‹ Le bourgeois gentilhomme (volume 2)Chapitre 100 sur 186 · ACTE III, SCENE XV · texte numérisé non relu

ACTE III, SCENE XV

DOUANTE.

Voilà qui est bien.

DORIMENE.

Je ne sçay pas, Dorante; je fais encore icy une étrange démarche, de me laisser amener par vous dans une maison où je ne connois personne.

DORANTE

Quel lieu voulez-vous donc, Madame, que mon amour choisisse pour vous régaler, puis que, pour fuir l'éclat, vous ne voulez ny vostre maison, ny la mienne ?

DORIMENE.

Mais vous ne dites pas que je m'engage insensiblement chaque jour à recevoir de trop grands témoignages de vostre passion. J'ay beau me défendre des choses, vous fatiguez ma résistance, et vous avez une civile opiniâtreté qui me fait venir doucement à tout ce qu'il vousplaist. Les visites fréquentes ont commencé *; les déclarations sont venues en suite, qui après elles ont traisné les sérénades et les cadeaux, que les présens ont suivy. Je me suis oposée à tout cela, mais vous ne vous rebutez point, et pied à pied vous gagnez mes resolutions. Pour moy, je ne puis plus repondre de rien, et je croy qu'à la fin vous me ferez venir au mariage dont je me suis tant éloignée.

DORANTE

Mafoy, Madame, vous y devriez déjà estre. Vous estei veuve, et ne dépendez que de vous. Je suis maislre di moy, et vous aime plus que ma vie. A quoy tient-i que dés aujourd'huy vous ne fassiez tout mon bon heur ?

DORIMENE.

Mon Dieu, Dorante, il faut des deux parts bien de; qualité/, pour vivre heureusement ensemble et lei deux plus raisonnables personnes du monde ont souvent peine à composer une union dont ils soien satisfaits.

DORANTE

Vous vous moquez, Madame, de vous y figure; tant de difficultez ; et l'expérience que vous avez faiti ne conclut rien pour tous les autres.

DORIMENE.

Enfin, j'en reviens toujours là. Les dépenses que j< vous voy faire pour moy m'inquiètent par deux raisons l'une, qu'elles m'engagent plus que je ne voudrois et l'autre, que je suis seure, sans vous déplaire, qiu vous ne les faites point, que vous ne vous incommodiez; et je ne veux point cela.

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