‹ Le bourgeois gentilhommeChapitre 16 sur 119 · SCÈNE VI · texte numérisé non relu

SCÈNE VI

Le Maître de Philosophie, M. Jourdain, Un Laquais.

Le Maître de Philosophie, en raccommodant son collet.^ -20 — Venons à notre leçon.

M. Jourdain. — Ah! monsieur, je suis fâché des coups qu’ils vous ont donnés.

Le Maître de Philosophie. — Cela n’est rien. Un philosophe sait recevoir comme il faut les choses, et je vais composer contre eux une satire du style ‘ de Juvénal,* qui les déchirera de la belle façon. Laissons cela. Que 5 voulez-vous apprendre ?

M. Jourdain. — Tout ce que je pourrai, car j’ai toutes les envies du monde d’être savant; et j’enrage que mon père et ma mère ne m’aient pas fait bien étudier dans toutes les sciences quand j’étais jeune, lo Le Maître de Philosophie. — Ce sentiment est raisonnable, Nam^ sine doctrina,, vita est quasi mortis imago.^ Vous entendez cela, et vous savez le latin, sans doute.

M. Jourdain. — Oui, mais faites comme si je ne le savais pas. Expliquez-moi ce que cela veut dire.

15 Le Maître de Philosophie. — Cela veut dire que Sans la science la vie est presque une image de la mort.

M. Jourdain. — Ce latin-là a raison.

Le Maître de Philosophie. — N’avez-vous point quelques principes, quelques commencements des sciences ?

20 M. Jourdain. — Oh ! oui. Je sais lire et écrire.

Le Maître de Philosophie. — Par ou vous plaît-il que nous commencions ? Voulez-vous que je vous apprenne la logique ?

M. Jourdain. — Qu’est-ce que c’est que cette logique ? 25 Le Maître de Philosophie. — C’est elle qui enseigne les trois opérations de l’esprit.

M, Jourdain. — Qui sont-elles,* ces trois opérations de l’esprit ?

Le Maître de Philosophie. — La première, la seconde 30 et la troisième. La première est de bien concevoir ^ par le moyen des universaux ; ® la seconde, de bien juger

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