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LAPALISSE

Mourier-Desgayet. — Juge de paix, nommé en 1821, assez de capacité, de mœurs douces, ses opinions paraissent bonnes. Il serait à désirer qu'il eut plus de fortune.

Maillane. — 1% suppléant, nommé en l'an VIII, assez de capacité, estimé sous le rapport de la probité, fortune de plus de deux cent mille francs. Ses opinions politiques ne sont pas louables. Il les manifeste sans réserve ni discernement, mais il est incapable d'agir contre le Gouvernement.

Raigner-Frayon. — 2° suppléant, ayant de la capacité, peu de fortune, ses opinions sont douteuses.

Seuillet Antoine. — Greffier, nommé en 1814, a de la . capacité, point de fortune, ne s’est jamais fait remarquer par des opinions blâmables (1).

Des renseignements analogues furent fournis pour les autres arrondissements. Pendant toute l’année 1824 le minis-

(1) Archives départementales de l'Allier, série U, 1823,

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fère de la Justice S'occupa beaucoup en effet des juges de paix et de leurs suppléants. Dans les autres administrations le personnel fut également surveillé. C'était l'époque, où les ultras, revenus au pouvoir, croyaient convertir la France aux idées royalistes, en De d'intimidation, de menaces même.

Pendant cette même année 1824, notre Préfet, le vicomte Harmand d'Abancourt, était nommé député des Ardennes. Il quitta Moulins et fut remplacé par le Roy de Chavigny, préfet des Pyrénées-Orientales. Retenu à Perpignan, écrit-il, « par des devoirs pénibles et consolants à remplir : annoncer à une population religieuse et monarchique une perte douloureuse et l’avènement au trône du modèle des Princes, de la noble et vivante image du bon roi Henri, dont le souvenir ne s'effacera jamais » il n'arriva à Less qu à la fin de septembre 1824.

Le Roi de Chavigny était, avant tout, un royaliste sincère, ardent et zélé, mais c'était aussi un gentilhomme dans toute l'étendue du mot. Conciliant, il savait recevoir son monde avec le sourire, et cherchait à éviter le désordre. Son amabilité fit qu’il laissa de bons souvenirs à Moulins.

Dès son arrivée, il se félicita de trouver le département qu'il venait d'administrer dans les mêmes sentiments que les braves populations du Midi qui, dit-il, « se reposent avec une entière confiance dans la sagesse du Trône ». Et, à ce sujet, il écrivait dans le Bulletin administratif : « l'Histoire jugera de l'œuvre de la Restauration par son ensemble. Elle dira, qu'avec les Bourbons, disparurent, dans un temps de désastreuse mémoire, la fidélité des peuples, la morale et la religion, seules bases sur lesquelles ellè peut reposer. Qu'’au crime et à l'anarchie, succéda le despotisme, ne laissant à la France éplorée que d'anciens souvenirs et la gloire de ses armes ; que les Bourbons rentrèrent, et que dans une période de dix années, la société ébranlée fut reconstituée sur de

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nouveaux et durables fondements. La Révolution avait tout détruit, la Restauration eut tout à recréer et recréa tout.

« C’est sous ces auspices que le Roi Charles X monte sur le Trône, et déjà aux accents de son noble cœur tous les Français se rallient autour de sa personne sacrée ; tous ont des droits à son affection : ce sont ses propres paroles, et des cris et des transports unanimes les ont accueillies» (1).

La mort de Louis XVIII venait en effet de donner la couronne au comte d'Artois. Jusque-là, il avait été le chef du parti. contre-révolutionnaire et son avènement fit redouter une réaction violente. Les élections de 1824 avaient d'’ailleurs donné la majorité aux ultras et ce résultat semblait donner raison à Charles X, quand il disait que la majorité de la France pensait comme lui.

. Cependant les premiers actes du Roi démentirent presque sa conduite antérieure et lui concilièrent les libéraux. Le chef de parti allait-il comprendre que lorsque l’on est à la tête du gouvernement, seul doit compter l'intérêt du pays. Toujours est-il que la censure fut abolie, quelques condamnés politiques furent grâciés. Mais lorsque Charles X annonça son intention de se faire sacrer à Reims, l’inquiétude recemmença à grandir.

