SCÈNE VII
Les mêmes, PAOLA, vêtue tri s- simplement , avec un grand chapeau à l'italienne , et une petite panneticre suspendue de cote.
MAITRE HUGUO (l).
C'est une jeune fille.
(i) Suzanne, Paola, maître Huguo.
PAOLA , timidement.
Air de Manette (de M. Et. Thénard).
Pauvrette et timide,
Voyageant shms guide, La nuit me décide, Je m'arrête ici.
Mais à ma prière Chacun est contraire, Et je désespère D'avoir un abri !
Quand à la richesse, D'abord je m'adresse...
La porte sans cesse, Se ferme aussitôt...
Là, pour la misère , On ne peut rien faire; Mais une chaumière S'ouvrira plutôt.
Car celui qui n'a rien , Oui , celui qui n'a rien Fait toujours, ici bas, le plus de bien.
MAITRE HUGUO.
Approchez, mon enfant, ne craignez rien, maître Huguo Bairw betto n'a jamais refusé un asile.
paola , à part.
C'est lui ! {Haut.) Ah ! que vous êtes bon ï
MAITRE HUGUO.
Vous trouverez ici tout ce qui vous sera nécessaire. {Montrant la chambre à gauche ) Une petite chambre que j'avais fait disposer pour une nièce à moi.
PAOLA
Pour votre nièce !
Suzanne, avec aigreur.
Mais qu'elle n'habitera jamais.
MAITRE HUGUO.
" Ainsi vous ne dérangerez personne. {Avec embarras et regardant Suzanne.) Par exemple , je dois vous prévenir que vous arrivez un peu tard, pour souper... C'est une affaire faite.
SUZANNE
Ilelas ! oui.
MAITRE HUGUO.
Nous sommes gens d'habitude, voyez-vous... A six heures précises la nappe est enlevée, et sous aucun prétexte nous ne pouvons recommencer.
PAOLA
Oh ! je n'ai besoin de rien. {Montrant sa panneticre. ) Je porte toujours avec moi mes petites provisions.
MAITRE HUGUO.
C'est fort ingénieux.
paola, s' approchant de la table, à droite.
Quand on voyage à pied... vous permettez ?
(Suzanne va s'asseoir auprès delà table à gauche.)
MAITRE HUGUO (i).
Comment donc !.. Parce que nous n'avons plus faim... il ne faut pas oue cela vous empêche...
(Paola tire de sa pannetière des fruits et un morceau de pain, qu'elle place sur la table à droite.)
maitre huguo , la regardant avec plaisir.
Cette chère enfant, elle avait préparé tout cela... c'est bien... ça annonce de l'ordre.
PAOLA , à part , et le regardant aussi.
Comme il paraît indulgent et bon!.. Ali! sans cette lettre si terrible , je serais tentée de me jeter à ses pieds.
maître huguo, la regardant manger.
Le repas est frugal... mais quand on a bien marché... Ah! le beau pain !.. du pain magnifique!., d'une blancheur éblouissante... Regarde donc, Suzanne... ça fait plaisir à voir.
SUZANNE , bas.
Ne parlez pas de ça , monsieur.
maître huguo, s* approchant .
C'est-à-dire que je n'en ai jamais vu de pareil.
PAOLA
Je viens cependant de l'acheter à l'entrée du village. MAITRE HUGUO , s* approchant davantage.
Comment! il a été fait ici !.. Eh bien , on ne nous en donne jamais de semblable... Suzanne, il faudra changer de boulanger... Après ça, il n'a peut-être pas autant de saveur... {Il casse un petit morceau, comme pour goûter.) Délicieux!.. Bien meilleur que le nôtre... Goûtes-en donc un peu, Suzanne.
SUZANNE , hésitant.
Moi, monsieur... je... je n'ai pas faim.
MAITRE HUGUO.
Parbleu... ni moi, non plus... Mais c'est égal... c'est seulement pour juger.
PAOLA
Je vous en prie.
maître huguo donnant un morceau de pain à Suzanne. Tu pai pas soupe.
PAOLA , avec empressement, \\ serait vrai!.. Ah! que je suis heureuse de pouvoir vous offrir quelque chose. (Maitre Hugo s'assied auprès de Paola.)
