SCENE X
TERNESEC, LABON DE.
LA«oN DE, se- présentant a Ternesec.
Je vous demande bien pardon, moniieur, mais il faut attendre.
TERNESEC
Pourquoi donc cela?
j:. A B O NDE
Parce qu'il n'y a plus de place.
TERNESEC
Allons, c'est fait pour moi.
Mais ils vont sortir et alors...
TERNESEC
Sortir? oui , ils sortiront comme les numéros que Je met» à la loterie , depuis quinze ans.
L AB ONDE
Comment, depuis quinze ans.
TE RN E SE c
Oui, monsieur, depuis quinze ans, je poursuis des numéros qui m'échappent, et voilà pourquoi vous me voyez...
( il lui montre son auberge, )
Quoi , monsieur , vous en êtes réduit là ?
Hélas! ouï , br^ve homme, et ce qu'il y a de plus^ cruel dans mon malheur , c'est que j'ai toujours manqué d'un ou deux numéros ceux qui sortaient; mettais-je le io,il venait le 1 1 , mettais-je le 28 , il venait le 3o , vous voyez comme cela se touche \ mettàis-je le 9, il sortait le 83.
Où se pend-on après cela?
TERNES. EC
Je vous le demande.
Cest que vos numéros en valaient bien d'autres, et je nû conçois pas ce qui les a empêché de sortir.
Ah ! c'est qu'il a plu...
Vous croyez que c'est la pluie?
TOURNES fi: c
Non, c'est qu'il a plu au sort de me contrarier jusqu^à la fin, voilà la seule raison que je puisse supposer, car autrement... Ah! je suis de bonne foi , si j'avais mis à la loterie g 1 , 9^>. , 93 , je me serais dit ; ces numéros n'étant pas dans la roue y n'en peuvent pas sortir... mais j'ai la persuasion intime que les miens... Parbleu! tenez ^ voulez-vous que jâ vous dise ce que je pense, moi ?
L A B o N DE •
Oui.
T Ë BWÉ s ÉC
C'est que le hasard entre fpour beaucoup dan« tout céîâ,
Vous croyez.
TE tlNESE C
Ghttt ! entre n<nis soit dit, il ne fapt pas que cela îiôus passe , mais le fait est que depuis quinze ans, je n ai pas eu à cette diable de loterie d'autre erinemi que lui.
L A B ON DE
Eh bien ^ mon cher monsieur , si vous ayez été malheu ; reux pendant quinze ans, vous n'avez pas été le seul,
T EÏVW E s E c
Ce guîgnon est d'autant plus étonnant, que j'y ai mis: tous les numéros successivement , je n'en ai pas oublié un... excepté trois que je mettrais aujourd'hui , si j avais encore* mes cheveux.
Le Bouquet C
Comment > vos cheveux ?
T E II J>f E s E e
Oui , monsieur, mes cheveux , car il faut que vous sachiez que toujours poussé par ma mauvaise étoile à faire des sottises, et bientôt réduit par cette même mauvaise étoile à mon dernier sou , je pris le parti désespéré de me dépouiller ,^d une magnifique chevelure que je possédais, et d'en faîjre de l'arge^it.
'^ ■ \ '/' L A B ON D E
i^li ! vous vous êtes fait.. •'
Tondre , mon cher monsieur, ôtant d'une main son chapeau et de faiâre sa perruque,) Comme vous voyez, et pour satisfaire ma rage toujours renaissante de loterie...
L A Ti o N D E
Couvrez-vous donc , un rhume est sitôt attrapé.
TE RNES EG
Ne faites pas attention. Je dois dire à l'éloge de mes amis, que tous...
Couvrez-vous donc, je vous en prie , car lorsqu'une fois on est enrhumé , on...
Tous , comme j'avais l'honneur de vous le dire, ont blâmé ce coup de tête, mais je fus sourd à leurs conseils comme l'aveugle fortune ét^it sourde à mes prières, et le premier tirage^ emporta ma dernière ressource.
Ah! mon dieu l
A l'exception de quelques sols, que par une fatalité qui îi'a et n'aura jamais d'exemple, je risquai à une de ces petites loteries ambulantes , qui ne sont autre chose qu'un appât offert par le charlatanisme à la médiocrité ambitieuse, que séduit trop souvent le prisme trompeur de l'espérance , et qui nouveau papillon , va s'y brûler à la chan:delle.
LA BON DE
Et vous avez encore perdu ? • .
Au contraire, monsieur, j'ai gagné.
L A B ON D E
Ah ! c'est fort heureux.
TERNESEC
Heureux, heureux. Imaginez-vous qu'il est écrit que j« serai malheureux jusques dans mon bo, heur, vous savez ou vous ne savez pas que ces petites loteries se composent de difFérens objets, tels que miroir.
LABONDE X
Oui , couteaux.
Brosse à dents.
Savonnettes.
Bretelles. Pain d'épice.
Jeu de quilles.
Paire de ciseaux.
Dez d ivoire.
Chaînes de similor.
Boucle d'étain.
Porte mouchettes.
T E UNE s EC
L A B O N DE
TERNESEC
LABONDE
TERNESEC
LABONDE
TERNESEC
L A B O N DE
TERNESEC
Bobèche... Enfin, j'étais sur le boulevard du Temple , lorsque àTaspect d'une aiguille qu'agitaient sur un pivot plusieurs victimes comme moi d'une passion funeste , je me sens poussé par une main invisible, je dis invisible, parce que je me suis retourné et que je n'ai vu personne , et ma foi...
Air : Vaiid, de la harhe du frère Jean,
Je tourne la falale aigtiilîe
Et dis eala vo3^ant tourner :
Le destin qui toujouis ni'ctnllc ,
Va-t-il enfin m'abandonner?
Mais du gujgnon qui m'accompagne
Voyez le coup inattendu
Depuis deux jours j'étais tondu,
Et c'esl^ un peigne ( ter) que je gagne.
LABONDE
Savez-vous qu'à votre place , j'aurais de la loterie pardessus la têfe.
T E II ÎJ E S E C
Ah! mon dieu ^ cela devrait être, maïs comme dit le proverbe , qui a bu, boira. Mais en parlant de cela , il mè parait qu'on ne sort pas souvent de chez vous.
^ L A B O IV X) lî
C'est une preuve que Ton s y trouve bien; écoutez donc, ïnettez-vous à leur place.
Eh! mon dieu, c'est tout ce que je demande, (f/ aperçait un convive qui sort sans chapeau') Attendez, en voilà un qui sort , ma foi , qui quitte sa place , la perd , ne dites Tien,
( il entre furtivement chez» Labonde. )