SCENE IX
LE MARQUIS, L'ABBÉ, puis LUC, ÉTl EN- NETTE, GUÉRASSIN.
LE MARQUIS, de sa place, c'est-à-diro au-dessus do la table. — Après un temps.
Dites donc, monsieur le curé! vous tenez à voir le monde ?
l'abbé^ derrière la bergère.
Pas du tout.
LE MARQUIS
Moi non plus ! Eh ! bien, si nous cédions la place..? Allons fumer une bonne pipe dans ma chambre.
l'abbé, bien bonhomme.
C'est que... je ne fume pas.
LE MARQUIS
J'ai dit: « une., bonne pipe ». C'est niui qui la fumerai.
Il va à 1 abbé
l'abbé.
Ah! A ce compte-là, je veux Lien.
LE MAE.QUIS, apercevant Étiennette suivie de Guôrassin qui pénètre dans le hall.
Oh!... Venez monsieur le curé.
Il lui prend le bras et l'entraîne. Tous deux sortent par la droite premier plan. — Pendant ce qui précède on a vu Guérassin retirer son cache-poussière que Luc a déposé sur la table du hall.
LUC, une fois la sortie de 1 abbé et du marquis, introduisant.
Si monsieur et madame veulent entrer, je vais aller prévenir madame la comtesse.
ÉTIENNETTE (2)
C'est cela! (Luc va frapper à la porte de Maurice et entre. — A Guérassin, après la sortie de Luc.) DlS doUC !
Bien, ici! pur! noblesse vieille roche! Ça se sent.
GUÉRASSIN (l).
Arcllipur.
ÉTIENNETTE
Archi.
LUC, ressortant de la chambre de Maurice et sans descendre.
Madame la comtesse prie madame de l'attendre un instant.
Bien ! (I-uc gagne le hall dont il referme la porte sur
le salon — Étiennette s assied sur le petit fauteuil à
gauche de la bergère tandis que Guêrassin en fait autant
sur le fauteuil à droite de la table. — Une fois assis.)
Mais qu'est-ce que je disais donc ? Ah ! oui . . . Alors, n'est-ce pas ? en bas : le salon ; guérâssin.
Oui!
ÉTIENNETTE
La salle à manger ;
GUÊRASSIN.
Oui...
ÉTIENNETTE
Et du billard je fais ma chambre à coucher.
GUÊRASSIN.
Oui, (Changeant de ton.) Oll ! bicil, tU Sais,
comme je n'y suis pas admis...
ÉTIENNETTE, avec un sourire narquois.
Oh ! tu ne voudrais pas I
GUÉKASSIN.
Tiens, pourquoi donc?
Mais voyons ! Il y a trop long-temps qu'on se connaît! Ces choses-là, c'est tout de suite ou jamais.
GUÉIIASSIN.
C'est consolant !
ÉTIENNETTE
Mon pauvre vieux, aujourd'hui, tu es le «sans importance, » pour moi!... D'ailleurs comme pour mes amants. Regarde :
quand ils s'absentent, à qui me confientils? à toi ! Musignol mon actuel, au moment de partir en manœuvres, qu'est-ce qu'il t'a dit? «Tu tiendras un peu compagnie à Etiennettcl » Pourquoi? Parce qu'on sait que tu es de tout repos.
GUÉRASSIN', avec un sourire vexé.
C'est ça I C'est exquis 1
ÉTIENNETTE, se levant et remontant tout en parlant.
Oh! Tiens, tu ne mérites pas ton bonheur.
GUÉRASSIN, ronchonnant.
Oui, c'est entendu.
ÉTIENNETTE, avec un soupir de regret.
Et pourtant si au lieu de toi, tout de même, j'avais fait cette tournée d'auto avec un autre... !
GUÉRASSIN, idem.
Non. mais va donc !
ÉTIENNETTE
Je ne sais pas si c'est la griserie de la vitesse, si c'est la campagne, l'air de la mer. le vent chaud, le soleil?... Ah ! Je me sens amoureuse aujourd'hui !
GUÉRA.SSIN.
Allons, de qui encore? Pas de Musignol, assurément.
ÉTIENNETTE
Oh ! non, lui c'est mon amant.
GUÉRASSIN.
Alors?
ÉTIENNETTE
Mais de personne, malheureusement.
Amoureuse, un point, c'est tout. Amoureuse
en disponibilité. (Au-dessus du fauteuil sur lequel est
assis Guérassin.) Il y a dcs uiomcnts commc cela où l'on sent que l'on aimerait aimer quelqu'un! Mais tu penses bien que si je l'avais ce quelqu'un, je serais avec lui, je ne serais pas avec toi.
GUÉRASSIN.
Merci.
ÉTIENNETTE, allant jusqu'à la baie.
Pas de quoi I (Admirant lo paysajre.) Regarde-
moi euUe vue, cette mer verte ! cette bonne brise tiède! Ça ne t'incite pas à l'amour?
GUÉRASSIN, qui s'est levé sur ces paroles, allant se mettre à côté A elle à sa droite.
Mais si, je te dis!
Il lui prend la taille.
ÉTIENNETTE, se dégaf^eant.
Oh! là! t'es bètel (changeant de ton.) Ah! J'aimerais à prendre un bain là-dedans! On se déshabillerait dans la cabine, là-bas...
GUÉRASSIN, d une main lui prenant la taille, de l'autre le poignet et la faisant familièrement passer au 2.
Oui, eh bien on se baig^nera quand on sera arrivé à Roskoffi On a emporté ses costumes et ses peignoirs pour ça 1 Au moins là-bas, il y a des bains organisés.
ÉTIEXNETTE, sentimentale.
Justement, ce ne sera pas la même chose! Se baigner avec un tas de gens qu'on ne connaît pas... ! dans la même eau!
GUÉRASSIN.
On ne peut pourtant pas vous donner une mer par personne.
ÉTIENNETTE, revenant à sa place primitive et désignant la mer.
Mais c'est ce qu'on a ici : l'Océan à soi
tout seul; la mer tout à vous, la mer toute vierge.
GUÉRASSIN, sur le ton d'un homme qui la connaît dans les coins.
Mais non! Elle a l'air comme ça; mais c'est la môme qu'à Roskoff. Elle fait sa vierge ici, et là-bas elle s'est donnée à tout le monde!... Faut pas s'en laisser conter.
ÉTIENNETTE
Ah! Tu n'as pas l'âme poétique pour un sou.
QUKRASSIN.
Ail I Toi tu l'as, Tâme poétique !
ÉTIENNETTE
Toujours.
A ce moment Heurteloup venant du hall pénètre carrément dans le salon, comme un homme qui entre dans une pièce où il ne s attend à trouver personne. Il a changé de vêtements et porte une longue redingote noire très sévère.