Le Roi de Chavigny ne manqua pas d'annoncer la grande nouvelle à ses administrés : « Une Cérémonie Auguste se prépare à Reims, le 29 de ce mois (mai) ; le souverain, que la divine Providence a départi à notre belle France, heureuse seulement depuis le retour de sa noble race, joindra aux droits qu’il tient de sa naissance, l’onction sacrée.

Charles X sera sacré ».

Ainsi triomphait la thèse chère aux ultras : la théorie de droit divin recevait la consécration officielle. Charles X,

(1) Recueil des actes administratifs, No 24, année 1824,

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par dessus l'Empire et la Révolution, renouait la chaîne des temps ! Comme ses antêtres, il serait saicré ! Il ne reconnaissait tenir sa couronne que de Dieu : « Et l’on vit, dans la cathédrale de Reims transformée en temple grec, Moncey, connétable, porter l'épée de Charlemagne, Soult le sceptre, Mortier la main de Justice et Jourdan la Couronne ».

La Révolution n'était plus qu'un mot ; les Chambres allaient travailler à en effacer les dernières traces. Depuis longtemps déjà, les émigrés réclamaient que les biens « dits nationaux » leur soient rendus ou tout au moins qu'il leur soit alloué une indemnité compensatrice. Déjà, en 1821, une association s'était formée en vue de la réalisation de cette idée. Le 11 février 1823, de Coiffier-Demoret, l'historien bourbonnais, ancien membre de la Chambre des députés, adressait, à un des membres de cette Chambre, un long mémoire, accompagné d’une lettre dont nous extrayons le passage suivant : « Un de mes intimes amis, le vicomte de Conny, qui se compte aussi au nombre des vôtres, m'a sou- : vent parlé de votre zèle, bien prouvé d’ailleurs à toute la France, pour une cause aussi juste, et j'ose dire aussi intéressante, qu'elle a été jusqu'à présent malheureuse, et c’est d’après ses conseils que je me permets de vous adresser une pétition et mémoire, destinées, depuis longtemps, pour la Chambre des Députés. Il y a plus de deux ans, lorsque M. de Corbières déclara à la tribune que le salut de l'Etat était intimement lié avec la cause des anciens propriétaires des biens « dits nationaux », je conçus l’idée de cette pétition. J'étais alors à Paris, mais obligé de revenir dans mon département, avant l'ouverture de la session de 1821, je ne donnais pas suite à ce projet, quoique le mémoire fut préparé. L'apparition d'un ministère royaliste fit bientôt penser qu’il s'occuperait de cette importante mesure, que le dernier ministère, tout éloigné des vrais principes monarchiques qu'on le croyait, avait pourtant semblé vouloir prendre en

considération. Un an s'est écoulé et l'on peut croire qu'au lieu d'y tendre, on s'en est éloigné ».

Une brochure qui parut en 1821 sous le titre d’ « opinion d’un jurisconsulte » résumait toutes les plaintes et doléances des émigrés, et niait la légalité de toutes les mesures prises par les gouvernements qui se succédèrent de 1789 à 1815.

« La confiscation des biens des émigrés prononcée par les lois des assemblées nationales à été prononcée illégalement. Ces lois n'ont pas pu valablement enlever aux émigrés la propriété de leurs biens pour la transférer à la nation et le gouvernement qui n'avait qu’une possession illégale de ces biens n’a pu en transmettre aux acquéreurs la propriété qu'il n'avait pas...

