SCÈNE IV
LONGJUMEAU, «ewf.
Je ne suis pas fâché qu’ii m’ait hissé seul... j’ai besoin de me recueillir... Nous disons donc que j'ai calotté ce monsieur...
oh! mais là... aux oiseaux... Ce n’est pas | étonnant... je suis artificier, élève de mon sieur lluggieri. De mon frottement continuel avec la poudre et le salpêtre, il est résulté cbex moi un vice organique, inhérent à mon état : au moindre mot, au moindre geste, j’éclate comme un pétard on une fusée; je prends feu, je brille et je m'éteins de même. Voilà précisément la position dans laquelle je me trouve en ce moment... J’ai éclaté, j'ai calotté ce monsieur d'une façon assez brii lante; mats je sub éteint, je suis totalement éteint Mais, me dira-t-on, s’il exige une réparation? Je vais répondre à cette observation... Je sub père de famille. J’ai une fille... je dois à cet enfant... je me dois à moi-même de m'éviter l'ombre d’nne égratignure .. Mais, me dira-t-on encore : Longjumeau. .. je n’ai pas dit mon nom ? Pa rdon. . . Longjumeau, rue des Marmousets, n* 11, comment vas tu te tirer de là, mon bon?...
(Il rit.) Ah! ah! j’ai nn moyen... une recette, que j’ai déjà employée avec succès...
Avec cette recette, que je donne gratis à tout h monde, on peut passer pour un foudre de guerre, pour un bourreau des crânes, sans qu'il en coûte nn cheveu de la tète ou un poil de la barbe.. . Voici celle recette... Le premier jour de l'an, vons mettez soigneusement, dans un portefeuille comme celui-ci, toutes les cartes de visite <pi sont déposées chez vous par vos amis mâles... amis mâles, ie m’explique bien. Et vous vous présentez hravementdans un lieu public ; bien I. .. trèsbien ! — Un monsieur vous regarde de travers; gifliez I... — Un autre vous marche sur un cor , sans le faire exprès, gifOcz toujours! . . . On vous prend enGn votre stalle, comme ça m’est arrivé ce soir, oh 1 alors, gifliez plus que jamaisl. .. Quand la chose est faite, nous restons, n'est-ce pas, en face d'un monsieur poltron ou brave?, .. — S’il est poltron, il s’en va avec sa giflle, et vous avec gloire , et tout est dit. — S’il est brave, et qu’il exige des ex cuses, vous lui riez au nex.. . tenez, comme ça. .. (Il rit.) S’il vous demande raison , enfin, alors, vous vous posez sur la hanche, et sortant de votre poche le petit portefeuille en question, vous en retirez une carte... n’importe laquelle... au hasard, et tous lui la donnez majestueusement en lui disant : A demain !... Le lendemain, vous dormez bien tranquillement, tandis qu’on va réreil'er le monsieur à la carte.. . — Nota btne. — Pour que le moyen soit infaillible, il est essentiel
LE BOUIlREAU UES CRANES.
de ne pas mettre sa propre carte dans 1# portefeuille. Voilà ma recette, voilà commenl j'emploie les cartes de mes amis, sans le moindre scrupule, et vous devez le comprendre :
Am i Un page aimait la jeune Adèle.
On vUit? ceux que l'on aime,
Et m< « ami» m'ont visité
Or, nn ami eV*t un antre noua -mène,
Sur lequel j'ai toujours compté.
Puisque souvent un ami voua remplace.
Je puis t’»ipo«ar sans regrets,
Et, dla l'iiHUnl qu'il s* bal k ma place.
C’est comme u je me battait.