(0 Paola, maître Huguo, Suzanne.
MAITRE IITJGUO.
Vous ètei bien bonne ! (/est un caprice... ( A Suzanne qui s'est approcha de lui.) Tiens , Suzanne... {Lui donnant un morceau de pain. ) Sans en fairtï semblant... je parie que tu es comme moi... Mais il ne faut pas s'étouffer... As-tu «lu vin, là? {Suzanne, fait un xigne de tetc ) ]Non ! tu as encore perdu la clé de la cave ! Tu n'en fais jamais d'autres l
PAO LA , offrant ses fruits.
Ces fruits pourront y suppléer.
MAITRE HUGl'O.
Des oranges superbes... Au fait, pour une légère collation, il ne faut pas y regarder de si près. ( // se levé, et présentant uniorange à Suzanne.) Tiens , Suzanne... une poire pour la soif. {Bas.) Quand je te le disais !
Air Je Céline.
Comme la providence est grande ! . .
On fait bien d'être hospitalier...
Ce que le pauvre nous demande, Elle est là pour nous le payer !..
Tu vois ce qu'un bienfait rapporte, Si moins sensibles aujourd'hui...
{Montrant Paola.)
Nous l'avions laissée à la porte.
Le souper y restait aussi.
{Mordant dans son pain')
Et c'eut été dommage... {Haut.) Ma foi, on a bien raison de dire que l'appétit vient en mangeant , il me semble que je dévore.
PAOLA
Que vous me faites plaisir d'en agir ainsi, sans façon, avec moi !
MAITRE HUGUO.
C'est tout naturel, mon enfant, vous m'avez intéressé du premier moment que je vous ai vue... Vous venez de bien loin ?
PAOLA , hésitant.
Des environs de Naples.
SUZANNE
Et vous vous rendez à Ferrare ?
MAITRE nUGUO.
Pour y retrouver votre famille ?
l'AOLA , baissant les yeux.
Hélas ! je n'en ai plus.
MAITRE HUGl'O.
Pauvre petite !
PAOLA, se levant (i).
Le seul parent qui me reste , refuse de me voir.
(i) Maître Hugo. Paola, Suzanne.
. MAITRE HUGUO.
C'est qu'il est riche sans doute ! Et qu'allez-vous faire à Ferrare?
PAOLA
Solliciter la justice du grand-duc, car je n'ai plus d'espoir qu'en lui ! Je suis bien malheureuse ! aimée d'un jeune officier qui servait dans ses troupes...
MAITÎIE HUGUO.
Ah ! oui... lors de son expédition à Naples ?
PAOLA
J'avais repoussé ses vœux; mais il m'offrit de m'épouser secrètement ; je cédai, car je l'aimais autant que j'en étais chérie... j'étais heureuse alors, l'amour de mon mari semblait égaler le mien; mais hélas !.. au bout de huit jours , il me quitta, il partit et {avec un soupir) je ne l'ai plus revu.
SUZANNE
Il vous a abandonnée ?
MAITRE HUGUO.
L'ingrat I
PAOLA
Ah! ne l'accusez pas ; j'appris bientôt qu'il était mort sous les murs de Gaéte.
MAITRE HUGUO.
Ah ! alors, il n'y a rien à lui dire.
SUZANNE , allant à Paola qui pleure.
Pauvre enfant î déjà veuve à son âge !
MAITRE HUGUO:
Sans appui , sans protecteur!.. Qu'est-ce que je dis donc? je puis faire quelque chose pour vous , moi ! une pétition. .. vous avez tous les papiers ?
(Suzanne entre dans la chambre à droite, et rentre un instant après tenant une chandelle allumée.)
PAOLA , lui donnant ses papiers.
Je le crois; voici notre acte de mariage, celui de mon père < :
Îmis une lettre d'un camarade de mon mari , qui nous avait servi le témoin , et qui m'annonce la mort de mon cher Frédéric. MAITRE huguo , les mettant dans sa poche. Je lirai tout ça... Et son acte de décès ?
PAOLA
On ne me la pas envoyé.
MAITRE HUGUO.
Et cet ami ?
Je ne l'ai pas revu.
Quel est son grade ?
Je l'ignore.
PAOLA
MAITRE HUGUO.
PAOLA