« D'ailleurs, c’est une vérité que l’on ne peut méconnaître qu'il faut, ou nier le principe tutélaire de la légitimité et par conséquent ne laisser aucune base solide à l’autorité qui a donné la Charte à la France, ou avouer que tous les actes des gouvernements de fait qui ont régi la France en l’absence du Roi sont nuls et n’ont depuis la Restauration, pris d'existence légale, que par la sanction que l'autorité légitime leur a donnée ». À

Enfin, devant les réclamations sans cesse répétées des émigrés, le gouvernement se décide à faire quelque chose. Le ministre des finances chargea le directeur général de l'administration des domaines de faire dresser l'état général des ventes qui avaient été effectuées dans chaque département, en vue de préparer les bases d’un projet de loi pour l'indemnité à accorder aux anciens propriétaires, dont les biens immeubles avaient été aliénés en vertu des lois sur l'émigration. Le projet accordant une indemnité fut déposé par de Villèle. Un député de la droite trouva ce projet fort insuffisant ; il demandait tout simplement que les terres et propriétés fussent restituées à leurs anciens propriétaires ou à défaut aux héritiers de ces derniers, La Chambre n'osa

tout de même pas le suivre, mais le projet fut voté à une grande majorité et devint la loi du 27 août 1825. L'application en fut rapidement poursuivie. Nous ne rentrerons pas dans les détails ; un grand nombre d'anciens propriétaires bourbonnais reçurent des indemnités assez fortes. Nous reproduirons cependant le récépissé de la notification d’une décision de la commission de liquidation, adressée à un propriétaire de Contigny : |

__ « Je soussigné, Imbert de Balorre Claude-Louis, propriétaire et maire de la commune de Gontigny, reconnaît avoir recu de Monsieur le Préfet de l'Allier, avec une lettre de son Eminence le Ministre ds Finances, en date du 10 octobre 1825, celle du 8 du même mois par laquelle M. le secrétaire général de la commission de liquidation, établie en vertu de la loi du 27 avril 1825, m'annonce, que cette Commission a liquidé, le 3 précédent, à la somme de cent quatre vingt huit mille huit cent soixante deux francs quarante trois centimes, l’indemnité qui me revient.

A Contigny, le 14 novembre 1895, Signé : De BALORRE.

La droite ne s’en tint pas là. Un projet tendant à rétablir l’ancien droit d’aînesse fut voté par la Chambre, mais repoussé par les pairs. Le clergé eut l'appui d’une législation spéciale qui devait lui faire retrouver son ancienne puissance.

La police redoubla d'activité et fit surveiller ceux qui rappelaient l’Empire ou la Révolution. À Gannat, un nommé Champagnot fût arrêté, pour avoir crié « vive l'Empereur ». Le préfet reçut l'ordre, le 16 avril 1824, de faire surveiller le comte de Chassenon, ex-secrétaire de Fouché, qui avait obtenu un passeport pour l'Allier, le Cher et la Nièvre (1).

(1) Archives départementales de l'Allier, M. police, 1re série, n° 8,

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Le préfet du Rhône demandait à son collègue de l'Allier de faire surveiller les voitures publiques afin de faire rechercher le sieur Guillerment « que ses liaisons et ses opinions très prononcées font soupçonner d'être un des agents de la faction libérale et d'être porteur de la correspondance du comité de Grenoble à celui de Paris (1).

Un important mouvement administratif eut lieu. Le marquis de Longueil, légitimiste notoire, fut nommé souspréfet de Lapalisse. Aussitôt installé, il adressa une circulaire aux maires où après avoir constaté que ce serait leur « faire injure » que de douter de leur attachement aux Bourbons, il leur rappelait que leur fonction ne devait pas se borner à surveiller l'exécution des lois « mais encore à faire chérir le monarque sur lequel repose le principe de toute loi et de toute justice (2). »

Le 26 octobre 1824, il écrivait au préfet que la célébration des fêtes et dimanches était absolument négligée dans son arrcndissement. Il demandait au préfet de rappeler aux maires « l'obligation où ils sont de faire exécuter la loi du 18 novembre 1814 ». Le Préfet répondit que des peines étaient édictées contre les conirevenants et qu’il appartenait au sous-préfet d'appeler « l'attention de ces fonctionnaires (les maires) sur Ce point » (3).

Un peu plus tard le maire de Diou prenait un arrêté interdisant aux débitants de la commune de recevoir « aucun habitant de l'endroit » et de « débiter des boissons pendant les offices divins » (4).

