‹ Le bourgeon; comédie en trois actesChapitre 12 sur 62 · L'ABBÉ, MAURICE · texte numérisé non relu

L'ABBÉ, MAURICE

l'abbé, qui s'était levo à la sortie p-énorale, allant à Maurice et paternellement lui mettant la main sur 1 opaule, ce qui le tire de sa méditation.

Eh I bien, nous voici seuls, mon cher en-

fant; qu'avez-vous donc de si grave à confesser ?

MAURICE

Oh ! mon père, mon père, je m'accuse parce que j'ai péché, monstrueusement péché.

Il se laisse tomber sur les deux genoux.

l'abbé, le relevant et le faisant asseoir sur le pied de la chaise longue.

Mon enfant! Mon fils, relevez-vous! («'asseyant en face et tout près de lui, sur le tabouret.) Ici

nous ne sommes pas au confessionnal ; et confiez-vous à moi, comme à votre père spirituel. Je suis sûr que vous vous exagérez vos fautes.

MAURICE

Oh ! non, mon père. Dieu m'est témoin pourtant que ma volonté n'y est pour rien. Comment dans mon cerveau, dont j'écarte avec tant de zèle toute idée coupable, a-t-il pu germer une horreur pareille!.. Cette nuit, j'ai fait un cauchemar : j'ai vu la Magdeleine au pied de IV. S. Jésus-Christ. Elle était belle, belle! ses cheveux étaient défaits et son corps était nu jusqu'à la taille... Elle implorait Notre Seigneur et ses yeux brûlaient d'un amour profane. (L'Abbé

hocho la têto.) Oh ! commont oserai-jo vous dire...?

Il ramène son bras sur son front pour dissimuler sa honte.

l'abbé, paternellement.

Allez, mon enfant, allez !

MA.URIGE, faisant un elTort sur lui-même et reprenant sa confession.

Tout à coup, je m'aperçus que le Christ me ressemblait; oui. mon père, le Christ, c'était moi ! Quel sacrilège ! Quel péché d'orgueil!... et la Magdeleine, la Magdeleine c'était traits pour traits la Claudie. notre servante! Elle me regardait, avec ces yeux que je lui ai déjà vus en réalité, ces yeux qui me gênent... et, c'est atfreux à dire : moi, moi le Christ, au lieu de repousser ses avances, d'essayer de l'amener au bien, de lui dire les mots qui purifient, je n'avais pas le courage ! que dis-je ? j'éprouvais comme une joie de sa présence, son regard me troublait, sa caresse me retenait ! C'était moi, moi qui la rapprochais de moi, et avant que j'aie pu me ressaisir, oh! mon père! je devenais humainement et misérablement sa chose!... (Avec des san-

giots.) Vous entendez, mon père, sa chose! sa chose!

Il so laisse tomber aux pieds du prêtre et sanfrlote, la tête enfouie dans son bras et appu\ée sur les genoux de l'abbc.

l'abbé, lui caressant paternellement la tête.

Mon enfant! Mon pauvre enfant.

MAURICE, relevant la tête.

Ah! Comment expierai-je un pareil sacrilège ! (il se lève et passe à droite.) Quaud jC me

suis éveillé, j'ai prié; j'ai prié jusqu'au matin, implorant mon pardon, me déchirant la poitrine, me meurtrissant les chairs ; mais je le sens bien : Dieu s'est retiré de moi !

l'abbé, se levant (l) et allant à lui (2).

Non, mon enfant, non! Dieu ne s'est pas retiré de vous ! Certes votre rêve est criminel et le démon vous a visité cette nuit. Mais croyez-vous, que tous, et parmi les plus saints, nous n'avons pas eu à subir des épreuves pareilles ? Est-ce que S. Antoine n'eut pas à résister à toutes les tentations qui l'hallucinaient? Sa sainteté en a-t-elle été diminuée ?

MAURICE

Oh ! mon père, si c'était vrai !

l'abbé, lui prenant le bras.

Dieu ne retient que les péchés que riiomme commet à l'état conscient ; (Tout en

marchant de façon à gagner tous deux la droite de la scène.)

Mais sa miséricorde est trop grande pour qu'il fasse un grief d'un péché qui se produit en dehors du lihre arbitre. Aussi, estce en son nom, mon fils, que je vous absous, et que je vous dis : allez en paix, vos péchés vous sont remis.

MAURICE, so précipitant dans ses bras.

Oh! mon père, mon père, que la bonté de Dieu est infinie!

l'abbé, le serrant dans ses bras.

Mon cher enfant! Que j'admire l'ardeur de votre foi de néophyte.

MAURICE

Mon père, je suis lieureux.

L'abbô l'embrasse.

Page 1