SCÈNE XII
' CLÉONTE, MONSIEUR JOURDAIN. MADAME JOURDAIN, LUCILE, COVIELLE, NICOLE.
CLÉONTE
Monsieur, je n’ai voulu prendre personne pour vous faire une demande que je médite il y a longtemps. Elle me touche assez pour m’en charger moi-même, et, sans autre détour, je vous dirai que l’honneur d’être votre gendre est une faveur glorieuse que je vous prie de m’accorder.
MONSIEUR JOURDAIN
Avant de vous rendre réponse, monsieur, je vous prie de me dire si vous êtes gentilhomme.
CLÉONTE
Monsieur, la plupart des gens, sur cette question, n’hési-
1. Cette fois, les deux scènes du Dépit Amoureux sont ramenées à une seule. Au lieu de duos successifs, on a un quatuor. Nicole répétant ce qu’a dit Luciie, comme Covielle ce qu’a dit Cléonte, leurs paroles s’entrelacent exactement à la manière des morceaux lyriques dans lesquels quatre personnes dialoguent entre elles. Ajoutons à cela que les mouvements, les changements d’humeur et de résolution des deux hommes sont répétés par les deux femmes, et réciproquement; c’est-à-dire que l’un de ces deux couples tient rigueur, quand l’autre supplie, et que ce dernier tient rigueur à son tour, lorsque le premier s’adoucit : d’où résultent, sur le théâtre même, plusieurs marches et contremarches qu’on croirait avoir été dessinées par un maître de ballets. (Auger.)