‹ Le bourgeon; comédie en trois actesChapitre 9 sur 62 · SCENE IV · texte numérisé non relu

SCENE IV

Les Mêmks, MAURICE.

La porte de ^Maurice s'ouvre à ce moment et 1 on voit paraître le jeune homme, les jeux encore lourds de sommeil, les cheveux décoilTés par le contact de 1 oreiller. Il est revêtu d'un pyjama de molleton violet foncé, qui laisse apercevoir sa chemise de nuit ; aux pieds des pantoufles Sur le pas de la porte, il s'arrête et s étire discrètement.

TOUS, à son entrée, lui faisant accueil.

Ah!

LA COMTESSE, qui depuis la fin de la scène est debout derrière la bergère de droite, accourant vers son fils.

Oh! Tu t'es levé!

MAURICE, gagnant la gaucho accompagné par sa mère qui le couve. — Gaîment et gentiment.

Oui. maman ça va mieux! Ce peu de repos m'a fait du bien.

EUGÉNIE, empressée.

Tu ne veux pas t'asscoir?

MAURIGK, avec insouciance.

Oh!

LA COMTESSE

Si, si. (Au marquis.) Onfroy ! le roking ! le roking!

LE MARQUIS, tirant lo roking à lui, de façon à amener le pied de ce meuble entre lo fauteuil gauche de la cheminée et lo tabouret.

Voilà! voilà!

MAUniGE,

Oh! mon oncle, je vous en prie!

LE MARQUIS

Laisse donc ! laisse donc ! Tiens, étends-toi.

MAURICE

Oh! Je suis confus !

Il s'assied sur lo roking.

LA COMTESSE, le calant avec des coussins.

Et tiens, sous ta tète! sous tes reins!

MAURICE, gentiment.

Mais, maman, je vous assure! Vous allez me faire prendre pour plus malade que je ne suis.

Il s'étend.

LA COMTESSE, s'asseyant sur le tabouret près do son fils.

Allons, allons, veux-tu te laisser soigner.

Lo marquis s'assied sur le fauteuil pr6s de la cheminée, Eugénie est debout devant le fauteuil à droite do la table.

MAURICE

Et puis il va être l'heure de mon bain de mer.

LA COMTESSE

Tu vas prendre un bain après avoir été souffrant !

MAURICE

Mais je crois bien, maman! cela me fait tant de bien ! Qu'est-ce que j'ai ? de la faiblesse. Eh ! bien, rien ne me remonte comme cela ! Regardez, hier je n'ai pas pris de bain à cause du temps et aujourd'hui, le ressort m'a manqué.

LA COMTESSE

En tout cas, tout à l'heure, doit venir un médecin que ton oncle a eu la gentillesse de mander ; je te prie d'attendre qu'il t'ait vu avant de te baigner.

MAURICE, soumis et indifférent.

Bien, maman. (Avec intérêt.) M. le curé n'est pas venu?

LA COMTESSE

Il a fait dire qu'il passerait te voir dans la matinée. Il ne tardera pas.

MAURICE

Oh! oui ; sa visite me fera du bien. J'ai tant, tant à lui dire !

LA COMTESSE

Eh ! mon Dieu, toi !...

LE MARQUIS

Ah! bien... qu'est-ce que je dirais, moi!

LA COMTESSE

Toi. mon pauvre enfant!

MAURICE

Oh ! maman, on a beau faire... on est des pêcheurs tout de même.

EUGÉNIE, avec un soupir profond.

ïïélas!

Elle gagne la droite et va s asseoir dans la bergère. LE MARQUIS, avec le même soupir, mais ironique.

Eh! oui!

MAURICE, apercevant Huguette, qui, un peu au-dessus de la table, avait été masquée jusque-là à son cousin par la présence d'Eugénie.

Ah ! Huguette... Je ne te voyais pas.

(Huguetto descend entre le fauteuil à droite de la table et

la table.) Eh! qu'cst-cc qui t'est arrivé?

EUGÉNIE, tricottant.

Ah! oui. gTonde-la! Elle a encore fait de ses folies.

MAURICE, sur un Ion de reproche affectueux.

Oh!

HUGUETTE, à Eugénie.

Oli! vous n'avez pas besoin d'inciter Maurice à me gronder; il est déjà assez porté à voir tous mes défauts !

MAURICE, avec douceur.

Tu m'en veux encore de ce que hier je me suis cru autorisé par l'affection que je te porte...

HUGUETTE, sur un ton où perce un peu de dépit.

Mais pas du tout... seulement je sens que je suis tellement indigne..!

MAURICE

Comme tu me parles durement ! Jadis nous étions si bons camarades I

HUGUETTE, même ton.

C'est que jadis tu étais un garçon comme tout le monde. Maintenant tu es un saint!

MAURICE, se défendant en souriant.

Oh! .

HUGUETTE

Mais si ! Tout le monde est d'accord làdessus. Eh ! bien, moi, je ne suis pas une sainte; alors, n'est-ce pas, je sens tellement la distance..!

Maurice pousse un soupir.

LA COMTESSE, sur un ton de reproche.

Huguctte! mon enfant.

LE MARQUIS, se levant et affectueusement grondeur.

Voyons, Huguette 1

HUGUETTE, allant à la tricoteuse prendre son chapeau.

Qu'est-ce que vous voulez, ma tante? ou est ce qu'on est! Je ne peux pas me refaire. (Brisant la discussion.) Allons. je vais luc changer ! Comme cela on ne verra plus les traces de mes folies I A tout à l'heure.

LE MARQUIS, avec un geste amical de la main.

A tout à l'heure.

Il remonte par la gauche de la table.

HUGUETTE, sort dans le hall ; à peine sortie, elle repasse la tète.

Tenez ! voici mon cousin Hector qui rentre ! Je vous le passe !

Elle disparaît à droite. Pendant les répliques suivantes on voit Heurteloup arriver dans le hall.

LE MARQUIS, au-dessus et à droite de la table.

Elle est drôle, cette petite.

LA COMTESSE, avec une moue.

Tu trouves !

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