Le bouquet des fleurs de Sénèque
En parcourant les anciennes comme les plus modernes éditions des œuvres de Malherbe, on doit croire qu'il ne commença à éciire qu'en i585 ou i58G, et que retiré alors à Paris, il se borna à composer pour la cour. Ce fut en
■(i) C'est au savant historien des Trouvères norniamls (M. l'abbé De La Rue), que nous empruntons ces vers inédits ou peu connus de Malherbe, et la Notice cpii les précède , pour les joindre aux diverses éditions de ce poète. Nous avons cru rendre un service aux admirateurs de Malherbe en leur fournissant le moyen de compléter les œuvres de cet homme célèbre.
( Xute de r Éditeur. )
iv NOTICE SITTÎ MAMIERBE.
effet pour Henri lll qu'il traduisit de l'Italien les larmes de St.-Picrre', Henri IV et Louis Xlil furent ensuite le sujet de ses cliants ; enfin il écrivit pour les ministres et les courtisans de ces princes , et même pour les maîtresses des uns et des autres.
Alors on a peine à concevoir comment Malherbe , né à Caen en 1 555, aura vécu sans écrire jusqu'en 1 585, c'est-à-dire, qu'il sera parvenu à l'âge de trente ans, sans que son goût pour la poésie se soit manifesté. Cependant il avait eu alors sous les yeux les guerres de religion et leurs suites sanglantes, les massacres de la St.-Barthelemi et leurs horreurs, la fureur des parlis, l'amhilion des princes étrangers, les troubles de l'élat , la division des familles , l'impiété partout triomphante , et sa muse indignée n'aurait pas éclaté contre tant de désordres ! Nous ne l'avons jamais pensé, d'autant plus que nous tiouvons qu'il écrivait en vers français, à l'âge de vingt ans ( 15^5 ), et qu'il nous reste quelques-uns de ses premiers essais à celte époque.
C'était un nsage établi à Caen , au XM^. siècle, de conserver par des chants la mémoire des personnes marquantes de la ville ; ces chants
WOTICE SUR MALHERBE. T
étaient en vers latins , quelquefois en vers grecs et plus souvent en vers français ; souvent on les réunissait et on les publiait sous le nom de Tumulus o\\ Tombeau de, etc. Il nous reste plusieurs ouvrages de celte espèce, et dans celui de Geneviève Rouxsel, fille du poète latin de ce nom, professeur d'éloquence à Caen , on voit les littérati de la même ville s'empresser de célébrer le mérite et les charmes de la fille d'un confrère ; parmi eux on remarque le célèbre docteur Jacques de Cabagne, qui composa une épitapbe en vers latins ; mais on dislingue surtout le jeune Malherbe qui la met en vers français à l'âge de vingt ans ( loyj ). Nous avons l'une et l'autre pièce dans un manuscrit, où Cabagne a transcrit plusieurs de ses propres ouvrages, et on y voit avec plaisir le jeune poète dirigeant ses premiers pas vers le Parnasse , où il occupa dans la suite un rang si distingué Pour y parvenir , il se livra de bonne heure à l'étude des classiques grecs et latins ; mais les ouvrages de Sénèque le philosophe l'occupèrent principalement ; loin de la cour et de la capitale, c'est dans la solitude qu'il médite et se pénètre de sa morale ,en traduisant prcs-
TJ AOTICE Sl'R MALHERBE.
que toutes ses épîtres , et sa philosopliic le charme tellement quelle inspire bientôt sa muse; aussi le sujet de ses premières Odes est-il toujours pris dans une sentence du philosophe qui fait ses délices ; et comme par sa naissance et son mérite , il était en rapport avec les familles les plus distinguées de la Normandie , c'est aux personnes les plus marquantes de cette province qu'il adresse ses premières productions. Malherbe les réunit en iSgo et le fit imprimer à Caen sous le titre de Bouquet des fleurs de Senèque. Cet ouvrage passa absolument inaperçu dans la capitale , alors dominée par la Ligue , et dans les provinces agitées par la guerre civile ; aussi est-il devenu extrêmement rare et absolument inconnu aux premiers comme aux derniers éditeurs des œuvres de Malherbe.
Nous ne saurions donc manquer de faire une chose agréable à nos lecteurs, en leur offrant les moyens de connaître ces premiers essais de notre compatriote. Nous pensons d'ailleurs que l'on nous saura gré d'offrir ces premières Odes de Malherbe, moins sous le caractère d'une nouvelle édition , que sous celui d'une espèce àe fac-similé de la première.
NOTICE SUR MALHEREE. "V»j
Aussi la réimpression de ces pièces est-elle absolument conforme à l'édition qu'en donna Malherbe lui-même : seulement nous avons cru devoir y ajouter quelques notes pour faire connaître les personnes auxquelles ces Odes sont adressées.
SENEQUE
Consumpsêre se quidam, dum acta regum externorum componunt, quœque passi iii-
vicem, ausique sunt populi Quanto satius
est sua mala extinguere , quàm aliéna pos-
teris tradere ! Quanto potiùs Deorum
opéra celebrare quàm Philippi aut Alexandri latrocinia ?
Ex Ub. 1 2 1 de quaest. nov.
Ce ISouquet