‹ Le bouffon du prince, comédie-vaudeville en deux actesChapitre 22 sur 38 · SCÈNE II · texte numérisé non relu

SCÈNE II

(Il sort par le fond.)

LE MARQUIS , LE PRINCE , en costume très-simple , et seulement avec le crachat et le grand-cordon de ses ordres sous un frac.

LE prince, à la cantonnade.

C'est bien, vous dis-je, je veux être seul. (A lui-meme.) Ces bon* courtisans s'imaginent qu'on ne peut se passer d'eux. (Apercevant le marquis.) C'est toi , Castelli?

le marquis.

Encore rêveur, mon prince?

LE prsnce , soupirant.

Oui , je croyais que c'était plus amusant d'être le maître ; tout le monde vous obéit... c'est monotone.

LE MARQUIS

C'est ce projet d'hymen dont on vous fatigue.

LE PRINCE

Non , ce n'est pas cela qui m'agite. (Le regardant et lentement.) Un autre souvenir...

LE MARQUIS

Vous y pensez encore ?

LE PRINCE

Je la vois toujours ! si bonne , si jolie... et mourir si jeune î car tues bien sûr...

Malheureusement, mon prince!.. Mais à quoi bon rappeler... c'est entretenir cette tristesse qui nous désespère et qui n a aucun fondement ; car enfin qu'est-ce qui vous importune ?

LE PRINCE

Tout.

LE MARQUIS

Qui pourrait vous plaire?

LE PRINCE

Rien. *

le marquis, avec intérêt.

Songez donc que vous avez des amis.

le prince , froidement.

Tu crois ?

LE MARQUIS

Oui, mon prince, et de véritables amis qui vous sauveront malgré vous. Rien ne nous coûtera... fêtes, plaisirs, divertissemens... (Souriant.) Aujourd'hui , par exemple, vous n'aurez pas le temps de respirer. ,i<r

LE prince , distrait.

En vérité?

le marquis.

Ce matin un concert ; ce soir, bal, opéra nouveau... Voilà trois % jours que je m'occupe sans relâche de moyens de vous amuser... je n'en dors pas. '

le priNce, souriant avec effort.

Pauvre marquis I c'est vraiment un excellent ministre.

Oui, mais il faut me seconder. Si, en attendant l'heure du conseil, vous donniez audience aux bouffons que j'ai fait venir de Milan, de Bergame , et qui brûlent d'obtenir cette charge vacante depuis si long-temps.

LE PRINCE

Moi ! choisir un plaisant de profession !

LE MARQUIS

Oui, mon prince; ii nous faut quelqu'un qui vous fasse rire malgré vous , et je vais donner ordre qu'on les introduise séparément. (A mi-voix.) J'aurais bien aussi quelques autres moyens de distraction , mais je n'ose les proposer à Son Altesse.

le prince.

Comment?

le marquis, avec une gravité comique.

Si elle l'ordonne, cependant, j'aurai l'honneur de lui soumettre un travail à ce sujet là. (S' inclinant.) Je cours rassembler le conseil {à part) ou plutôt le faire manquer.

(Il sort par la droite.)

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