plaisitf... mais c’est que... j’ peux point... vu que j’ suis en train de vendre ma maison... Demande plutôt à M’sieu Gautrin.

GAUTRIN.

C’est la vérité ! C’est même pour ça que je suis ici.

Oui ? Eh ! ben, alors, ce sera à toi, cousin Lupcau... (Il va k lui.)

LUPEAU.

Amé? Ah ! Seigneur ! j’aurai ben à t’offrir mon p’til cellier, dans la cour... à côté de l’étable... Ah ! ben oui... mais pas plus tard qu’avant z’hier.j’ons fait l’emplette d’un bourriquet, qui y loge... Et pour lors...

(Gautrin va reprendre son portcf- utile sur la table de gauche.)

* Cabassol, Pierre, Lupeau, Gautrin, madame Rlanquet, Denise.

l’IEKRE *, refroidi, «liant à Madame Blanquet.

Ah 1 c’est différent ! Je n’ veux déranger personne. Je me mettrai à l'auberge, chez c’ette bonne mère Blanquet, qui ne refusera pas de me faire crédit.

MADAME BLANQUET

Ici? Ohl impossible, mon garçon !... impossible! C’est bentôt la fête du pays... pas une chambre de libre...

DENISE

Mais, ma mère...

MADAME BLANQUET, bus.

Taisez-vous ! (Haut à Pierre.) Je te le répète, tout csi retenu. (Lupeau remonte.)

Ah!...

CABASSO! .

Allons, venez-vous, M’sieu Gaulrin? Sans adieu, Pierre!... J’ai affaire pourc’tte vente.

LUPEAU **, venant près de Pierre.

Au revoir, cousin !... Désolé dote quitter si tôt... maisj'ons des foins à rentrer.

PIERRE

C’est bon ! c’est bon ! Ne te gène pas !

MADAME BLANQUET

Allons, Denise, allons, faut nous occuper du ménage, de la cuisine !..

DENISE, reprenant ses provisions et sc levant.

Oui, ma mère... oui... (à part.) Oh ! je trouverai moyen de revenir !

ENSEMBLE

Air : de la Comtesse Mimi.

LUPEAU, CABASSOL, GACTRIN, Mme BLANQUET.

Dépêchons, point do paresse !

L’heure presse, il faut partir !

A PIERRE

Pardon I j si j’ te laisse,

I garçon 1 J ’

Les affair’s avant 1’ plaisir!

Allez, allez, point d’ paresse !

L’heure presse, il faut partir !

* Gaulrin, Cabassol, Lupeau, Pierre, madame Blanquet, Denise.

’* Gaulrin, Cabassol, Pierre, Lupeau, madame Blanquet, Denise.

J’excus’ vot’ impolitesse :

Les affair’s avant T plaisir!

dbnise, à part.

Dépêchons, point de paresse 1 A mon d’voir faut obéir.

Pauv’ garçon ! D’ieur peu d’tendresse,

En c’ moment, qu’il doit souffrir!

(Denise et Madame Rlunquet sortent par la droite, deuxième porte ; Lupeau, Cabassol et Gautrin par le fond.)

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