SCÈNE VI
CASSANDRE , ronflant , NlNÏ , SCAPIN , PIERROT.
C’est Pierrot ! — A comprendre il met le temps de voir. Il va s’évanouir, peut-être ; il devient noir!
Scapin rugit. — Combat — où chacun d’eux s’arrache Un bras, pour remplacer la massue et la hache.
Mais le bras de Pierrot est brisé sur son front! Lui-même, avec le bras du noir Scapin, lui rompt L’échine et l’étend mort. — Puis le vainqueur promène, Ainsi qu’après un char, Scapin, dépouille humaine !
Nini, sur les genoux de Cassandre ronflant,
S’était évanouie. 11 entre dans son plan De se ranimer, pour faire, après la victoire,
Briller son innocence à côté de la gloire.
Pierrot doute. — Nini le fait mettre à genoux.
Elle veut bien encor l’accepter pour époux ;
Mais que faire à présent de Scapin calme et grave? Pierrot, sans hésiter, le jette dans la cave.
Cassandre éternue et, sans cesser de ronfler,
Prend du tabac. Nini voudrait bien s’en aller.
Pierrot n’a pas le cœur de n’y point condescendre, Après avoir roulé, dans la maison, Cassandre.
Nini, pour éviter désormais tout mic mac,
Dit : Fuyons tous trois ! Trois, en comprenant le sac.
— Pierrot se scandalise. — Alors Nini lui prouve Qu’il est plus innocent qu’un Pierrot que l’on couve.
Mais Pierrot n'a qu’un bras, ce qui le rend pensif.
11 pleure l’autre bras naguère encor si vif.
La nature lui semble infirme et désolée ;
Les arbres sont manchots; l’herbe est de pleurs mouillée. Son bras gît en morceaux, d’un air intéressant.
Près du bras noir intact et toujours menaçant Que Pierrot va jeter au diable, quand sa rage Observe avec raison qu’on peut en faire usage.