ACTE I , SCENE I
MAISTRE A DANGER
Nos occupations, à vous, et àmoy, ne sont pas petites maintenant.
MAISTRE DE MUSIQUE
Il est vray.Nous avons trouvé icy un homme comme il nous le faut à tous deux. Ce nous est une douce rente que ce monsieur Jourdain, avec les visions de noblesse et de galanterie qu'il est allé se mettre en teste. Et vostre dance et ma musique auroient à souhaiter que tout le monde luy ressemblast.
MAISTRE A DANCER
Non pas entièrement ; et je voudrois, pour luy, qu'il se connust mieux qu'il ne fait aux choses que nous luy donnons.
MAISTRE DE MUSIQUE
Il est vray qu'il les connoist mal, mais il les paye bien *; et c'est dequoy maintenant nos arts ont plus besoin que de toute autre chose.
MAISTRE A DANCER
Pour moy, je vous l'avoue, je me repais un peu de gloire. Les aplaudissemens me touchent ; et je
* L'astérisque placé à la suite d'un mot indique un renvoi aux noies. Nous le disons ici une fois pour toutes.
LE HOU lui li OIS GENTILHOMME.
tiens que, dans tous les beaux arts, c'est un suplice assez fâcheux que do se produire à des sots ; que d'essuyer sur des compositions la barbarie d'un stupideJ Il y a plaisir, ne m'en parlez point, à travailler pour des personnes qui soient capables de sentir les délicatesses d'unart ; qui sçachent l'aire un doux accueil aux beautez d'un ouvrage, et par de chatouillantes aprobations, vous régaler de vostre travail. Oùy, la' récompense la plus agréable qu'on puisse recevoir des choses que l'on fait, c'est de les voir connues ; de les voir caressées d'un aplaudissement qui vous honore. Il n'y arien, à mon avis, qui nous paye mieux que cela de toutes nos fatigues; et ce sont des douceurs exquises, que des louanges éclairées.
MAISTRE DE MUSIQUE
J'en demeure d'accord, et je les goûte comme vous. Il n'y a rien assurément qui chatouille davantage que les aplaudissemens que vous dites; mais cet encens ne fait pas vivre. Des louanges toutes pures ne mettent point un homme à son aise : il y faut mesler du solide; et la meilleure façon de louer, c'est de louer avec les mains. C'est un homme, à la vérité, dont les lumières sont petites, qui parle à tort et à travers de toutes choses, et n'aplaudit qu'à contre-sens ; mais son argent redresse lesjugemens de son esprit. Il a du discernement dans sa bourse. Ses louanges sont monnoyées ; et ce bourgeois ignorant nous vaut mieux,