ACTE II, SCENE IV
MAISTRE DE PHILOSOPHIE
Non, Monsieur. Tout ce qui n'est point prose, est vers; et tout ce qui n'est point vers, est prose.
MONSIEUR JOURDAIN
Et comme l'on parle, qu'est-ce que c'est donc que cela ?
MAISTRE DE PHILOSOPHIE
De la prose.
MONSIEUR JOURDAIN
Quoy ! quand je dis : « Nicole, aportez-moy mes pantouffles, et me donnez mon bonnet de nuit, » c'est de la prose ?
MAISTRE DE PHILOSOPHIE
Oùy, Monsieur.
MONSIEUR JOURDAIN
/ Par ma foy, il y a plus de quarante ans que ie dis de la prose *, sans que j'en sçeusse rien ; et je vous suis le plus obligé du monde de m'avoir apris celaj^ Je voudrois donc luy mettre dans un billet • Belle Marquise, vos beaux yeux me font mourir cT amour; mais je voudrois que cela fût mis d'une manière galante; que cela fût tourné gentiment.
i8 l.F. BOURGEOIS GENTILHOMME,
MAISTRB DE PHILOSOPHIE.
Mettre que les feux de ses yeux * réduisent vostre cœur en cendres ; que vous souffrez nuit et jour pour elle les violences d'un...
MONSIEUR JOURDAIN
Non, non, non, je ne veux point tout cela. Je ne veux que ce que je vous ay dit : Belle Marquise, vos beaux yeux me font mourir d'amour.
M.USTRE DE PHILOSOPHIE.
Il faut bien étendre un peu la chose.
Non, vous dy-je, je ne veux que ces seules paroleslà dans le billet; mais tournées à la mode, bien arrangées comme il faut. Je vous prie de me dire un peu, pour voir, les diverses manières dont on les peut mettre.
MAISTRE DE PHILOSOPHIE
On les peut mettre premièrement comme vous avez dit : Belle Marquise, vos beaux yeux me font mourir d'amour. Ou bien : D'amour mourir me font, belle Marquise, vos beaux yeux *. Ou bien : Vos yeux beaux d'amour me font, belle Marquise, mourir. Ou