‹ Le bourgeois gentilhomme (volume 2)Chapitre 31 sur 186 · UNE MUSICIENNE ET DEUX MUSICIENS · texte numérisé non relu

UNE MUSICIENNE ET DEUX MUSICIENS

LA MUSICIENNE

Un cœur, dans l'amoureux empire, De mille soins est toujours agité :

On dit qu'avec plaisir on languit, on soupire ;

Mais quoy qu'on puisse dire.

Il n'est rien de si doux que nostre liberté.

PREMIER MUSICIEN

Il n'est rien de si doux que les tendres ardeurs Qui font vivre deux cœurs Dans une mesme envie :

On ne peut estre heureux sans amoureux désirs Ostez l'amour do la vie, \ ous en ostez les plaisirs.

SECOND MUSICIEN

Il seroit doux d'entrer sous l'amoureuse loy, Si l'on trouvoit en amour de la foy :

Mais, hclas ! ô rigueur cruelle!

On ne voit point de bergère fidelle; Et ce sexe inconstant, trop indigne du jour, Doit faire pour jamais renoncer à l'amour.

PREMIER MUSICIEN

Aimable ardeur !

MUSICIENNE

Franchise heureuse !

SECOND MUSICIEN

Sexe trompeur !

PREMIER MUSICIEN

Que tu m'es précieuse !

MUSICIENNE

Que tu plais à mon cœur !

SECOND MUSICIEN

Que tu me fais d'horreur !

PREMIER MUSICIEN

Ah! quitte, pour aimer, cette haine mortelle!

MUSICIENNE

On peut, on peut te montrer Une bergère fidelle.

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