Le renouvellement quinquennal des maires et adjoints devait avoir lieu en 1826 ; il reçut tous les soins de l’adminis-

(1) Archives départementales de l'Allier, M. police, 1re série, N° 16

(2) Archives départementales de l'Allier, M. police administrative, liasse 38. |

{3) Archives départementales de l'Allier, M. police, 2e série. 1824.

(4) Archives départementales de l'Allier, M. police, 2e série, 1826,

tration. Déjà le 18 octobre 1825, le ministre de l'intérieur adresse ses instructions aux préfets, il leur rappelle qu’autant que possible ils doivent conserver les titulaires actuels, tout en leur recommandant de ne point oublier, dans leur choix « que les magistrats municipaux doivent l'exemple à leurs administrés pour la probité, pour les mœurs, pour la religion et pour le dévouement au Roï » (1).

Le travail des sous-préfets qui avaient à préparer les listes de candidats fut assez laborieux ; ils manquaient d'éléments.

Le sous-préfet de Montluçon ne proposa aucun changement pour le maire et les deux adjoints de cette ville ; il craignait même qu'ils refusassent de continuer leurs fonctions. Dans ce cas, écrit-il au préfet, « je me verrais dans le plus grand embarras, par la difficulté de présenter des sujets capables et dévoués au gouvernement ». Il demande avec insistance le renouvellement du conseil municipal « qui est en majorité composé d'individus d’une opinion prononcée pour le libérallsme le plus effronté et particulièrement les avoués qui ont envahi toutes les administrations de la ville » (2).

Il propose en outre le changement de 8 maires de son arrondissement, dont 3 pour mauvaises opinions (3).

(1) Archives départementales de l'Allier. Série E. Elections 1825.

(2) Archives départementales de l'Allier, Série E. Elections 1825.

(3) Chavenon. — Le maire, homme violent, d’un libéralisme etfréné ; s'étant fait remarquer, à l'époque des élections, par une violente opposition et par: une conduite des plus inconvenantes dans le collège électoral,

Doyet. — Le maire, révolutionnaire, homme violent et emporte, ayant eu des affaires fâcheuses avec des militaires voyageant par étapes. (La commune de Doyet est partagée entre deux famillse hono rables, celles de Courtais et Lebel de Belchasseigne. Ce dernier, Chevälier de Saint-Louis, ancien maire, bon administrateur. Par suite

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Il n'ose assurer le préfet, qu'avec tous ces changements

- les municipalités auront reçu toutes les améliorations dont

elles seraient susceptibles.

Le sous-préfet de Lapalisse se plaint amèrement de la composition des municipalités de son arrondissement. « Je suis celui de vos sous-préfets, le plus mal partagé dans la composition des maires et adjoints ; ils sont presque tous d'une ignorance crasse ; ils appartiennent tous à cette classe de cultivateurs. Ce sont de braves gens qui ont de la bonne volonté, voilà tout ». Cependant, il est convaincu de la nécessité de conserver les titulaires ; d’ailleurs, il manque d'éléments pour en proposer d'autres. Ceux que leur instruction rendrait capable de faire de bons administrateurs communaux refusent d'accepter cette charge, cette dernière les mettant complètement sous la dépendance de l’administration.

Le sous-préfet de Gannat demande de nombreux changements et trouve que la plupart des titulaires manquent de zèle, ou professent ouvertement de mauvaises opinions « soit en votant mal, soit en usant d’une fâcheuse influence sur les habitants des communes qu'ils administrent ».

Quoiqu'il propose le remplacement de « dix à douze maires ou adjoints », il déclare qu'il est loin d'obtenir une « composition parfaite ». « Les sujets manquent, écrit-il, et partout où je ne trouverai pas d'influences utiles et de meilleures garanties, je suis bien forcé de conserver les titulaires qui sont loin de répondre à la confiance dont ils sont investis, mais j'espère, qu'au moyen de réunions de communes, dont je m'occupe avec la plus grande précaution, nous parvien-

de la haine qui s'établit entre les deux familles, M. de Fumeron d’Ardeuil avaït été obligé de nommer maire le sieur Murel).

