EFFIE, ROBINSON
effie, avec joie.
Vraiment, monsieur Robinson, nous allons nous marier?... j'ai besoin que vous m'assuriez encore que tout cela n'est pas un jeu, une illusion.
ROBINSON
Oui, ma bonne Effie; je te répète que tu vas être ma femme.
EFFIE
Votre femme ! vrai ? je crois rêver!
ROBINSON
Dans une heure, nos deux noms seront couchés sur le grand livre de la paroisse, et jamais je n'aurai signé avec plus de plaisir.
EFFIE
Et moi donc 1 mais soyez tranquille, vous ne regretterez jamais d'avoir fait le sacrifice d'épouser une pauvre fille comme moi.
ROBINSON
J'en suis sûr.
EFFIE
Je vous rendrai heureux.
ROBINSON
Tu as ce qu'il faut pour ça.
Et je vous aimerai toujours.
ROBINSON
J'en prends note... mais allons-nous être heu-
rcux!... rien ne manquerait à ma félicité si mon bon frère, Georges Robinson, le lieutenant, était là, avec nous, pour ne plus nous quitter, partageant notre gaîté, nous aidant à supporter nos petites peines, faisant danser sur ses genoux ses neveux, ses nièces, car il aura des neveux et des nièces... énormément.
EFFIE
Vous m'en avez dit tant de bien que je regrette de ne pas le connaître. Écrivez-lui une bonne fois pour toutes de donner sa démission, afin de rester ici toujours avec nous.
ROBINSON
Oh! oui, toujours avec nous! (Hésitant.) Cependant, c'est drôle, mais il me semble qu'à présent...
EFFIE
Quoi donc !
ROBINSON
Rien... une idée qui me passe par la tête comme ça...
EFFIE
Je vais être votre femme, et j'ai le droit de savoir...
Je me rappelais certaines petites aventures... Vois-tu, c'est très-mal, ce que je vais te dire... eh bien! maintenant que je vais me marier, je crois que j'aimerais tout autant que mon frère resta' au service.
EFFIE
Pourquoi ça?
ROBINSON
Parce que je me souviens de toutes les catastrophes que j'ai éprouvées à cause de notre ressemblance extraordinaire.
EFFIE
Quoi ! c'est parce que l'on vous a toujours pris l'un pour l'autre que vous avez à vous plaindre?..-
ROBINSON
Je suis né la victime de mon physique. Enfant, j'étais d'un caractère sage et tranquille, d'une timidité extrême, et je n'ai pas changé; c'est plus fortque moi, je n'aime pas le danger... mon frère était taquin, turbulent, tapageur; il allait sans cesse dans le voisinage faire enrager tout le monde; il coupait la queue au chien de celui-ci, il coupait l'oreille au chat de celui-là : les voisins ac. couraient chez ma mère; j'avais beau protester de mon innocence; ils soutenaient que c'était bien moi qu'ils avaient vu commettre la méchanceté... et ma mère m'en donnait, m'en donnait... une bénédiction !
effie, riant.
Pauvre garçon !
Dans un âge plus avancé, quand j'avais le malheur de lui confier que j'avais fait les yeux doux à une demoiselle, de quoi s'avisait-il, le scélérat? il trouvait moyen de me faire manquer l'heure du rendez-vous, et, profitant de notre ressemblance, il avait l'effronterie d'y aller à ma place. effie, riant.
Ah ! ah ! ah ! c'est très-original !
ROBINSON
Je te remercie, toi, encore!
effie.
Mais je ne vois pas que tout ça doive vous contrarier, quant à notre mariage.
ROBINSON
Oui, tu ne vois pas ça, toi... mon frère n'a jamais cessé d'être brave, sensible et généreux, mais il est toujours léger, entreprenant, je dirai même assez mauvais sujet : je crains qu'une fois >ci, cet extrême rapport physique qu'il y a entre moi et mon frère jumeau... l'habitude de s'amuser à mes dépens...
effie, vivement.
Fi! fi! monsieur Robinson, c'est affreux d'avoir de pareilles idées. Croyez-vous que mon cœur puisse jamais se méprendre?
ROBINSON
Ton co:ur, ton coeur serait la dupe de ton illusion! Je te répète que c'est la même taille, la même voix, la même figure... c'est effrayant! effie.
Vrait vous commencez à me faire peur t DUO.
Il faut pourtant ici trouver quelque manière D'éviter, mon Effie,un semblable danger:
Tout doit être en «onimun lorsqu'on aime son frère ; Mais il est un bonheur qu'on ne peut partager ; Cherchons ensemble, chère Effie ; Trouves-tu?
EFFIE
Je ne trouve rien !
r.omssoN.
J'y suis !... vraiment, j'ai du ge'nie!
Je tiens un excellent moyen !
EFFIE, riant.
Voyons, voyons ce beau moyen !
ROBINSON
Ecoute bien !
EFFIE
J'e'coute bien.
r.OBINSO.V.
Pour éviter une méprise
Triste, ma foi, Quand je volerai, l'anie éprise,
Auprès de toi, Je i hanterai, ma douce amie,
Bien tendrement, Cette irlandaise mélodie
Qui me plaît tant.
