‹ Le Bouclier et les méthodes nouvelles de percement des souterrainsChapitre 45 sur 67 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Exposé. — Depuis 1825, époque à laquelle il avait été imaginé par Brunel pour creuser sou^ la Tamise le premier souterrain, le « bouclier » était resté un instrument délicat et coûteux, auquel on ne recourait que pour les travaux impossibles à mener à bien par les méthodes courantes : franchissement des rivières, traversée des terrains vaseux et fluents, des sables aquifères, des argiles sèches; les conditions onéreuses de son emploi, le coût élevé du revêtement métallique dont on raccompagnait toujours le faisaient réserver aux seuls souterrains où la question d'économie ne venait qu'en troisième ligne, après celles de sécurité et de réussite.

En 1893, aux travaux du collecteur de Clichy, M. Chagnaud fit un premier pas dans une voie nouvelle : il se servit du bouclier pour construire un boisage à Tabri duquel les maçons venaient exécuter le revêtement de meulière. L'année d'après, dans la partie intra inuros du même collecteur, M. Fougerolle perfectionna le procédé, fouillant et maçonnant d'un seul coup toute la section sous le couvert de Tarmature elle-même.

Les deux tentatives furent couronnées de succès : outre une sécurité absolue on avait obtenu une régularité parfaite de fonctionnement, une rapidité d'avancement remarquable et, qui plus est, on avait réalisé une économie notable sur le coût ordinaire.

Une réaction se fit immédiatement en faveur d'une méthode jusqu'alors peu utilisée en France ; on crut voir dans le bouclier l'engin idéal qui permettrait de traverser vite et bien n'importe quel terrain, qui se plierait docilement à toutes les nécessités, au

franchissement des hautes montagnes comme au cheminement discret sous les chaussées des villes.

C'est sous ce rapport surtout, qu'on fonda sur l'engin nouveau les plus belles espérances ; les travaux urbains de longue haleine sont d'une exécution difficile, on est gêné par les ouvrages d'intérêt général qu'on rencontre à chaque instant : collecteurs, conduites d'eau et de gaz, canalisations d'air ou d'énergie électrique ; on se heurte aux fondations des édifices ou des maisons particulières ; on reste soumis à mille sujétions : il faut maintenir la circulation, réduire au minimum le nombre des accès et des puits de descente, ne pas encombrer ni désorganiser les chaussées.

Le bouclier semblait devoir admirablement convenir à ces cas spéciaux : on l'y appliqua aussitôt ; l'approche de l'Exposition universelle de 1900 étendit beaucoup le champ d'expérience; presque en même temps seize armatures furent mises en service et fonctionnèrent rien que dans Paris.

Sans aucun doute la méthode aurait fait plus de progrès si ces applications multiples s'étaient espacées sur une période plus longue ; les mécomptes, les accidents, les erreurs mis en lumière sur un chantier auraient été pour les constructeurs suivants d'un profitable enseignement : la simultanéité fut trop grande pour que l'expérience de l'un pût utilement servir aux autres.

Mais la multiplicité des moyens et la diversité des procédés furent telles que du simple rapprochement des faits, tout un corps de doctrine semble se dégager. Les insuccès surtout sont instructifs : ils dénoncent avec netteté les voies dans lesquelles il faut éviter de s'engagera l'avenir, et comme ils sont nombreux et variés, le champ des tentatives nouvelles s'en trouve considérablement restreint.

Est-ce à dire qu'on puisse dès maintenant certifier de quel côté sera le succès? Ce serait se montrer téméraire ; nous nous bornerons, quant à nous, à coordonner les faits, pour tâcher d'en dégager ces trois points :

V Dans quelles conditions peut ou non s'appliquer la méthode;

2^ Comment il faut choisir et construire l'engin ;

3° Ce qu'on est en droit d'en attendre s'il est judicieusement conduit et utilisé.

Parcours des boucliers. — La première conclusion qui s'impose est celle-ci : le bouclier n'est pas un outil universel susceptible de s'appliquer à tous les travaux et à tous les terrains ; ici il réussira parfaitement malgré des imperfections de principe ou de construction, là il échouera piteusement quelles que soient l'ingéniosité des dispositions prises et Thabileté du personnel.

Il suffit de rappeler en un tableau sommaire les parcours des différentes armatures pour montrer combien leurs carrières furent inégales.

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