SCÈNE XXIV
LA COMTESSE, HEURTELOUP, EUGÉNIE, puis ÉTIENNETTE et GUÉRASSIN.
LA. COMTESSE, au-dessus de la table et tout en mettant un peu d'ordre.
Ah ! je suis tout de même plus rassurée maintenant que j'ai vu le docteur.
HEURTELOUP, à droite du tabouret et devant.
Ça a l'air d'un bon médecin.
EUGÉNIE, à gauche du tabouret et devant.
Tu trouves toi ?... un médecin qui traite par la pornographie!
HEURTELOUP.
Oh!
EUGÉNIE
Jamais il ne te soignera! tu entends...
HEURTELOUP, avec un soupir de résignation.
Bon!
EUGÉNIE
Ni moi non plus.
A. ce moment paraît Ktiennetto qui entre timidement suivie de Guérassin. Elle est entièrement rhabillée
à 1 exception de son manteau que Guôrassin porte sur le bras.
2 ( LA COMTESSE
m| I Madame de Marigny !
= g I EUGÉNIE.
""=1 1 L'actrice !
W * I HEURTELOUP, à part.
E ( Étiennette !
ÉTIENNETTE, timidement.
Excusez-moi, madame la Comtesse...
LA COMTESSEj qui est toujours au-dessus de la table, descendant vivement entre celle-ci et le roking, et écartant Eugénie et Heurteloup pour passer entre eux afin d'aller plus vite à Étiennette.
Vous, vous ! madame ! Mais comment donc ! Mais je vous en prie, mais asseyez-vous... après les émotions que vous venez de traverser... !
TOUS, étonnés.
Hein?
ÉTIENNETTE, n'en croyant pas ses oreilles.
Oh! vraiment, madame, je suis confuse!
LA COMTESSEj la faisant asseoir dans la bergère.
Mais, je vous en prie, ne vous excusez pas...
EUGÉNIE, à part, scandalisée.
Oll ! (Haut et sèchement iinpérative.) VicnS, HcCtOr I
HEURTELOUP.
Moi?
EUGÉNIE
Oui, toi ; viens!
LA COMTESSE, qui s'est assise dans le fauteuil près de la bergère, à Eugénie.
Tu t'en vas ?
EUGÉNIE, très pincée.
Oui ! nous avons affaire par là.
Elle remonte par la gauche do la table. LA COMTE SSE, en prenant philosophiquemout son parti.
Ah ? bien !
Heurteloup fait signe de la tête à la comtesse que ce n'est pas vrai et suit en époux résigné; ils sortent.
LA COMTESSE, une fois la sortie faite.
Ah ! madame î A quel effroyable danger vous venez d'échapper ! j'en suis encore tout en émoi.
Ah I Madame !
GUÉRASSIN, debout, appuyé à la bergère d'Étiennette.
J'en ai mon déjeuner qui m'est resté là.
ÉTIENNETTE
Et c'est au courage de monsieur votre fils que je dois... Aussi, avant de partir...
Elle se lève.
LA. COMTESSE, la faisant rasseoir.
Eh quoi I vous songez déjà à nous quitter ?
ÉTIENNKTTE.
Mais oui, madame...
LA COMTESSE, avec hésitation.
Ecoutez, madame...! vous... vous auriez désiré louer ce petit pavillon...?
ÉTIENNETTE
Oh! madame! ne revenons plus sur ce caprice d'un moment dont vous m'avez fait comprendre toute l'outrecuidance.
LA COMTESSE
Mais du tout madame... j'ai réfléchi et après tout... tout bien pesé... je ne vois pas pourquoi?...
ÉTIENNETTE
C'est trop aimable madame... mais non !... d'ailleurs, ce n'eût été que pour l'année prochaine, ainsi... !
LA COMTESSE, bien naïvement.
Oh! comme c'est tard!...
ÉTIENNETTE, étonnée.
Tard? pourquoi?
LA GOMTESSIC, id.
Mon fils sera au régiment à ce moment...
ÉTIENNETTE, qui n'y entend pas malice.
Ah! monsieur votre fils sera... ?
LA COMTESSE
Oui, madame! Penser qu'on crée des êtres pour en faire de la chair à canon.. I
ÉTIENNETTE, pousse un soupir approbatif puis après réflexion.
Oh!... en temps de paix.
GUÉRASSIN.
C'est moins dangereux.
LA COMTESSE
C'est ce qui me console.
ÉTIENNETTE, se levant.
Mais madame, je ne voudrais pas abuser... et si avant de partir, vous m'autorisiez à exprimer ma reconnaissance à monsieur votre fils...
Mais comment donc ! 11 sera trop heureux... 11 doit être prêt ; je vais le chercher.
Elle remonte vers la chambre de son fils. ÉTIENNETTE, suivant la comtesse par une passade arrondie.
Comment vous remercier, madame...
LA COMTESSE
Mais voyons...
Elle sort. Guérassin est passé à gauche au moment où Étiennette est remontée.