Je vais te la chanter... retiens-la, mon enfant
PREMIER COUPLET
« Montagnarde jolie, . Voilà ton Gam ! » Réponds, je l'en supplie, >. A mon cœur empresse ; » Pour que ma ehasse soit heureuse, >. Ah! ne va pas me refuser, » II me faut, ù mon amoureuse, . Lu doux baiser!»
ENSEMBLE
i i I u . liant.
Ah '. quel trait <l
('.'il charmant ! c'est charmant !
La ruse est bien ourdie, Très-] ii u tri m .:. vraiment!
MAGASIN THEATRAL
ROBINSON
Vraiment, j'ai du génie, C'est charmant ! c'est charmant !
La ruse est bien ourdie, Fort bien trouvé vraiment !
EOBINSON.
A l'épreuve à présent.
EFFIE
Commençons maintenant.
ROBINSON
Tu m'attends, il fait sombre ! ...
J'arrive auprès de toi...
Je me glisse dans l'ombre..
effie, à part.
Ali ! je sens, malgré moi, Mon cœur battre d'émoi !
robinson, à pari .
Voyons, m'a-l-elle su comprendre ?
F.FFIE, riant, à part.
Je comprends fort bien, entre nous ; Mais vengeons-nous de ses soupçons jaloux ! ROBINSON, s' approchant, à part.
Va-t-elle ici se laisser prendre ?
EFFIE, à part, liant.
Pour le punir laissons-nous prendre!
Ilubinson l'embrasse sans r/u' elle le repousse.
robinson, se fâchant.
C'est une indignité' !...
Très-bien, très-bien , Effie ; Ah ! quelle perfidie !
De ma leçon vous avez profité!
effie , jouant l'étonnement.
Pourquoi donc ce courroux?...
kobinson , avec dépit.
Mais je n'ai pas chanté!
EFFIE, d'un air naïf.
Pardon, pardon, c'est une erreur, en vérité !
ENSEMBLE
ROBINSON, à part.
Ah '■ pour mon amour cruel malheur !
Quelle Irisle aventure :
Malgré mes leçons et son cœur, Je redoute encore une err< nr.
effie, riant, à part.
Je ris vraiment de sa frayeur.
Me tromper de figure !
La sienne est présente à mon cœur.
Peut-il donc redouter une erreur ?
ROBINSON
Recommençons !
Vraiment,
DEUXIÈME COUPLET
« Montagnarde jolie, » Me voilà de retour, » Ma carnassière emplie,
Et mon eccur plein d'amour !
» Puisque ma chasse fut heureuse, » Ali l ne va pas me refuser.
» II nie faut, ô mon amoureuse, » Un doux baiser! »
Robinson s'approchepouren4brasserEffte;ellc te repouss rudement , et s'enfuit.
r.OBINSON, se fâchant.
C'est une indignité!
Ah! quelle perfidie !
Très-bien, trè.'.-l>ien, Effie :
De ma leçon vous avez profilé !
EFFIE, jouant l'étonnement.
Pourquoi donc ce courroux?
ROBINSON, se dépitant.
Mais puisque j'ai cbanU effie , d'un air naïf.
Pardon, pardon, c'est une erreur en vérité !
ENSEMBLE
ROBINSON, avec dépit.
Ah! pour mon amour quel malheur!
Quelle triste aventure!
Malgré mes leçons et ton cœur.
Tu feras toujours quelque erreur.
effie, riant.
Rassurez-vous, car cette erreur
Est feinte, je le jure !
D'après vos leçons et mon rieur.
Ne craignez jamais de malheur.
ROBINSON, vivement.
Vraiment, lu me comprenais bien ?
EFFIE, riant.
Oui, j'en convien.
robinson, rassuré.
Je te le disais bien !
ENSEMBLE
.Mon
moj i
ment du génie, est ch;
a nf,
La ni" est hien ourdie ; Très-Lien trouvé vraiment!
EFFIE, riant.
C'est un trail de génie.
Ce moyen est charmant, La ruse est bien ourdie ;
Très-1 ien trouvé vraiment !
ROBINSON
Ah ! Effie! F.fiîe ! c'est mal de m'eflïayer ainsi!
EFFIE
C'estvotre faute aussi, monsieur Robinson ; vous allez vous mettre des choses en tête... parlons plutôt du bonheur qui nous attend.
Tu as raison, il vaut mieux s'occuper de nos petits projets d'avenir. A propos de projets, j'en ai un : nou* ne resterons pas ici pendant la lune de miel ! Nous irons passer le premier quartier chez mon oncle, le second quartier chez ma tante, et la pleine lune chez ma cousine... ça te convient-il?
EFFIE
Adopté !
ROBINSON
Maintenant, deux ou trois rigaudons; ensuite chez le pasteur pour notre mariage. Viens, Effie! (Au moment où il va V en traîner , on frappe violemment à la porte du fond.) Tiens ! qu'est-ce que c'est que c/a?
EFFIE
Quelque invité en retard!
ROBINSON
C'est possible!
effie, ouvrant la porte.
Entrez!
ROBINSON
Eh ! c'est le sergent Toby ! l'inséparable de
mon frère.