L'APOSTOLAT ET LE GRAND NIVELLEMENT
i. — La Charité est la plus solennelle des obligations de ceux qui possèdent.
Mais la Charité n'a pas pour but unique de prolonger des existences misérables que les crimes de la société ont souvent rendus, dans leur condition actuelle, inaptes à servira la grande œuvre de l'univers; elle a surtout pour but de rendre aux existences atrophiées par les privations et la misère la place à laquelle elles ont droit sur le chantier de l'humanité militante, sur le chantier sans bornes, où chaque artisan doit justifier de son labeur,
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sous peine d'avoir à accomplir le lendemain, — le lendemain fût-il le lendemain de la mort, — la tâche obligatoire et inéluctable qui n'aura pas été accomplie la veille '.
2. — Il est donc obligatoire pour quiconque possède des ressources et des facultés intellectuelles et morales d'accomplir des efforts constants pour en faire profiter les autres. Ces efforts constituent la « Grande Charité ». Mettre un être dans les conditions voulues pour pouvoir réfléchir, scruter sa conscience et rectifier son cœur, est l'acte supérieur de Charité que les esprits en voie de perfectionnement doivent s'attacher surtout à accomplir.
3. — Celui qui n'a pas les moyens d'accomplir la « Grande Charité », soit par manque de ressources, soit par insuffisance de lumières, doit au moins s'habituer à éprouver une joie intérieure, lors-
i. La Morale du Bouddhisme, p. 2?.
BOUDDH. ÉCLECT.
qu'il voit un autre être s'acquitter de ce devoir '.
4. — Quiconque a conscience d'avoir conquis une certaine mesure de vérité
doit s'imposer la tâche continue de l'Apostolat.
5. — La tache continue de l'Apostolat ne consiste pas à insinuer à autrui la certitude qu'on a acquise soi-même, mais à lui fournir les moyens de se placer dans les conditions voulues pour acquérir par lui-même la Certitude.
6. — Celui que les circonstances appellent à devenir l'instituteur des autres, doit se borner à enseigner la méthode au moyen de laquelle on peut avancer avec économie de temps, c'est-à-dire le plus rapidement possible, dans la voie de la Connaissance; mais il ne lui appartient pas de chercher à imposer la formule de ses croyances à autrui.