‹ Le bourgeois gentilhommeChapitre 2 sur 119 · ACTE I. SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE I. SCÈNE I

caressées d’un applaudissement qui vous honore. Il n’y a rien, à mon avis, qui nous paye mieux que cela de toutes nos fatigues ; et ce sont des douceurs exquises que des louanges éclairées.

Le Maître de Musique. — J’en demeure d’accord,^ et S je les goûte comme vous. Il n’y a rien assurément qui chatouille davantage que ^ les applaudissements que vous dites ; mais cet encens ne fait pas vivre. Des louanges toutes pures ne mettent point un homme à son aise : il y faut mêler du solide ; et la meilleure façon de louer, c’est lo de louer avec les mains.® C’est un homme, à la vérité, dont les lumières sont petites, qui parle à tort et à travers de toutes choses et n’applaudit qu’à contre-sens ; * mais son argent redresse ® les jugements de son esprit : il a du discernement dans sa bourse, ses louanges sont mon- 1 5 nayées ® ; et ce bourgeois ignorant nous vaut mieux, comme vous voyez, que le grand seigneur ’ éclairé qui nous a introduits ici.

Le Maître a Danser. — Il y a quelque chose de vrai dans ce que vous dites ; mais je trouve que vous appuyez 20 un peu trop sur ® l’argent ; et l’intérêt ® est quelque chose de si bas, qu’il ne faut jamais qu’un honnête homme montre pour lui de l’attachement.

Le Maître de Musique. — Vous recevez fort bien pourtant l’argent que notre homme vous donne. 25

Le Maître a Danser. — Assurément ; mais je n’en fais pas mon bonheur ; et je voudrais qu’avec son bien il eût encore quelque bon goût des choses.

Le Maître de Musique. — Je le voudrais aussi, et c’est à quoi nous travaillons tous deux autant que nous 30 pouvons. Mais, en tous cas, il nous donne moyen de nous

faire connaître dans le monde,* et il payera pour les autres ce que les autres loueront pour lui.

Le Maître a Danser. — Le voilà qui vient.

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