Montvicq. — Le maire, révolutionnaire forcené et influent, espèce de praticien qui fomente des procès. (Archives départementales de l'Allier, série E, Elections, 1825).

drons à obtenir de meilleurs éléments pour la composition des autorités municipales ».

Ainsi, malgré tous leurs efforts, l'administration municCipale allait échapper, échappait déjà, tout au moins dans notre département, aux mains des ultras. Les préfets et souspréfets étaient toujours leurs amis, mais à la tête des communes rurales, ils étaient obligés de laisser des hommes, pour la plupart incapables, mais ayant tout au moins cette qualité : se laisser diriger. D'ailleurs, les difficultés devinrent de plus en plus grandes, et dans certaines communes on ne trouve même pas de titulaires pour les postes municipaux.

Le maire de Ferrière, Fougerolles, donne sa démission vers la fin de 1825. Reigner, proposé pour lui succéder, refuse d'accepter. « Les têtes sont ardentes » écrit le sous-préfet, « la commune se partage en deux partis, celui du curé, et celui du maire, qui lui est opposé. Je me trouve réduit à prendre un cultivateur et par suite un homme illettré ; il deviendra nécessairement l'homme d'un des deux

partis». Le maire démissionnaire avait bien proposé un remplaçant, le nommé Desrennes ; mais ce dernier était un « prêtre marié » ou tout au moins « il avait été engagé dans les ordres ». Il ne pouvait donc être parlé de sa nomination. Finalement, le préfet fut obligé de confier l'administration de cette commune à Moranges, huissier, que sa qualité de fcnctionnaire empêchait d’être maire.

À Cressanges, l’adjoint Olivier donne sa démission, le 8 octobre 1825. Cressanges qui n'avait déjà plus de maire, se trouve ainsi privée d'administrateurs.

Le maire de Gannat, baron Deneuchèze, se plaint fort de son adjoint Cluzel. Ce dernier avait été maire pendant les Cent-Jours et destitué au retour du Roi. C'était un motif suffisant pour que Deneuchèze demanda sa destitution. Il proposait, pour lui remplacer, Battier « qu’il aime beaucoup et qui fera tout le bien du service ».

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L'administration municipale était ainsi une source de diffcultés toujours renouvelées, pour les admnistrateurs de notre département. Il fallut tout le tact et toute l'autorité du préfet, Le Roy de Chavigny, pour éviter de plus grandes complications.

Cependant, la politique suivie par de Villèle était contraire à l'opinion générale. Les élections de 1827 ne lui furent pas favorables. Il fut obligé de se retirer.

Le 5 janvier 1828, un nouveau ministère était formé. Il n'y eut pas de président du conseil ; mais de Martignac passa pour être le chef du Gouvernement.

De Martignac essaya de gouverner avec les gauches. Royer-Collard fut nommé président de la Chambre des Députés. Mais bientôt les concessions faites par le nouveau ministère furent jugées insuffisantes ; de plus, Charles X ne soutenait pas son ministre, bien au contraire, il contrariait son action. Martignac subit un échec au sujet d'un projet de loi sur l'administration départementale et communale : mais il ne se retira pas tout de suite ; il était visible cepen dant qu'il ne pouvait rester au pouvoir.

Le 31 juillet, la session était close. Le 6 août, le Roi congédiait ses ministres. Le nouveau ministère était tout prêt. De Polignac eut les Affaires étrangères, La Bourdonnaye, l'Intérieur, Bourmont, la Guerre, Chabrol, les Finances, Courvoisier, la Justice, Montbel, l’Instruction publique. Le ministère de la Marine fut difficile à pourvoir. L’amiral de Rigny, d’abord nommé, refusa de devenir le collègue de

Bourmont. Le Roi pensa à de Conny, député de l'Allier,

mais, craignant l'indépendance de son caractère, il ne s'arrêta pas à ce choix ; ce fut un préfet, d'Haussez, qui devint titulaire du portefeuille.

