SCENE IV
TOBY, ROBINSON, EFFIE, donnant le bras à Robinson.
ROBiNSON, entrant et sans voir Toby.
Je te dis que ça doit être ici. (Apercevant Toby.) Tiens, justement, le voilà le sergent! Bonjour, Toby; dites donc, nous sommes un peu en retard?,., c'est la faute de mon cheval,
TOBY
Ohl mon Dieu! une heure plus tôt, une heure plus tard.
ROBINTON.
Vrai!.,, tantmieux I... c'est égal, je n'ai jamais vu de béte plus entêtée; j'avais beau lui dire avec mon fouet : «Mais, va donc, va donci il s'agit de
sauver mon frère, mon bon GeorgM; «a donel ta es de la famille aussi;» rien du toutl il allait au petit trot.,, comme s'il nous était tout-à«fai étranger.
EFFIE
Enfin, nous sommes arrivésl... monsieur Toby,il faut voir le général.
ROBINSON
Tout de suite!
TOBY
C'est inutile, vous ne pourriez lui parler en ce moment; il passe la revue là-bas,
ROBINSON
C'est donc ça que nous n'avons pas rencontré un seul visage humain par ici; je disais à Effie : a Que c'est drôle! personne dans le camp pour nous conduire auprès du sergent Toby; je n'y conçois rien. » Mais l'essentiel... c'est que nous voilà; nous attendrons ici la fin de la revue, et nous irons tous trois chez le général... n'est-ce pas, sergent Toby?
TOBT, avec colère.
Par la mordieu 1 vous ne voyez donc pas à ma figure qu'il ne faut plus avoir la moindre espérance?
Comment?
ROBINSON et EFFIE.
L'aide de camp de service, prévenu par moi, a parlé aux chefs de votre prochaine arrivée,
ROBINSON
Eh bien ?
TOBY
Eh bien ! l'ordre a été donné de ne pas vous introduire dans la tente du général, et cette consigne-là, pas moyen de l'enfreindre I ROBINSON , abattu.
Oh ! mon Dieu! moi, qui comptais obtenir quelques jours de grâce.
TOBY
Le général est inflexible, et ce qui ajoute à sa rigueur, c'est que plusieurs officiers ont déjô passé à l'ennemi... on accuse votre frère d'en avoir fait autant! Tonnerre! si ceux qui m'ont dit ça avaient été mes égaux, ou mes inférieurs, avec la pointe de mon épée, je leur aurais cloué ces paroles-là au fond de la gorge; mais avec de chefs, silence et immobile I
EFFIE
Ainsi notre voyage est devenu inutile?
TOBY
Tout-à-fait !
ROBINSON , s'animant.
Eh bien ! tenez, sergent, moi, je ne désespère pas encore: que diable! ça ne peut pas être; il me semblé que le général ne peut pas refuser de m'entendre; jele verrai, moi, malgré lui, malgré la consigne.... Je n'ai pas de courage, c'est vrai, c'est connu : je m'éloigne à l'aspect d'une dispute ou d'une querelle; la pensée de vider un différend les armes à la main me fait frissonner des pieds à la tête,aussi ça ne m'est jamais arrivé, et ça ne m'arrivera jamais! mais, aujourd'huii c'est autre cboM
MAGASIN THÉÂTRAL
il s'agit de sauver mon frère; je ne connais plus [■
rien, je braverai les ordres de vos supérieurs; je j
sens là que je ne tremblerai pas devant eux; !
leurs regards sévères ne m'intimideront pas : on j
me battra, peut-être ; on me chassera , c'est pos- !
iible; mais j'aurai fait mon devoir. j
EFFIE. I
Bien ! bien, monsieur Robinson I Oh ! que j'aime \ à veas entendre parler ainsi I i
ROBINSON. I
Je reste, et après la revue, nous verrons ! j
TOBY. I
Alîor.s! un dernier coup de collier! on ne sait j pas ce qui peut arriver! attendons la fin de la revue.
ROBIMSON.
Oui, oui, attendons I mais d'ici là, je ne serais ' pas fâché d'avoir pour Effie une chambre dans cette cantine ; il ne faut pas qu'elle reste là, au milieu des soldats.
TOBV, désignant la gauche.
C'est facile ; tenez, voilà deux petites pièces qu'occupait le lieutenant.
ROBINSON, avec émotion.
Comment? c'est là qu'habitait mon pauvre frère? {Il court ouvrir une petite porte à gauche.) Oui! voilà bien son uniforme, ses armes, l'épée que je lui ai donnée le jour de sa fête.. . Pauvre frèrel tu ne la porteras peut-être plus I EFFiE , à Robinsoti.
Allons... il ne faut pas se désoler d'avance, mon Dieu! avant que midi ne sonne, le lieutenant sera peut-être de retour.
ROBINSON
Dieu t'entende, mon enfant! Dites donc, sergent Toby , je suis à vous, je vais l'installer... nous allons courir voir les chefs, attendez-moi.
TOBY
C'est convenu, je guetteiai le bon moment.
ROBINSON
Viens, Effie, viens!
Ils cuiront Ions cIl-ux iltuis la cliambre à "aucbc.
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