UNE MUSICIENNE ET DEUX MUSICIENS
LA MUSICIENNE
Un cœur, dans l'amoureux empire, De mille soins est toujours agité :
On dit qu'avec plaisir on languit, on soupire ;
Mais quoy qu'on puisse dire.
Il n'est rien de si doux que nostre liberté.
PREMIER MUSICIEN
Il n'est rien de si doux que les tendres ardeurs Qui font vivre deux cœurs Dans une mesme envie :
On ne peut estre heureux sans amoureux désirs Ostez l'amour do la vie, \ ous en ostez les plaisirs.
SECOND MUSICIEN
Il seroit doux d'entrer sous l'amoureuse loy, Si l'on trouvoit en amour de la foy :
Mais, hclas ! ô rigueur cruelle!
On ne voit point de bergère fidelle; Et ce sexe inconstant, trop indigne du jour, Doit faire pour jamais renoncer à l'amour.
PREMIER MUSICIEN
Aimable ardeur !
MUSICIENNE
Franchise heureuse !
SECOND MUSICIEN
Sexe trompeur !
PREMIER MUSICIEN
Que tu m'es précieuse !
MUSICIENNE
Que tu plais à mon cœur !
SECOND MUSICIEN
Que tu me fais d'horreur !
PREMIER MUSICIEN
Ah! quitte, pour aimer, cette haine mortelle!
MUSICIENNE
On peut, on peut te montrer Une bergère fidelle.