L'opinion publique laissa voir son mécontentement. Benjamin Constant et La Fayette furent acclamés.

Les Chambres furent réunies assez tard, le 2 mars 1830. Le discours du trône n’annonça aucune mesure de réaction

politique. Cependant la Chambre vota une adresse où elle demandait au Roi le renvoi de ses ministres. Un assez grand nombre de royalistes, légitimistes sincères, n’approuvaient pas la nouvelle orientation de la politique du Roi.

De Villette, membre du Conseil général de l'Allier, donna sa démission ; il fut remplacé par de Conny dont les opinions ultra-royalistes ne se démentirent jamais (1).

De Champflour, maire de Moulins, qui avait pourtant donné de si grandes marques de dévouement à la dynastie, ne conserva pas ses fonctions. |

Le ministère de Polignac ne pouvait pourtant pas gouverner avec la nouvelle Chambre. La dissolution de cette dernière fut décidée. L’ordonnance parut le 16 mai. Les collèges électoraux étaient convoqués pour le 23 juin et le 3 juillet.

Le Roi intervint lui-même dans la lutte électorale, mais l'opposition triompha. A Moulins, malgré les efforts du préfet, des libéraux furent élus au petit collège. Des royalistes notoires, entr'autres, de Champflour, de Castellane, Denoys, votèrent contre le candidat ministériel ; tous les trois d'’ailleurs furent destitués de leur fonction de conseillers géné- Taux.

Ces mesures ne devaient pas sauver Charles X. Ce dernier ne se tenait d'abord pas pour battu. Le 25 juillet, quatre ordonnances furent signées au conseil. La première suspendaït la liberté de la presse ; la deuxième prononçait la dissolution de la Chambre ; la troisième modifiait la loi électorale ; la quatrième convoquait les collèges électoraux d'arrondissement pour le 6 septembre, et de département: pour le 13. Une cinquième ordonnance appelait au Conseil d'Etat des hommes que leurs opinions ultra-royalistes trop prononcées avaient fait écarter précédemment.

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(1) Archives départefñentalés de l'Allier, série E. Elections 1830.

Les ordonnances parurent le 26 juillet. Le 27, il y eut des troubles dans Paris, le 28 le drapeau tricolore fit sen apparition. Le 29 les insurgés étaient maîtres de la capitale.

Le Roi retira ses ordonnances et renvoya ses ministres ; il était trop tard. La Chambre des députés, après bien des hésitations, offrait, au Duc d'Orléans, la lieutenance géné: rale du royaume.

La province fut généralement calme. A Moulins, la proclamation du Gouvernement provisoire fut lue sur le per: ron de l'Hôtel de Ville, et acclamée.

Le Roy de Chavigny essaya de protester contre la suppression du drapeau blanc, mais inutilement. Il prit alors le parti de se retirer.

A Montluçon, une commission municipale, composée des notabilités du parti libéral, prit la place de la municipalité et adressa au conseiller de préfecture faisant fonctions de Préfet, la proclamation suivante : « Le maire de cette ville étant absent pour cause de maladie... le seul adjoint dent notre mairie fut pourvue a donné sa démission et nous nous trouvions sans administrateurs municipaux. Cette vacance d'autorité était d'autant plus affligeante que celui qui, malgré sa démission, tenait encore les rênes de l’administration municipale, avait le malheur et peut-être le tort d'avoir affaibli par des opinions antipatriotiques, la confiance qu'il mérite comme citoyen.

« En cette occasion, les autorités de Montluçon se sont hier réunies et ont cru devoir nommer une commission administrative provisoire.

« Nous sommes aujourd’hui investis de cette fonction et nous nous empressons de nous mettre en rapport avec vous, disposés que nous sommes à recevoir vos ordres, dépêches, nouvelles et instructions que vous seriez dans le cas de nous adresser dans l'intérêt du nouveau Gouvernement.

« Nous ajoutons que le sous-préfet de notre arrondissement, qui s'était toujours montré zélé pour l’ancien ordre de

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